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jeudi 2 avril 2020

Chine : hermétique et dans le monde N°4867 14e année


Les publications qui éclosent sur le « triomphe de la Chine » ne sont guère une surprise : la Chine étant le premier pays à sortir officiellement de la pandémie, elle est donc la première à remettre ses moteurs en marche. Ses principaux clients (Américains, Européens, notamment) étant immobilisés, s’ouvrent pour les autorités pékinoises des routes de la soie (terrestre, maritime, spatiale) où elles se seront presque seules à y circuler.
On lit aussi, que le coronavirus accélèrera la domination chinoise sur le monde, que cette puissance avance ses pions : s’il faut montrer un peu de prudence sur le premier point, sur le second, la nature ayant horreur du vide, il est logique que la Chine y soit plus visible pendant cette période singulière.
Tout cela n’aura qu’un temps : les Etats-Unis et l’Union européenne en termineront avec cette pandémie dans un état difficile à évaluer et réactiveront leurs économies cahin-caha.
En, fait, certains ne sont pas loin d’imaginer une immense 5ième colonne chinoise étendant son ombre maléfique sur la planète au point que chacun d’entre nous se réveillerait d’ici l’été totalement sinisé et vénérant Xi Ping !
On est dans ces moments de psychose où l’on aime à se faire peur évitant de se regarder soi-même.
Une fois de plus, le coronavirus n’est qu’un grain de sable à faible létalité (il suffit de regarder les chiffres) mais un grain de sable qui du fait de l’organisation économique du monde à flux tendu a présenté son extraordinaire fragilité. Le décalage entre un virus peu mortel et la mise à l’arrêt de l’économie réelle (dans un premier temps, les circuits financiers y échappant étant électroniques) est ce qu’il y a de plus original, laissant aux historiens de demain bien des interprétations.
La Chine, comme quelques autres nations d’Asie, a cette originalité de vivre hermétique au monde tout en se déployant à l’extérieur.
L’ouverture au monde que les Occidentaux imposèrent au XIXe siècle, à la Chine pour lui extorquer le thé, au Japon pour ouvrir un nouveau marché aux Américains, avec une violence inouïe liée à la révolution industrielle et à son corollaire l’expansion territoriale (colonialisme et nouveaux marchés) que nous peinons à regarder, de même que les Américains feignent de pas mesurer leur politique génocidaire envers les Indiens, a, aujourd’hui des contres-coups. Il faut bien souligner cette violence : quand Londres a été capable d’inonder la Chine d’opium, de pourrir une nation pour avoir le monopole du thé : pense-t-on que dans la société chinoise ces longues traces d’infamie resteraient superficielles ? La Chine a une très longue mémoire et Mao-Tse-Toung était paysan et n’a pas du tout massacré la dernière dynastie et, au contraire, a veillé à ce que le dernier Empereur reposât auprès de ses ancêtres. Le régime communiste chinois a bien des liens avec le système impérial d’avant. Ce qui est très neuf, aujourd’hui, est la leçon que les dirigeants chinois  tirèrent du viol étranger aux XIXe et XXe siècles. Ce qui est très ancien est toujours l’incapacité pour les puissances euro-américaines à comprendre le fonctionnement spirituel de la Chine : réduire la Chine aux seuls marchés, y placer toutes nos industries au simple motif que le travailleur chinois est peu cher tout cela n’est qu’une comptabilité d’épicier. Tous ces individus étrangers ont oublié que la Chine avait été une grande puissance jusqu’aux traités inégaux et qu’elle continua son expansion territoriale jusqu’en 1868 (Xinjiang= nouvelle frontière). On nous dit que la Chine a raté son développement industriel, sa modernité : de notre point de vue, la réponse est oui, mais du leur, la réponse serait plus nuancée. La Chine vivait son monde, considérant que son monde était le monde au sens cosmogonique du terme, elle habitait son hermétisme avec un raffinement avéré.
Le viol de son monde par les Occidentaux au même moment que celui perpétré contre le Japon a généré deux réactions : un affaissement structurel chinois, une réaction sanguinaire au Japon qui débuta par l’élimination des samouraïs, précipitant un nouvel Etat avec aussitôt une soif de conquêtes extérieures barbares qui culminèrent en 1942.
En 2020, la Chine et le Japon cultivent  à leur façon une xénophobie que nul ne leur reproche, recrée un hermétisme offensif et établissent des aires d’influence dont nous n’avons pas les codes. La Chine est plus fascinée que le Japon par les lumières « occidentales » quand la présence américaine au Japon y est très mal supportée mais dans les deux cas, nous avons des puissances historiques non amnésiques ce qui ne signifient pas qu’elles sont sans failles.
L’incontournable Asie (asiatique et orientale), les routes de la soie qui concurrencent d’autres routes établies en sens inverse par nos puissances d’autrefois éclairent la complexité de notre temps. Faute de trouver au-delà, non pas des mers, mais des planètes, d’autre terres habitables, les milliards d’individus seront autant de poissons rouges dans un bocal : s’en sortiront mieux et moins pathologiques, les sociétés et les hommes qui intégreront un hermétisme préservant l’identité, individuelle, historique.
La Chine hermétique et dans le monde, est donc une voie interrogative à penser.


Jean Vinatier
Seriatim 2020

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