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jeudi 16 avril 2020

Washington : coronavirus et Etats désunis ? N°4881 14e année


Virus ou pas, une campagne présidentielle américaine est source de tensions internes très fortes. A bien des égards, le pays, se ferme sur lui-même : s’y livrent des combats de coq comme surent le faire, d’abord les politiques britanniques avant qu’ils ne passent, si l’on  peut dire, le virus oratoire aux futurs Etats-Unis dès les prodromes de la guerre d’Indépendance.
Dès lors, il n’est guère étonnant que cette campagne présidentielle devienne un carrefour pour virulences diverses d’autant plus que cette fois-ci outre la personnalité singulière de Donald Trump, s’agrège un virus que nul ne voit mais qui répand une angoisse d’autant plus grande que la saison des typhons et cyclones s’annonce. De plus, les Américains ont en mémoire les catastrophiques inondations à la Nouvelle-Orléans en 2005 et, surtout, de la gestion calamiteuse, quasiment ségrégationniste qui en suivit (mandature de Georges Bush junior).
Il y a donc un climat psychologique particulier que les gouverneurs démocrates sauront utiliser sur un vieux antagonisme, lui bien réel, entre les Etats et la capitale fédérale. Il n’est donc pas étonnant, comme le note Philippe Grasset que :
« la décision de ralentir ou de cesser le confinement pour la reprise de l’activité économique, c’est-à-dire le désaccord entre Trump qui veux ordonner la coordination de tous les États pour cette décision, et des États voisins tendant à se regrouper et à prendre en commun cette décision selon leurs situations spécifiques sans tenir compte de la volonté de Washington D.C.
On a même trouvé des noms pour caractériser deux grands blocs en train de se former, hors de la tutelle de Washington, et bientôt, éventuellement selon certaines circonstances précises et pressantes, et d’une façon générale selon la querelle opposant les démocrates en Trump :

• “Cascadia”, regroupant des États de la côte Ouest (Californie, Oregon, État de Washington), tous trois avec des gouverneurs démocrates ;

• le “territoire d’Alcedia” (nom temporaire du mouvement), avec les États de New York, du New Jersey, du Connecticut, de Pennsylvanie, du Delaware et du Rhode Island, et ajouté 24 heures plus tard, du Massachusetts, – soit six États avec des gouverneurs démocrates, et le Massachusetts, venu ensuite, avec un gouverneur républicain. »

Cela étant dit, de la mise en place de politiques autonomes pour conjurer la pandémie à une sécession, il y a loin de la coupe aux lèvres.
Les 50 Etats ont des pouvoirs puissants : chacun a son gouvernement, sa cour suprême, son service de santé, sa police…etc.
Les mouvements indépendantistes existent mais sans aura particulière et, aujourd’hui, ils ne semblent pas que les différents gouverneurs démocrates s’y référent. Certes, la Californie se qualifie « d’Etat-nation » et essaie de se doter d’une représentation diplomatique1 avec d’autres mots : bientôt GAFA’s state ?
La sécession de 1861 répondait à la volonté du Nord d’imposer au Sud une société et un modèle économique sur fond d’abolition de l’esclavage chaque Etat y participant . Pour l’histoire, ce conflit intérieur avait été bien vu par les Anglais et les Français au moment de la guerre d’Indépendance. Le comte de Vergennes, ministre des Affaires Etrangères de Louis XVI, dans une longue lettre affirmait qu’il ne se passerait pas cinquante ans avant que le Nord et le Sud entrassent en conflit.
En 2020, les Etats-Unis sont-ils dans une telle situation ? A priori pas. Mais les pays qui ont connu des fractures profondes et longues comme l’Espagne (entre 1833 et 1936 : trois guerres carlistes et la guerre civile) gardent des braises qui peuvent, dans l’absolu se rallumer.
Le danger serait-il pour les Etats-Unis que le coronavirus y installe son épicentre, contraignant à des confinements dans des parties d’Etats et fasse exploser les inscriptions au chômage: en deux semaines, il y en eut dix millions et qui dit chômage dit absence d’assurance santé ?
Pendant les années qui suivent la crise de 1929 où il y eut des misères terribles jusqu’à la mise en place par Roosevelt d’une politique de grands travaux publics, on ne vit ni sécession, ni incendie des propriétés des riches…
Imagine-t-on un Joe Biden, corrompu, qui présente d’inquiétantes absences et commet bourde sur bourde se saisir de l’étendard de la « new secession » tandis que Donald Trump voudrait rejouer les « 55 jours de Pékin »?  Pense-t-on sérieusement qu’un candidat à la Maison Blanche se fixerait comme objectif de désunir, d’entrer en guerre ?
Les convergences de plusieurs éléments (politique, économique, financier, historique, pandémique…etc.) font que les Etats-Unis sont dans un état psychologique particulier, l’hyperpuissance est hyper énervée…..


Note :
1-Au départ indépendant le Texas (Fort Alamo puis défaite de Santa Anna) eut à Paris, au début de la monarchie de juillet, un consulat.
Ce sont des colons américains qui installés au Texas alors territoire mexicain se déclarèrent indépendants : battus à Alamo, ils se rattrapèrent l’année suivante.


Source :

Jean Vinatier
Seriatim 2020

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