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lundi 1 novembre 2010

«La Chine fait office de bouc émissaire,ou de diversion» N°778 4e année

A la veille de la réunion du G20, la Chine commence à diffuser ici et là des avertissements et notamment au Président de la République française qui recevra du 14 au 16 novembre son homologue chinois. Ce dernier a fait savoir qu’il aurait, durant ce voyage officiel 7 heures d’entretien pas moins ! C’est peu dire que Pékin entend, en quelque sorte « coacher » Nicolas Sarkozy lequel animerait alors plus qu’il ne présiderait ledit sommet. Les Chinois ne prennent plus de gants, Barack Obama se souvient encore de sa dernière rencontre presque humiliante avec Hu Jintao.
Alors que les préparatifs s’accélèrent, l’interview accordée au journal suisse, Le Temps, par Ganesh Wignaraja, économiste responsable de l’intégration économique à la Banque asiatique de développement apporte, semble-t-il des éclairages importants dont évidemment « la perception orientale de la guerre des monnaies »

« Le Temps: Comment vivez-vous en Asie ce qu’on appelle désormais la guerre des monnaies?

Ganesh Wignaraja: Les tensions sont palpables. Elles viennent des allégations selon lesquelles la monnaie chinoise est sous-évaluée et, de ce fait, responsable des déséquilibres mondiaux. Nous pensons qu’il faut remonter trente ans en arrière, lorsque la Chine a adopté les réformes et s’est mise à libéraliser son économie. Personne n’avait prévu une telle ascension.
En 1978, sa part dans les exportations mondiales était de 1%. Elle est aujourd’hui de 11%. La montée en puissance de nouveaux acteurs ne laisse pas insensible. En cette période de croissance molle aux Etats-Unis et en Europe ainsi que dans un contexte de chômage élevé, la Chine fait office de bouc émissaire, ou de diversion. Aujourd’hui, c’est sa monnaie, demain, ce sera autre chose. Même si le renminbi s’appréciait fortement, l’économie américaine ne retrouverait pas sa vigueur d’avant-crise.

Donc, selon vous, la monnaie chinoise n’est pas sous-évaluée…

– Si la politique monétaire de la Chine est coupable, le recours à la planche à billets aux Etats-Unis l’est tout autant. La stratégie américaine, mais aussi européenne, qui est de maintenir des taux d’intérêt proche de zéro pour cent est également condamnable. A la recherche des rendements plus juteux, les investisseurs se tournent vers les pays émergents et y augmentent les risques de bulles. Avez-vous remarqué que les entreprises américaines ou européennes n’évoquent presque jamais la question du yuan? C’est parce que ce sont les entreprises américaines et européennes installées en Chine et responsables de 55% des exportations chinoises qui souffriront aussi.

– Mais il y a tout de même ces réserves colossales que la Chine, ainsi que d’autres pays d’Asie, se sont constituées grâce aux excédents commerciaux. Cette manne aurait pu servir aux importations, non?

– L’Asie a retenu les leçons de la crise financière de 1997. Seuls les pays qui avaient des réserves, notamment la Chine et la Malaisie, avaient échappé à la crise. Les autres pays – Thaïlande, Corée du Sud, Philippines, Singapour et Indonésie s’étaient retrouvés sans roue de secours. Par la suite, l’Asie a restructuré son secteur financier, non sans douleur. Ses entreprises se sont modernisées, et enfin l’intégration régionale lui a permis de gagner en compétitivité. C’est grâce à tous ces facteurs qu’en 2008-2009, l’Asie a résisté mieux à la crise que les Etats-Unis et l’Europe. De plus, elle n’avait pas de dettes.
Alors que l’Asie a assaini sa situation, les Etats-Unis ont engagé des milliards dans des guerres coûteuses en Irak et en Afghanistan, ce qui a contribué à ruiner leur économie.

Comment sortir de cette guerre des monnaies?

– Il est primordial que les pays résistent à la tentation protectionniste. Cela se solderait par une guerre commerciale qui freinera davantage la reprise. Si les Etats-Unis se mettent à imposer des droits de douane sur les produits chinois, la Chine ne restera pas les bras croisés. La diplomatie doit intervenir.
– Le G20 est un forum où les grandes nations peuvent dialoguer pour ne pas envenimer la situation. Les Etats-Unis et l’Europe doivent reconnaître le changement en cours et au lieu de résister, ils doivent saisir les opportunités que celui-ci offre. Ils doivent notamment accepter les capitaux chinois pour se moderniser.

Que pensez-vous de la proposition de Timothy Geithner de fixer une limite de 4% d’excédents commerciaux, ce qui selon lui, aiderait à maintenir les équilibres financiers?

– Savez-vous que lors de la réunion historique de Bretton Woods en 1948, qui vit la création du Fonds monétaire international (FMI), l’économiste John Maynard Keynes avait proposé de fixer une limite tolérable dans les balances commerciales. Il n’y a même pas eu de discussions; les Etats-Unis, grande puissance exportatrice, étaient opposés. Je pense que d’autres pays que la Chine, l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud par exemple, n’accepteraient pas la proposition de Timothy Geithner.

Les Etats-Unis voudraient que le FMI joue le rôle d’arbitre dans la guerre des monnaies…

– Le sentiment général en Asie est que cette institution est davantage sous influence américaine. Le FMI a besoin de réformes structurelles pour gagner en crédibilité. Pour le moment, nous n’y sommes pas dans la mesure où la structure de décision ne reflète pas le poids des économies. De plus, les Etats-Unis voudraient garder leur droit de veto au sein du comité directeur.

Le Temps© 2009 Le Temps SA »

Jean Vinatier
SERIATIM 2010

Source :

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