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jeudi 10 février 2011

Marie-Thérèse au comte de Mercy-Argenteau 4 mai 1775 : «L’empereur qui pousse trop loin la popularité » : N°852 4e année

Quel est lien entre l’extrait de cette lettre de l’Impératrice Marie-Thérèse  au sujet de la sédition de Bohême et la situation actuelle?
L’embarras et l’aveuglement des gouvernements américain et européens devant les mécontentements des peuples de langue arabe ne sont pas sans rappeler les profonds désarrois dans lesquels se trouvaient les « despotes éclairés » du Siècle des Lumières face aux conséquences de leurs discours et du degré non mesuré de démagogie qu’ils y mettaient. Ils n’observaient pas suffisamment que le recul de l’analphabétisme, les progrès techniques et l’accès aux informations pouvaient les placer dans une situation explosive s’ils se contentaient de faire de la pub ou de la communication.
Depuis des décennies l’Europe et l’Amérique du Nord ne cessent pas de parler à tout bout de champ de la démocratie, de la liberté. Aujourd’hui, l’entrée sur scène du peuple égyptien qui n’entend pas se laisser déposséder ni du choix de ses futurs dirigeants, ni de ses revendications aurait-il eu tort de prendre au pied de la lettre les incessants discours démocratiques venus de l’espace Atlantique? Entre Tel-Aviv qui fait du général Suleiman son candidat et Washington de l’actuel chef d’Etat-major de la l‘armée, le général Enan le sien, avouons qu’il y a quelque mépris envers une juste colère populaire! Les Egyptiens deviendraient-ils les Polonais du XVIIIe siècle?
J’ai trouvé dans cet extrait de lettre de l’Impératrice Marie-Thérèse à son ambassadeur en France, le comte de Mercy-Argenteau, qui traite de la révolte des paysans bohémiens, un passage qui me semble assez actuel lorsqu’elle évoque le malheur de l’excès de « popularité » en 2011, la démagogie.
Cette partie d’une longue lettre en date du 4 mai 1775 (la guerre des farines fait rage en France) est rédigée en Français (et quel Français!) de la main même de la souveraine à l’inverse de son début (non publiée ci-dessous, dictée à son secrétaire intime, le baron de Pichler)

« Le peu de jours qui me restent encore, on devrait bien me les souhaiter un peu en repos. J’ai sacrifié trente-cinq ans au public, je suis si abattue, si troublée, que je fais plus de mal que de bien. La dernière émeute de la Bohème est supprimée mais bien loin d’être éteinte est une de ces circonstances qui hâtent mes résolutions, non pas par crainte, je ne connais pas ce sentiment, mais ne pouvant y obvier et faisant grand mal par ma présence. L’empereur (son fils Joseph II), qui pousse trop loin la popularité (la démagogie), a trop dit, sans promettre formellement à ces gens dans les divers voyages qu’il fait, tant sur la liberté de la religion que sur la leur vis-à-vis des seigneurs; avec cela la conscription où les officiers ont trop parlé et promis de même et animé les gens. Tout cela a causé une confusion dans toutes nos provinces allemandes depuis 1770, dont ce sont les suites, qu’on a prédites alors et depuis. Mais tout cela n’était traité que de bagatelle, poltronnerie, etc…Ce n’est pas le paysan de la Bohème seul qui est à craindre, c’est celui de Moravie, de Styrie, de l’Autriche; à nos portes, même ici (Schönbrunn), ils osent faire les plus grandes impertinences; les suites sont à craindre pour eux-mêmes et pour bien d’autres innocents. Les plus hardis, les plus mauvais ont à cette heure beau jeu. Vous me condamnerez que je n’y mette ordre; là-dessus, il y aurait bien à dire; mon âge, ma maladie, mon abattement après la mort de mon adorable maître (son époux, François Ier de Lorraine mort en 1765) m’ont rendue deux ans entièrement passive, et depuis, ayant perdu presque tous mes ministres de confiance et amis, je n’ai plus pu entrer dans la balance nécessaire, d’où mes malheurs particuliers m’ont entraînée. La tendresse, la faiblesse d’une mère, et vieille femme y ont mis le comble; l’Etat n’en a que trop souffert, et je ne dois plus le laisser ainsi »

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2011

Note :
Les mots en italique sont de ma main.

Source :
In Correspondance secrète de Marie-Thérèse au comte de Mercy-Argenteau, II, Paris, Firmin-Didot frères, fils & Cie, 1874, pp.329-330

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