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samedi 23 novembre 2013

« Stratégies chinoises – Le regard jésuite (1582-1773) de Thomas Flichy » N°1524 6e année

L’ouvrage de Thomas Flichy qui enseigne aujourd’hui à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr et à l’United States Naval Academy, est très élégamment constitué. En quatre-vingt-dix pages l’auteur parvient à mettre en avant les principaux écrits des jésuites tacticiens et stratéges en Chine jusqu’à leur expulsion de ce pays en 1724, presque cinquante ans avant la disparation de leur ordre. En me contentant de citer les chapitres de ce livre, vous aurez une idée, en peu de pages, de l’étendue étudiée avec finesse et habileté : « La fierté chinoise, Dominer par la majesté, La subtilité mandarine au service des stratégies impériales, La politesse : subordonner par la douceur, Qu’un bel ordre s’impose à la multitude, Les apparences de la paix, Ne rien laisser paraître, Imitez l’activité et l’ardeur des fourmis, Des marchands au statut fragile, Le pragmatisme chinois. »
En définitive peu de choses séparent les stratégies de la Chine impériale de la Chine communiste, les mandarins n’ont fait que changer de couleur….
Extrait de la page 40 :
« En fin de compte, le sentiment chinois de supériorité, l’importance de la subtilité littéraire comme la sophistication de la politesse participent chacun à leur manière d’une volonté de perpétuation de l’identité chinoise. A l’époque où les premiers Européens pénètrent en Chine, les mandarins, qui constituent une élite indispensable au bon fonctionnement de l’Empire, se présentent comme les seuls garants de la transmission de cette culture plurimillénaire. Celle-ci est soigneusement protégée autant que les minorités internes à la Chine qui ont le choix entre la sinisation et la relégation, que des quelques étrangers qui se risquent dans l’Empire. En raison de sa longévité et de la mémoire historique des menaces passées, la Chine a une conscience particulièrement aiguë de sa fragilité culturelle. Les Jésuites le comprennent immédiatement, jouant sur le complexe de supériorité chinois, sur l’importance de la discussion philosophique ou sur la sophistication de la politesse afin de gagner l’estime de leurs interlocuteurs lettrés. Se dépouillant de leur propre culture afin de mieux transmettre l’idéal évangélique, ils gagnent la confiance de l’Empereur et de ses proches. C’est ainsi qu’ils prennent connaissance d’une préoccupation majeure du souverain : comment maintenir l’unité du pays malgré la multitude des hommes qui le composent. »
Extrait d’un écrit d’un Jésuite (Joseph-Heni de Prémare?) cité p.21 :
« Il faut sçavoir (…) que les Chinois, supposant la terre quarrée, prétendent que la Chine en est la plus grande partie. Ainsi, pour désigner leur Empire, ils se servent du mot Tien hia, le dessous du Ciel. Ce terme est à tout moment dans leur bouche (…) Prévenus de cet admirable système de Géographie, ils ont cantonné le reste des hommes dans les angles de ce prétendu quarré, & les traitant tous de barbares, ils ont cru leur faire beaucoup d’honneur que de les ranger au nombre de leurs tributaires. Ainsi tout ce qui vient des Royaumes étrangers, soit lettres, soit présens, sot Envoyez, tout cela passe pour une marque de soumission, & pour un tribut. Après quoi dans leur Histoire, on marque le nom de ce Royaume parmi les tributaires de la Chine. Le dénombrement que je pourrai faire de tous les Royaumes qu’ils comptent parmi leurs tributaires, seroit trop ennuyeux, je me contenterai de marquer les principaux. La Corée est à la tête, ensuite le Japon ; puis viennent les Mores (…) car Mahomet, qui a trouvé le secret de se faire honorer de tant de peuples n’a pu s’exempter d’être mis au rang des tributaires de la Chine (…) D’où l’on doit conclure que les Princes d’Europe doivent se garder d’envoyer ni lettres, ni présents, soit par les missionnaires, soit par les Marchands soit par quelque autre voye, qui se présentent en leur nom, car aussitôt leur royaume serait enregistré dans le rôle des Royaumes tributaires. »
Puisque nous parcourons la Chine, notamment,  du XVIIIe siècle, rappelons la fascination exercée par l’Empire céleste sur les Européens et, par exemple, sur Louis XV et son ministre Bertin qui était à la tête d’un département à idées :

Louis XV : Mettre la France à l’heure de la Chine (1766) in Seriatim 5 juillet 2010  n°724 3e année
http://www.seriatim.fr/2010/07/louis-xv-mettre-la-france-la-lheure-de.html

 
Référence de l’ouvrage :
Flichy (Tomas) : Stratégies chinoises – Le regard jésuite (1582-1773), Paris, Economica, 2012, 18 €

Site de l’éditeur :
http://www.economica.fr/strategies-chinoises-le-regard-jesuite-1582-1773-thomas-flichy,fr,4,9782717864236.cfm

Jean Vinatier
SERIATIM 2013

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