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lundi 4 janvier 2016

L’Asie orientale N°4069 10e année



L’exécution de l’opposant chiite, Nimr Baqer al-Nimr, parmi quarante-six autres condamnés, a soulevé la colère dans toute la partie orientale de l’Asie qui compte traditionnellement une population chiite. Ce geste saoudien n’a pas point obéi à un quelconque arbitraire, il est, bel et bien, la réaffirmation du refus de voir l’Iran, à nouveau, introduite dans le concert des puissances. Ryad ne cessa pas de protester et notamment auprès des Etats-Unis de la fin des sanctions : sur ce point Tel-Aviv était sur la même ligne…..Depuis les années 30, le gouvernement américain a choisi, profitant de la négligence britannique, de s’appuyer sur le royaume saoudien, alors en formation : depuis ce pivot qu’il ne quitta plus, la Maison Blanche encouragea le wahhabisme et n’y renonça pas, même après le 11 septembre.
La rupture des relations diplomatiques entre l’Arabie Saoudite et l’Iran place la Maison Blanche entre deux chaises : en rouvrant les portes à Téhéran, le Président Obama pensait renouer avec le temps où ses prédécesseurs eurent la capacité à tenir l’Iran du Shah et la monarchie saoudienne entre leurs serres. C’était sans compter sur l’ambition des fils de Séoud à gagner le califat d’où ils unifieraient l’ensemble des sunnites, à récupérer l’Arabie heureuse (Yémen) pour l’heure saccagée par leurs bombes, à taire les prétentions qatari. De même, la détermination des mollahs, leur alliance avec la Russie et leur rapprochement auprès des BRICS, font que leur Iran n’est plus du tout un petit pays : l’Irak n’est-elle pas sous leur férule ? Nous sommes dans le spectacle de la confrontation entre deux pays d’une même religion mais pas de la même obédience se disputant  une suprématie dans cette partie d’Asie. Pour les Américains, toujours fidèles aux Saoudiens, se poserait-elle enfin, la question de l’instrumentalisation d’une religion dans son essence fondamentaliste ?
Une rupture des relations diplomatiques n’annonce pas toujours un conflit armé mais, en l’espèce, tout le monde a les yeux rivés sur le détroit d’Ormuz lequel fermé engendrerait d’autres conflits. Plus au nord, la Turquie d’Erdogan, n’est pas une puissance apaisante, qui quoique membre fondateur de l’OTAN et allié fidèle américain décide d’abattre un avion russe, de se livrer envers les Kurdes a bien des cruautés, s’amuse avec les Européens en les effrayant par sa gestion des migrants le tout sur un plaidoyer du retour aux vraies valeurs de l’islam. Ankara est le pendant nordiste de Ryad : deux ambitions géo-religieuses pour l’heure sur la même ligne et sur un rapprochement assez inédit. Les Kurdes et l’Iran pourraient perturber le jeu de quilles d’autant plus que l’entrée fracassante de la Russie qui se rapproche des premiers et renouvelle sa fidélité au second donne une seconde vigueur à la distribution des cartes. L’Asie orientale n’est-elle pas une sorte de Panipat : à savoir le passage obligé pour la conquête d’un plus grand que soi ? Pour l’heure la coalition anti-daesh et/ou anti-Al-Assad ne sait plus où donner de la tête. Ce désordre soudain n’est pas pour déplaire aux Indiens et Chinois effrayés par toute remontée en force de l’islam….Quant aux Américains, qui ne veulent plus mourir pour leur propre empire, s’ils avaient l’ambition de ramener l’équilibre, ils devraient y consacrer des fortunes considérables, s’ils voulaient tenir le chaos pour un moindre mal, ils y verraient rapidement le coût faramineux.
Quand on regarde l’Histoire, ô combien de dieux cette Asie d’Orient n’a-t-elle pas englouti ? En 2016, le démenti n’est pas …..

Jean Vinatier
Seriatim2016



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