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vendredi 15 janvier 2016

« Pauvreté et développement dans un monde globalisé par François Bourguignon » N°4084 10e année



« Leçon inaugurale prononcée au Collège de France le jeudi 3 avril 2014 par François Bourguignon économiste français, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il a été d'octobre 2007 à 2013 le directeur de l'École d'économie de Paris après avoir été économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale à Washington entre 2003 et 2007. »

« Introduction :

Si l’on doit juger du développement par la capacité des pays moins développés à rattraper les pays les plus avancés et, par conséquent à diminuer la pauvreté dans le monde, les performances du dernier demi-siècle – soit depuis la grande vague d’indépendance des anciennes colonies – doivent être qualifiées de « mitigées ». Certains pays, notamment en Asie, et la Chine en premier lieu, ont connu un indéniable succès. En revanche, les niveaux de vie de l’Amérique latine sont restés à peu près au même niveau par rapport à la moyenne mondiale, tandis que plusieurs pays d’Afrique subsaharienne ont vu s’accentuer leur retard initial. En proportion de la population mondiale, la pauvreté a diminué. Mais, en nombre absolu de personnes pauvres, ce n’est que sur les toutes dernières années qu’elle a commencé de régresser. Et, dans les deux cas, le progrès tient avant tout aux performances exceptionnelles de la Chine. Aujourd’hui, 1,3 milliard d’habitants de la planète vivent encore dans le dénuement, avec moins de un euro par personne et par jour.

Manifestement, la quête d’une recette universelle assurant le décollage économique n’a pas abouti. Seuls quelques pays peuvent faire état aujourd’hui d’un tel résultat. Cependant, la façon dont économistes, praticiens et décideurs abordent les questions de développement a profondément évolué au cours des dernières décennies.

L’économie et la pratique du développement n’ont-elles donc été qu’une suite d’essais, dont certains ont débouché sur des succès, parfois retentissants, mais dont la grande majorité n’a eu que peu d’impact ? Faut-il penser, comme le font certains, que l’économie du développement est purement et simplement un échec et que l’on a peu appris des expériences nationales telles qu’elles se déroulent depuis cinquante ans ? Le mieux que l’on puisse faire est-il simplement de venir en aide aux plus pauvres du monde en leur apportant un complément de pouvoir d’achat ou en garantissant l’éducation et la bonne santé de leurs enfants ? Devons-nous renoncer à trouver le moteur qui permettra de créer les emplois productifs grâce auxquels les individus et les familles pourront améliorer leur bien-être, exercer leurs talents et effectuer leurs choix de vie en toute liberté, pour reprendre l’analogie heureuse d’Amartya Sen entre développement et liberté1 ?

Fort heureusement, nous n’en sommes pas là. Un savoir s’est accumulé sur les mécanismes du développement et la lutte contre la pauvreté. Il montre une extraordinaire variabilité, dans l’espace et dans le temps, des contraintes auxquelles sont soumis les pays pauvres et des politiques mises en œuvre, et par conséquent la formidable difficulté de généraliser à partir d’expériences individuelles. L’objectif de mon enseignement au Collège de France est d’évaluer ce savoir en revenant sur les grands débats de l’économie du développement à la lumière des éléments théoriques et empiriques dont on dispose aujourd’hui.

Cette leçon inaugurale est divisée en trois parties. La première retrace la façon dont ce savoir a progressé au cours du temps et à la faveur, ou à la défaveur, de la conjoncture économique mondiale. La deuxième porte sur le rôle que la communauté internationale du développement – au premier chef les pays développés, mais aussi les pays émergents – peut jouer en faveur du développement des pays les plus pauvres, notamment dans le contexte de la mondialisation. La dernière partie examinera plus concrètement les défis qui pèsent aujourd’hui sur le développement de l’Afrique subsaharienne, région dont on peut penser qu’elle concentrera de plus en plus la pauvreté mondiale dans les décennies qui viennent.
[….]
La suite  de la leçon inaugurale ci-dessous


Jean Vinatier
Seriatim2016

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