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vendredi 11 mai 2018

L’Europe entre Iran et USA N°4468 12e année


Les Etats-Unis sortent de l’accord nucléaire iranien signé par Barack Obama aux côtés de la Chine, de la Russie et de l’Union européenne. Si l’on s’émeut beaucoup sur les conséquences nucléaires, on minore énormément l’autre aspect de la décision de Donald Trump à savoir la mise au pas du monde de l’extraterritorialité de son droit, sa main de justice,  le dollar étant le glaive.
On se souvient de quelle manière la France du Président Hollande a laissé sans riposter, BNP et plusieurs grands groupes français payer pas loin de douze milliards à l’état fédéral américain pour avoir outrepassé l’embargo sur l’Iran. Ces entreprises étaient coupables d’avoir usé du dollar.
Aujourd’hui Donald Trump ne s’embarrasse pas de précaution, il donne le calendrier et le tempo des sanctions qui pourraient intervenir. User d’un IPhone suffira à vous faire condamner !
Le monde entier est prié de plier le genou devant l’empereur du Potomac, l’Europe, placée aux  première loges serait donc la première a courbé l’échine. Depuis l’Allemagne où le Président Macron est pour recevoir le prix Charlemagne, il s’est une fois de plus lancé dans un discours où il déplorait le risque « lotharingien », faisant allusion au traité de Verdun (843) qui mit un terme à l’unité impériale carolingienne, laissant renaître la France et surgir l’empire romain germanique avant de plaider pour une souveraineté économique de l’Europe.
Mme Merkel de son côté soulignait la fin de la confiance sécuritaire entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Il est assez piquant que les deux chefs les plus atlantistes se mettent à parler de cette sorte, il le serait davantage si de tels propos pouvaient être suivis en actes forts.
Donald Trump a parié sur la non-réaction réelle de l’Union européenne et sur son alignement alors même qu’il permettrait, si l’Europe avait de réels chefs d’Etat, de briser net des liens de dépendance nés en 1945. La souveraineté économique de l’Europe dont parle Emmanuel Macron n’aurait de sens qu’en s’appuyant sur une souveraineté politique, c’est-à-dire une indépendance et notamment militaire : allons-nous dans cette direction ? Paris et Berlin s’entendraient-ils sur la fin des sanctions à l’encontre de la Russie ? On en doute. L’Union européenne voudra-t-elle assurer la sécurité juridique des entreprises commerçantes avec l’Iran, osera-t-elle prendre des sanctions contre les Etats-Unis ? On en doute et ce d’autant plus que les Etats-Unis useront de toutes les représailles contre l’Europe.
De quel poids pèse le « couple franco-allemand » en Europe depuis le catastrophique déplacement américain ? Avec un Emmanuel Macron sensé peser sur la Maison blanche, tout heureux de ne pas parler français, de singer Barack Obama au milieu des étudiants de Georgetown, de papouiller Donald Trump ? Avec une Angela Merkel peu combattive à la suite du Président français ? Alors même que Berlin a retoqué les propositions françaises sur l’Europe, peut-on imaginer « le couple » faisant surgir du chapeau des propositions souveraines quand l’Union européenne voit grandir les mouvements populistes avec une Italie qui pourrait annoncer un gouvernement de coalition populiste, une première.
La crise iranienne montre l’Union européenne nue sans sens politique faute de souveraineté et réticente à l’idée de frontière. En espace mercantile qu’est l’Union européenne, le seul raisonnement qui se tiendra sera le suivant : qu’est-ce qui rapportera le plus, le marché américain ou le marché iranien ?
Mais voilà, il est difficile de ne voir que le marché iranien quand ce pays, membre observateur de l’Organisation Economique de Shanghai,  est lié à la Russie, à la Chine, à l’Inde que Pékin prévoit de faire passer sa route de la soie terrestre par ce pays. Il est à craindre rapidement que la nouvelle question que se posera l’Europe sera : le marché américain ou le marché « de la route de la soie » ? Quelle que soit la solution retenue, on ne voit pas comment les entreprises européennes si puissantes fussent-elles, pourront agir sans le soutien des Etats ? Mais que pèseront des Etats qui refuseront d’affronter les Etats-Unis ? L’Union européenne est entre le marteau et l’enclume soit elle s’affirme, soit elle s’abîme.

Jean Vinatier
Seriatim 2018

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