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jeudi 10 juillet 2008

EADS/USAF et le KC-45 : enjeu économique ou transatlantique? N°244 - 1ere année

A la surprise générale, EADS avait damé le pion à son concurrent Boeing en signant un accord historique, en 2007, pour l’attribution du programme de ravitailleur en vol KC-45 de l’USAF, aviation militaire américaine ; un marché prestigieux portant sur un peu plus de 35 milliards de dollars.
A l’époque le sénateur McCain s’était fait l’avocat de la société européenne au vu de la mauvaise réputation de Boeing sur fond de corruptions. Aujourd’hui le sénateur, candidat républicain, défend la solution inverse, Boeing serait donc redevenu une entreprise honorable.
La récente dénonciation du contrat signé entre l’USAF et le consortium européen EADS est passée pratiquement sous silence, pas de communiqués ni de l’Elysée, ni de la Chancellerie, ni d’aucune autre capitale continentale.
Seule la presse anglo-saxonne (pourquoi ?),
The Times, Financial Times, fait feu de tout bois contre la décision de Robert Gates, secrétaire d’Etat à la Défense de repartir à zéro. Ce dernier charge, maintenant, son sous-secrétaire d’état à la défense, John Young, de conduire le processus d’acquisition du KC-45.
Le ministre américain, Gates, reprend les arguments avancés par le GAO (cour des comptes) pour dénoncer les irrégularités commises lors de l’attribution de ce marché. Et ô surprise, il semblerait, effectivement, que l’USAF visiblement agacée par le laisser-aller de Boeing, ait voulu qu’EADS l’emporte. Les irrégularités constatées seraient donc les seules à aboutir à la dénonciation du contrat. C’est certainement exact en grande partie mais le ministre américain a-t-il pensé aux conséquences en Europe. L’honnêteté force à dire que non.
S’étonne-t-on, alors, que la presse anglaise économique peste autant contre ce revirement protectionniste ? Non, mais le fait-elle au nom de la perte d’emplois ? Non, puisque tout devait être monté sur le sol américain. Certes, le bénéfice retiré de ce contrat aurait permis à EADS de développer ses sites, voire d’en créer d’autres et d’accélérer la construction de l’A-380. Craint-t-elle que l’union américano-européenne ne puisse jamais être positive auprès de l’opinion publique ? Oui.
Effectivement, que reste-il de la coopération atlantique, si ce n’est le BMDE (réseau anti-missile américain) qui peine à trouver preneur : la Pologne, autrefois enthousiaste traîne les pieds et seule la Tchéquie accepte d’une recevoir un seul, entraînant de facto la colère russe.
Quel crédit, enfin, accordera-t-on à la signature d’un PDG américain si celle-ci se trouve contredite et biffée quelques mois après ?
Sur le plan politique américain, les candidats Obama et McCain enfourchent le cheval nationaliste (peuvent-ils faire autrement ?) et réclament une meilleure protection de la base industrielle et technologique du pays devant des auditoires conquis d’avance. Autant dire que la coopération des deux côtés de l’Atlantique ne possède que peu de chance de redémarrer avant l’année 2009.
Ceci étant dit, la présidence française profitera-t-elle de cette situation nouvelle pour exiger de Washington une négociation plus positive à la fois pour renforcer notre politique de défense commune européenne et obtenir pour les Européens des postes de commandement au sein de l’OTAN ? Rien ne doit être négligé pour créer un rapport de force favorable. Même si l’on sait que le résultat ne sera pas immense, Nicolas Sarkozy pourrait, s’il le voulait, prendre non seulement pour prétexte la dénonciation du contrat KC-45 mais aussi le cas du réseau anti-missile américain en navigation libre en Europe pour monter au créneau.
N’aurait-il pas, et de façon surprenante, l’appui des anglais et des plus enthousiastes pro-américains furieux de voir s’évanouir un contrat à la portée symbolique ? Il y a, peut-être là une opportunité.
Pour le moment, il est incroyable, comme l’écrit Philippe Grasset dans
De Defensa.org, de voir « les Européens amoureux du “rêve américain” [qui] accusent les Américains de trahir ce “rêve américain” » !

©Jean Vinatier 2008

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Sources :

http://business.timesonline.co.uk/tol/business/industry_sectors/engineering/article4305504.ece

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