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vendredi 9 janvier 2009

Alain Joxe : « La Crise impériale et la menace de guerre mondiale. Pour une stratégie autonome de défense de l’Europe » N°377 - 2eme année

Alain Joxe, éminent spécialiste des problèmes stratégiques et de la guerre asymétrique, a rédigé dans le dernier numéro du Débat Stratégique de décembre 2008 (CIRPES-EHESS) un article en faveur d'une défense européenne face à la crise américaine et à la menace de guerre mondiale. Jean-Paul Hebert, directeur de la publication, m’a donné l’autorisation de reproduire et de diffuser ce document dans le cadre de Seriatim. Je le remercie vivement.
Alain Joxe est Directeur d’Etudes à
l’EHESS et Président du CIRPES (Centre Interdisciplinaire de Recherches sur la Paix et d'Etudes Stratégiques). Pour le côté Who’s who, Alain Joxe est le fils de Louis Joxe et le frère de Pierre Joxe, respectivement ministre du Général de Gaulle et de François Mitterrand.

« Face aux bouleversements que la Crise entraîne, et qui ne font que commencer, il faut une Europe capable de maîtriser activement la tendance conquérante offensive de l’empire américain que la victoire d’Obama ne peut contrôler qu’à moitié et qui pourrait entraîner le monde vers une guerre d’un genre global inédit. Ce thème (la crise va-t-elle engendre la troisième guerre mondiale ?) préoccupe déjà les économistes, à la recherche des manœuvres qui tendraient à favoriser une relance tout en évitant les blocages commerciaux et financiers qui furent à l’origine de la crise des années 30.
Mais il faut rester prêt en Europe pour se défendre contre la probabilité d’une guerre, à contrôler, de manière autonome, les facteurs militaires et la dynamique de la violence. L’idéologie nazie est une dérive nationaliste non reproductible dans la globalisation, mais les voies de la violence absolue sont toujours surprenantes et des syndromes de fascisation apparaissent d’abord en ordre dispersé.
Pour le CIRPES et le Débat stratégique, atteignant son 100° numéro (et sa 17° année), des médiations explicitement destinées à ramener la paix ou à s’opposer aux processus belligènes et aux génocides par l’appui à des interventions onusiennes doivent être élaborées comme un champ interdisciplinaire, c’est le moment de remettre en évidence la Recherche sur la Paix comme une dimension essentielle de la Stratégie, et même de penser à une Europe dotée des moyens de défendre sa Paix comme un contre-empire.
Pourquoi penser à la défense de l’Europe telle qu’elle devrait être ? Comment pourrait elle se défendre, à sa manière des conséquences catastrophiques des guerres d’Empire grossies par les effets de la crise financière ? Peut-elle jouer par sa masse et sa puissance un rôle particulier dans la manœuvre qui devra s’employer activement à réduire toute tendance impériale et guerrière dans le système de l’économie globalisée en crise ? Malheureusement les entrepreneurs de guerres sont plutôt localisés aux États-Unis, seul empire surarmé encore doté d’un programme d’extension de son leadership au monde entier.
Or le président français a lancé en juin 2007 l’opération « livre blanc » en poussant, à contre temps, la doctrine d’emploi des forces française dans le sens d’une mise aux normes du système stratégique, sécuritaire et expéditionnaire du Pentagone et d’un retour dans les organes intégrés de l’OTAN (le comité des plans et les commandements intégrés).
La crise modifie en quelques mois tous les paramètres des menaces et des décisions en matière de défense et de sécurité. La mode est aujourd’hui à la restauration de la compétence socio-économique des États. Le système américain est normalement en charge, avant tout, du renflouement de l’économie américaine et du suivi des guerres dont hérite Obama. L’Europe doit rester son propre arbitre.

VERS UN LIVRE BLANC EUROPÉEN

Le Général Gallois en 1994 écrivait son Livre Noir contre le Livre Blanc de 94, en cherchant, par cette bouteille à la mer - nucléaire - à maintenir, dans l’après guerre froide le principe d’une défense adossée à une politique, c’est à dire à une citoyenneté - française. Nous sommes parvenus aujourd’hui un cran au delà, dans l’urgence de penser la défense des citoyens européens contre un dérèglement global, dont l’épicentre est aux États-Unis, mais dont les causes sont ubiquitaires, donc localisées aussi dans l’Europe néolibérale.
Il nous faudrait donc rapidement concevoir un « livre blanc européen » sur la défense, idée parfois suggérée depuis quelques années, aux tournants des débats amorcés sur la défense européenne. Par quelles médiations pourrait surgir une telle mutation, qui mettrait en question la dérive « otanienne » de l’Union ? L’avenir stratégique de l’Union Européenne va être remis à plat, de toutes façons, dans la crise économique et les crises militaires de l’année 2008-2009, par les débats français, anglais, allemand, grec, hongrois etc qui ne pourront pas laisser la pratique de l’Union paralysée par les articles néolibéraux du traité de Lisbonne..

RÉUNIFICATION CONFÉDÉRALE DE CRISE, PAR L’EUROPE SOCIALE ?

Premièrement, avec ou sans constitution démocratique, la pratique politique européenne sera forcée d’être plus sociale que ce qui est prévu par les textes ; la Défense est une fonction de protection du peuple. La survie économique des classes défavorisée fait partie de cette protection ; reste à savoir comment transformer réellement l’Europe économique en Europe politique et militaire pour que sa paix interne pèse sur l’avenir global contre la dérégulation et contre la « religion des marchés financiers ».
Au lieu de dépendre de l’avenir du système militaire américain en crise, , l’Europe va devoir dépendre d’elle même. Cela signifie une certaine différence, par rapport au confusionnisme centriste, institutionnel du bipartisme américain ; une droite et une gauche européenne affrontées vont devoir se porter responsables de la partie de l’avenir du monde qui dépend de notre vision politique des choses. Aux Etats Unis, la gauche Démocrate victorieuse doit toujours rejoindre le centre pour gouverner (la droite Républicaine, aussi, si elle eût été victorieuse). Mais en Europe, c’est le centre qui devra rejoindre la gauche si elle est victorieuse, car si le centre au contraire rejoint la droite, nous irons vers des formes de pouvoir répressifs ou même fascisants.
Or le fascisme ordinaire commence sous nos yeux en Europe et en France avec le mépris et la violence physique s’exerçant sur le corps des exclus de la société, et modifiant l’éthique publique par accoutumance à la cruauté répressive légalisée de la police et de la justice, mise en place par les droites ; la précarisation des emplois, la criminalisation des enfants. le bourrage des prisons par « du chiffre » sont des symptômes préfascistes ; la persistance des populismes nationalistes sont des préconditions guerrières.
Tout le monde avait pu comprendre, lors du ‘non’ au « traité constitutionnel », que l’ouverture précipitée de l’Union Européenne aux républiques orientales, ex-communistes, décidée à la veille du vote était destinée à rendre plus difficile l’apparition d’une Europe réellement politique, c’est à dire d’une Europe prenant en charge la question sociale sur une base politique commune aux citoyens de l’Union. Les nouveaux membres ont découvert alors, avec une ivresse de néophytes, la liberté par la dérégulation économique et la richesse par la création de misère. La différence d’itinéraire socio-économique entre les pays ex-occidentaux et les pays ex-orientaux constituait donc, en première analyse, un obstacle durable à l’unification d’une politique sociale dans l’Union.
Les peuples européens, désormais frappés par la crise, sont tous bien obligés de penser cette Union, en dehors du problème de la doxa financière. On aperçoit déjà d’anciens membres du bloc soviétique revenir au souci de conserver des politiques de protection sociale, après un court moment d’illusion néolibérale. L’obligation des états de l’Union de penser une politique sociale concertée leur vient du fait qu’ils forment un système vivant de bon voisinage et que sans concertation, l’exportation des méfaits de la crise chez le voisin, deviendrait rapidement cause de troubles graves.
Bien que les politiques sociales demeurent de la compétence des États, alors que les compétences macro-économiques leur échappent, ils seront obligés, soit de retourner au protectionnisme national, soit de coordonner à l’échelle de l’Europe, une péréquation des secours et des décisions politiques économiques et sociales pour lutter contre les tensions violentes. Ils devront le faire au nom d’une politique de défense de la démocratie dans l’Union.

RÉCUPÉRATION DE LA SOUVERAINETÉ EUROPÉENNE DE DÉFENSE COMME « COOPÉRATION STRUCTURÉE PERMANENTE » ?

Les institutions actuelles de l’Union ne se prêtent pas aisément à une telle évolution. Tout le monde avait bien compris que les cessions de souveraineté sous forme de « compétences » déléguées à l’Union (à la Commission) sont devenues des pertes de souveraineté, puisque les lambeaux de souveraineté, cédée par les Républiques composantes, ne se regroupent pas au niveau de l’Union en une souveraineté politique de l’Union. Le conseil légifère par traité et la commission réglemente hors parlement. Il y a eu perte en ligne de souveraineté démocratique dans ce transfert.
Le maintien de la compétence « défense » à l’échelle archaïque des souverainetés nationales, devait garantir, au moins, la survie de la souveraineté militaire. Mais l’autonomie stratégique des États Européens, un à un, est illusoire. Il faudrait que des moyens suffisants soient réunis et placés sous un commandement unique, doté d’un Etat Major interarmes et qui ne soit pas l’OTAN, pour assurer à l’Union une capacité de défense autonome. La disparition de la souveraineté de défense nationale est gérée, elle aussi, par un traité, de facto par l’OTAN. Quelques pas avaient été faits dans la direction d’une autonomie depuis 10 ans, à la suite de l’initiative franco-britannique de Saint Malo. Celle-ci reflétait à l’époque une divergence stratégique euro-américaine : Les États-Unis s’en étaient tenus au traitement militaire des Serbes par simple bombardement, alors que les Européens pensaient projection sur le terrain de forces de protection des populations, menacés de génocide et d’expulsion. L’Europe depuis dispose de quelques unités permanentes et d’éléments d’autonomie opérationnelle.
Mais beaucoup des pays et des partis européens - et le Royaume Uni lui même - ne souhaitent pas du tout une défense autonome ; ils se contentent parfaitement de l’OTAN et de la prééminence américaine. Cet arrêt sur image de la critique stratégique des Etats Unis permet de justifier le retour progressif de la France dans tous les organes de l’OTAN. Mais, comme on sait, les normes opérationnelles de l’OTAN sont américaines et le commandement stratégique reste américain. Ce qui pèse lourdement sur la définition des missions et leur échec.
Comment remettre en marche l’autonomie ? Peut être en mettant en avant dans l’esprit du traité de Bruxelles modifié, toujours en vigueur, le principe de défense collective plutôt que celui d’assistance mutuelle du traité de Lisbonne, qui exige une décision à l’unanimité. En se contentant pragmatiquement en matière d’organisation de la défense, du mécanisme de la « coopération structurée permanente », désormais prévue par les textes (Art. 42 (6) du traité de Lisbonne ? On pourrait progresser dans la vois d’une doctrine stratégique de l’Union.

L’ORIENTATION DU RAPPORT DUCARME À L’ASSEMBLÉE DE L’UEO (MAI 2008)

Cette perception du problème a commencé à se faire jour au sein des institutions qu’on peut appeler « latérales » voire « irresponsables » de l’Union européenne, comme l’Assemblée de l’Union de l’Europe Occidentale, héritière des préoccupations du traité de Bruxelles en faveur d’une solidarité européenne plus solidaire que celle de l’OTAN. l’Assemblée interparlementaire européenne de sécurité et de défense, se préoccupe de la révision ou même d’une reformulation de la Stratégie Européenne de Sécurité, telle qu’elle avait été mise en forme en décembre 2003 . Dans des termes mesurés, le rapport DUCARME pense la nécessité de renforcer les moyens d’une autonomie de l’Union par rapport à l’OTAN dans le traitement des relations de l’Union vers l’est ; on y trouve aussi la prise de conscience du fait que le traitement des conséquences paupérisantes de la Crise financière fait partie de la politique de défense et de sécurité . La relance de la question d’un livre blanc européen sur la défense devient d’autant plus logique que la prolifération des livres blancs nationaux n’est plus à l’échelle nécessaire, mais que l’OTAN « gonflante » vers l’Asie ne convient pas non plus.
L’OTAN est devenue une fabrique de coalitions ad hoc et une entreprise conquérante, offensive, par intrusion dans les antagonismes sans limites de l’ Asie centrale. On est en droit de se méfier du rôle que cherchera à lui faire jouer le commandement américain, même après la victoire d’Obama. Les États-Unis, certes, promettent, de nouveau, une moralisation de l’action internationale par la promotion d’un ldéal humaniste, mais ils diffèrent de l’Europe par le fait qu’ils souhaitent conserver un « droit » à l’usage unilatéral de la force en opérations extérieures et par le maintien de la mission impériale universelle réservée à l’Exécutif américain. (cf.,ci-après en encadré les déclarations « impériales » d’Obama).

LES GUERRES DE BUSH, UN HÉRITAGE IMPÉRIAL À ASSUMER ?

En fonction de l’abaissement que le leadership politique américain subit avec la crise du système financier, on peut craindre que le système américain cherche à compenser cette diminutio capitis par des actions manifestant sa supériorité militaire. Les Etats de l’Union vont devoir reprendre en main quelques responsabilités, sans accepter comme une fatalité la multiplication des foyers d’affrontements dans le Grand Moyen Orient.
La représentation de la « troisième guerre mondiale contre le terrorisme » dans la nouvelle configuration de crise, n’a plus la légitimité globale qu’elle avait eu au lendemain de l’attentat des deux tours, mais, par héritage, le slogan peut devenir pour son successeur un passage obligé, favorisant le glissement de la Crise mondiale vers la Guerre globale, par prolifération de conflits locaux, et effets de voisinage.
Actuellement, les tensions orchestrées sous Bush sur l’Iran, l’Ukraine et la Géorgie s’apaisent. Mais en s’engageant martialement, au cours de sa campagne à terminer en deux ans la guerre d’Iraq et à intensifier la guerre d’Afghanistan par un doublement des effectifs, par l’envoi des Marines, retirés d’Iraq et par la poursuite des bombardements dans les zones tribales frontalières pakistanaises, le futur président menace d’en faire une guerre contre la Pakistan, et de déboucher sur l’accentuation de l’offensive terroriste des islamistes indiens. Une « guerre du sous continent indien » serait une amorce possible pour une guerre bien plus étendue. L’Europe devra peser de tout son poids pour empêcher ce glissement.
Il faut penser qu’aucun accord sérieux n’existe encore pour resserrer la connivence stratégique avec les Etats Unis, du moins dans les termes impériaux hérités de l’Administration de G. W. Bush. La poursuite de guerre d’Afghanistan aux conditions actuelles de l’héritage serait aussi le signe d’une érosion du rôle régulateur de l’ONU, débordée dans la définition de sa mission par les pratiques d’un commandement américain autonome en Afghanistan. Les paramètres américains de la sécurité globale de l’environnement par la dominance militaire sont nécessairement différents des paramètres européens du maintien de la sécurité et la paix du voisinage eurasiatique. C’est pourquoi l’espèce de « course en sac » de l’Union Européenne et de l’OTAN vers les terres d’orient est soumise désormais à un débat politique clausewitzien qui, pour l’Europe, se situe en amont d’un débat militaire capacitaire.

SÉCURITÉ ET PAIX MONDIALE ; RÔLE DU PARLEMENT EUROPÉEN ?

Paradoxalement l’Europe de la Défense ou plutôt, la défense de l’Europe, comme zone de protection contre la guerre, pourra ainsi introduire, plus de politique dans la formulation de l’identité européenne, et donc plus de social que ne l’autorise directement l’Europe de l’Economie Globale dans la phase critique qu’elle traverse actuellement. Pour que l’identité stratégique globale de l’Europe devienne réellement une instance souveraine, il faudra bien, en effet, un dispositif politique fondateur.
Même si l’Europe politique, (donc l’Europe sociale) reste en panne, il reste que l’Europe de la défense devra imposer techniquement l’examen des différents principes politiques communs de la sécurité européenne. Ils ne pourront pas être fondés sur la répression généralisée, et la seule défense des marchés, mais sur un tournant volontaire de la politique sociale en faveur des couches les plus défavorisées. Jusqu’au mois de mai 2008, le problème n’avait été soulevé que par la question d’un Lord Ecossais, à la Chambre haute du Royaume uni Il est certainement temps d’aborder directement ce problème, à Bruxelles et Strasbourg.
Les élections au suffrage universel des députés européens, font du Parlement le seul élément légitime directement démocratique dans l’Union européenne et son rôle comme représentant de l’opinion va devenir plus important dans la crise. Sera-t-il capable de prononcer un Serment du Jeu de Paume européen et de secouer l’Europe politique en panne ? On a déjà parlé d’un futur « Livre Blanc européen sur la défense et la sécurité » annexable à ce qui va surgir des nouvelles mobilisations de l’opinion sur les questions sociales et d’une poussée politique vers une reformulation stratégique de l’Europe.
Malgré le flou de la construction identitaire de l’Europe actuelle, malgré le décalage apparent de notre propos par rapport aux thèmes normalement à l’ordre du jour de la diplomatie européenne, le parlement Européen ne doit pas se détourner de ce travail préparatoire, mais s’y atteler .

Alain Joxe »

OBAMA DEMEURE « IMPERIAL »
FOREIGN AFFAIRS, 07/2007 “Je construirai une armée du XXI° siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar.”
DISCOURS DE BERLIN, 24/07 /2008 “« Personne n’aime la guerre. Je reconnais qu’il y a d’énormes difficultés en Afghanistan. Mais mon pays, comme le vôtre, a intérêt à ce que la première mission de l’OTAN en dehors des frontières de l’Europe se solde par un succès. ... Le peuple afghan a besoin de nos troupes et de vos troupes [allemandes] pour vaincre les Talibans et Al Qaeda, L’enjeu est trop grand pour qu’on rebrousse chemin maintenant.” ¹


Quelques publications de l’auteur :

Alain Joxe : La globalisation stratégique : causes, représentations, conséquences économiques, politiques et militaires de la globalisation, Paris, CIRPES- EHESS, 2006

Alain Joxe : L’Empire du chaos, les Républiques face à la domination américaine dans l'après-guerre froide Paris, La découverte, 2004

Alain Joxe : Le Rempart social: essai sur l'impérial-militarisme, Paris : Éditions Galilée, 1979

Sources CIRPES :

1-http://www.cirpes.net/article245.html
http://www.cirpes.net/rubrique41.html
Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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