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mercredi 28 janvier 2009

Obama et le gaz irano-russe N°387 - 2eme année

Le Président américain, Barack Obama, a adressé un signal fort via le chef d’Etat-major de l’armée, l’amiral Mullen, auprès de l’Iran ; comme en écho, la Russie indiquait qu’elle suspendait l’installation de ses nouveaux missiles dans l’enclave de Kaliningrad suite aux signaux positifs envoyés depuis la Maison Blanche.
On le sait le second mandat de Georges Bush a véhiculé une foule de projets, de menaces d’attaques y compris nucléaires contre la république iranienne. De leurs côtés les autorités de Téhéran ont proféré un certain nombre de menaces. Janvier 2009, la donne aurait-elle changé ? Barack Obama entend gagner la guerre contre les Talibans installés en Afghanistan et au Pakistan ; ceux-ci sont soutenus par l’Iran.
Entre 2004 et 2008, la présidence républicaine n’a cessé de souffler le chaud et le froid à l’encontre de la Russie. Le choix de vouloir disposer des batteries de lance-missiles (BDME) en Pologne, en Tchéquie, officiellement pour riposter à une attaque venue d’Iran, a durci la position russe qui comprenait bien que l’Iranien en question, c’était le Russe ! Dés le 5 novembre Moscou indiquait son choix d’établir les SS-26 Iskander à Kaliningrad ex-Königsberg et ancienne capitale des rois prussiens.
Barack Obama s’il donne la priorité à la double crise, économique et sociale, qui jette dans la détresse des millions d’Américains, il doit également fixer une politique étrangère qui ne remette pas en cause le rang d’hyperpuissance. Le Président Américain n’ignore, évidemment pas, ni la très forte opposition républicaine ni celle d’une minorité démocrate, a toute remise en cause fondamentale du leadership de la bannière étoilée !
Assisterions-nous à une réévaluation politique tant en direction de l’Iran que de la Russie, deux puissances qui disposent d’une aire d’influence régionale historique ?
Cela étant dit, est-il dans l’intérêt de Téhéran et de Moscou de répondre positivement à Washington ?
L’Iran n’a jamais eu une politique agressive et ne possède pas une volonté hégémonique. De tous temps, ce pays a considéré, à l’ouest, la Mésopotamie (de la Georgie jusqu’au golfe persique) comme une frontière non écrite ; vers l’est sa relation pluriséculaire avec l’Inde (d’avant et après le partage de 1947) est vue comme un chemin sans obstacle. Pour preuve, la construction du gazoduc reliant l’Iran à l’Inde via le Pakistan. New Delhi, a décliné, en 2008, la suggestion américaine d’investir dans un gazoduc qui partirait du Turkménistan, traverserait l’Afghanistan, le Pakistan et arriverait en Inde. Les troupes de l’OTAN –dont celles françaises – en auraient assumé la sécurisation permanente.
La république islamique d’Iran s’est placée au centre d’une troïka du gaz entourée de la Russie et du Qatar, ce qui lui donne une position évidemment considérable. Contrairement à ce que répètent un peu trop les médias, l’Iran n’est pas isolé et n’est en rien considéré comme une nation renégate. Le roi d’Arabie Saoudite a rappelé l’an dernier qu’Ahmadinejad était son frère, tout chiite qu’il est !
Depuis l’affaire Georgienne d’août 2008 et les manœuvres maladroites du Président Ukrainien, Viktor Ioutchenko au moment de la guerre du gaz (décembre/janvier), la Russie a brisé son isolement sur la scène internationale et surtout européenne. Vladimir Poutine peut se targuer d’un parcours sans faute ainsi que d’une habileté remarquable à pousser ses adversaires à la faute et à faire reconnaître aux Européens combien il était dans leur intérêt d’accepter la Russie comme une puissance continentale. Avec l’Asie sa coopération se renforce et la flotte russe s’est offerte le luxe d’une tournée en Amérique latine et dans les Caraïbes. Moscou a bien profité de la faiblesse américaine durant les derniers mois de la présidence Bush.
La main tendue du Président Obama d’abord à l’Iran puis par contre-coup à la Russie marque le terme d’une période de négation systématique du rôle de ces deux nations qui ont appris à s’ouvrir de nouvelles voies avec les cartes énergétiques entre leurs mains. La Maison Blanche cherche de toute évidence un apaisement extérieur alors que son attention est retenue par la crise intérieure.
Les Etats-Unis ont besoin de l’Iran et de la Russie pour espérer briser dans l’œuf les Talibans. Téhéran et Moscou ont-ils besoin de Washington ? Chacun des trois recherche un point d’appui tiers. La Russie parce qu’elle ne conçoit une politique qu’à l’échelle impériale, les Etats-Unis restent donc un partenaire recherché au même titre que la Chine. Si l’Iran voit sa position géopolitique confirmée de la mer Caspienne à l’océan Indien, il en connaît, néanmoins la fragilité, les Etats-Unis pourraient être un intermédiaire parmi d’autres.
Les Etats-Unis s’ils veulent rester en Irak (voir les déclarations de Robert Gates) et pacifier l’Afghanistan (voir l’envoi de l’énergique Richard Holdbrooke, créateur du « Kosovo ») pour reprendre l’endiguement de la Chine, n’ont d’autre choix que de tendre la main en tirant les conséquences négatives de la présidence Bush. Barack Obama n’expérimente-t-il pas le monde multipolaire ?

Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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