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vendredi 15 mai 2009

Rûmî : « O amoureux, ô amoureux ! » N°463 - 2eme année

Rûmî est un mystique de langue persane né en Afghanistan à Balkh (1207) dans l’antique Bactriane, il meurt en 1273 dans la ville turque de Konya . Ce poète soufis fonda l’ordre des Derviches tourneurs.
Rûmî a été influencé par un autre grand Farid Al-Din Attar (1142-1220), l’auteur de
La conférence des oiseaux.
Ces odes sont des textes parmi les plus beaux jamais écrits par les hommes et chacune d’entre elles est un enchantement.
Son œuvre ne parvint à la connaissance du public européen qu’au XXe siècle (plus tôt aux Etats-Unis) grâce au travail exemplaire d’une femme au parcours unique,
Eva de Vitray-Meyrovitch (1909-1999) Son inhumation au côté de Rûmî à Konya sera agréée par le gouvernement turc en 2008, un an après les manifestations organisées par l’UNESCO en l’honneur du poète. Elle attend son biographe !
Ce chef d’œuvre de la littérature persane montre l’homme en quête de son véritable « Moi » son Soleil idéal
: « le visible n’est plus que le signe de l’invisible, et le poète peut écrire ces vers où se mêle, à la sérénité d’une âme parvenue, par sa plus fine pointe, à l’union mystique, la toute simple, la déchirante tendresse humaine. »


« Ode 14

O amoureux, ô amoureux ! Nous voici comme vous,
Tombés dans un gouffre marin ; qui de nous sait nager ?
Si le flot remplit le monde, chaque vague devient pareille à un monstre.
En quoi cela afflige-t-il les oiseaux de la mer ? Et, à plus forte raison, les oiseaux du ciel ?
Notre visage est éclairé par notre action de grâces, et nous, nous sommes mêlés aux vagues et à l’océan.
A l’instar du poisson, pour qui la mer, le déluge, sont la vie même.
O Sheikh ! ceins-nous d’un pagne. O mer, fais-nous plonger en toi.
O Moise, fils de ‘Imrân, viens frapper de ton bâton les flots !
Ce vent apporte à chaque âme une autre passion ;
Que la passion de cet échanson soit pour moi, et que tout le reste soit pour vous.
Hier, cet échanson a, sur la route, dérobé nos turbans.
Aujourd’hui, il nous donne du vin afin de nous dépouiller de nos habits.
O toi dont l’éclat rivalise avec la lune et Jupiter : Tu es avec nous et en même temps caché de nous, tel une Péri.
Tu m’attires avec toi sans me dire jusqu’où tu m’amènes ;
Partout où tu vas, tu m’accompagnes, ô toi mes deux yeux et ma lumière !
Si tu le veux, mène-moi à l’anéantissement.
Ce monde est comme le mont Sinaï, nous sommes des chercheurs comme Moïse ;
A chaque instant, des éclairs de lumière de la splendeur divine fendent la montagne ;
Une partie se transforme en verdure, une autre partie en narcisses ;
Une autre partie en perles, une autre en cornalines, une autre encore en ambre.
O toi qui es en quête de Sa Vision ! Regarde Sa montagne.
O mont ! quel vent a soufflé sur toi, que son écho nous rende ivres ?
O jardinier ! Pourquoi donc nous cherches-tu querelle ?
Si nous avons dérobé ton raisin, toi tu as dérobé notre sacoche en échange. »



Jean Vinatier

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Source :

Mawlânâ Djalal Od-Dîn Rûmî : Odes mystiques, trad. Eva de Vitray-Meyrovitch & Mohammad Mokri, Paris, Klincksieck, 1973, pp: 16 & 28

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