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mercredi 27 mai 2009

Valéry Larbaud : « Voyageuse ! Ô cosmopolite ! à présent » N°470 - 2eme année

Valéry Larbaud (1881-1957) l’héritier de la source Vichy Saint-Yorre est un auteur tombé pratiquement dans l’oubli à l’instar de Paul Valéry.
Et pourtant, Valéry Larbaud fut l’introducteur de plusieurs poètes dont le fameux Walt Whitman et l’ami de James Joyce, de Samuel Butler sans omettre les Français Charles-Louis Philippe, André Gide, Léon-Paul Fargue.
Ce polyglotte à la santé fragile- il est atteint d’hémiplégie et d’aphasie - sillonnera les continents via les paquebots et les trains luxueux dont l’Orient-Express. Ses romans s’effacent devant sa poésie et un journal intime qu’il attribua à un personnage de fiction le jeune milliardaire américain, A.O Barnabooth parcourant de long en large le continent européen qui est ainsi célébré. Larbaud/Barnabooth mêle, tout en se raillant, la précision du témoignage à la jubilation en passant par le désenchantement. Ce poète ne disait-il pas à propos du voyage qu’il était
« cette porte ouverte sur l’immensité charmante/ De la terre… » ?
Sa ville natale, Vichy, a bien garde de ne pas l’oublier et avec raison !



« L’ancienne gare de Cahors¹

Voyageuse ! ô cosmopolite ! à présent
Désaffectée, rangée, retirée des affaires,
Un peu en retrait de la voie,
Vieille et rose au milieu des miracles du matin,
Avec ta marquise inutile
Tu étends au soleil des collines ton quai vide
(Ce quai qu’autrefois balayait
La robe d’air tourbillonnant des grands express)
Ton quai silencieux au bord d’une prairie,
Avec les portes toujours fermées de tes salles d’attente,
Dont la chaleur de l’été craquèle les volets….
Ô gare qui as vu tant d’adieux,
Tant de départs et tant de retours,
Gare, ô double porte ouverte sur l’immensité charmante
De la Terre, où quelque part doit se trouver la joie de Dieu
Comme une chose inattendue, éblouissante ;
Désormais tu reposes et tu goûtes les saisons
Qui reviennent portant la brise où le soleil, et tes pierres
Connaissent l’éclair froid des lézards ; et le chatouillement
Des doigts légers du vent dans l’herbe où sont les rails
Rouges et rugueux de rouille,
Est ton seul visiteur.
L’ébranlement des trains ne te caresse plus :
Ils passent loin de toi sans s’arrêter sur ta pelouse,
Et te laissent à ta paix bucolique, ô gare enfin tranquille
Au cœur frais de la France. »


« Matin de novembre prés d’Amingdon¹

Les collines dans le brouillard, sous le ciel de cendre bleue
Comme elles sont hautes et belles !
Ô jour simple, mêlé de brume et de soleil !

Marcher dans l’air froid, à travers ses jardins,
Le long de cette Tamise qui me fait songer aux vers de Samain,
Marcher sur la terre de nouveau inconnue, toute changée,
Et pareille au pays des fées, ce matin d’arrière-automne….
Ô nature voilée, mystérieux paysages, vous ressemblez
Aux blocs des maisons géantes et aux avenues brumeuses de la
Ville,
Vous avez l’imprécis grandiose des horizons urbains. »




Jean Vinatier

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Source :


1- in Les poésies d’A.O Barnabooth, Editions Gallimard, Paris, 1998

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