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lundi 4 mai 2009

Sri Lanka: l’île ne sera pas un second Cuba ! N°457 - 2eme année

La grippe A a monopolisé les médias à l’inverse la campagne militaire menée par le Président sri-lankais, Rajapaksa contre les Tamouls ne suscite guère de compassion. Les Tamouls installés en France ont manifesté ici et là surtout place de l’Ecole militaire dans l’indifférence sauf prés de la Gare du Nord où plus de deux cents d’entre eux furent interpellés. D’une manière générale, l’opinion publique ne leur est pas favorable.
Les Tamouls (hindous) installés depuis la nuit des temps dans l’état indien du sud de Tamil Nadu ont migré via le fameux pont d’Adam ou de Râma sur l’île de Ceylan pendant que d’autres Indiens (bouddhistes) venus du Nord indien (Bengale occidental et Orissa) y migrèrent vers –600 AVJC. Ces derniers sont, en 2009, la population dominante (cingalaise). Rappelons que les Wanniyala-Aetto, population d’origine, ont été les victimes de cette double invasion. Aujourd’hui ils vivent presque parqués dans le sud-est à Maduru Oya.
Les Tamouls comme les Cingalais ont constitué, à différentes époques, des royaumes dans l’île (p.e ceux de Chola, de Kandy) et eurent à lutter contre les puissances occidentales successives : portugaise (1505), hollandaise (1568) puis anglaise en 1796. Londres solidement installée en Inde favorisa la migration en grand nombre des Tamouls (thé) et leur offrit de nombreux avantages suscitant la rancœur des Cingalais. Or, coup de théâtre, le gouvernement britannique décida, à la veille de l’indépendance en 1948, de confier le pouvoir aux Cingalais. Les Tamouls subirent, alors, avec constance, toutes les vexations de la part des dirigeants du nouvel état qui prit le nom en 1972, de Sri-Lanka. Les Tamouls entrèrent, alors, en guérilla quelques mois plus tard. Leur leader depuis cette date est Velupillai Prabhakaran (1954), le fondateur communiste des Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul, classé groupe terroriste en 1992.
Entre 1973 et 1990, cette guérilla ne retint pas trop l’attention et l’Inde soutenait naturellement la cause Tamoule afin de ne pas déstabiliser l’état du Tamil Nadu. Au moment où l’Union soviétique s’effondre, les Tamouls emportent de grands succès et parviennent en 1999 à surprendre 40 000 soldats sri-lankais à Jaffna. Ces derniers seront sauvés par l’intervention conjointe d’Israël et du Pakistan, les alliés des Etats-Unis. Pour Washington, il n’est pas question de laisser naître un second Cuba au Sri Lanka dans une zone à hautes turbulences géostratégiques.
Les Tamouls se sont radicalisés -et divisés avec le départ en 2004 du n°2 Karuna Amann- : assassinat de Rajiv Gandhi en 1992 puis en 2005, attentat contre la Présidente Sirimovo Bandaranaike (1916-2000) qui perdra un œil. Son successeur, Mahinda Rajapaksa (1945) encouragé par les Etats-Unis a repris l’offensive contre les Tigres Tamouls : maîtrise de la mer et offensives terrestres. Les Tamouls n’ont plus les moyens de résister militairement. Les civils en paient le prix fort. Et ce ne sont pas les pantomimes de Bernard Kouchner venus voici quelques jours qui changeront quoi que ce soit. A l’évidence, ce sont les enjeux stratégiques Indien, Chinois et Américain qui bouleversent le rapport de force Tamoul/Cingalais.
La Maison Blanche, avec ou sans George Bush tient à éviter toute suprématie d’une puissance continentale (Indienne, Chinoise, Iranienne) dans le sous-continent indien et encore plus à permettre l’émergence d’un état communiste.
En effet, le Sri Lanka a une position centrale entre le détroit de Malacca (entre l’Indonésie et la Malaisie) et le détroit d’Ormuz (entre le golfe Persique et le golfe d’Oman) Le Sri Lanka pourrait être une base relais américaine entre celle de Diego Garcia et celle en Thaïlande. La Maison Blanche maintient sur cette île de très importantes antennes de la CIA et du NSA.
New Delhi a soutenu les Tamouls mais leur victoire potentielle sur les Cingalais n’aurait-elle pas eu des répercussions dans le Tamil Nadu ? L’Inde redoute particulièrement tout séparatisme : elle n’a pas oublié la création du Pakistan (Oriental et Occidental) en 1947 ! D’autre part, dans ses relations compliquées avec la Chine, le gouvernement indien a besoin de l’appui américain.
Pékin se souvient, en consultant ses archives, que plusieurs expéditions de l’amiral sino-musulman Zeng-He (1371-1433/35) le conduisirent au XVe siècle à Ceylan où il conquit le royaume de Jaffna et plaça un souverain vassal de la Chine, Parakrama Bahu VI. Nonobstant ce fait historique, la Chine tient à écarter tout risque d’endiguement de la part des Américains et, dans le même temps cherche à établir une relation stable avec l’Inde et un soutien trop officiel aux Tigres la desservirait. Certes, mais n'aurait-elle pas la tentation de soutenir l'acutel équipe dirigeante?
Le leader tamoul, Velupillai Prabhakaran est-il perdu ? Son peuple largement minoritaire dans l’île est, semble-t-il, prêt à s’incliner. Le vieux rêve caressé par toutes les familles nobles cingalaises, Senanayake, Bandaranaike, Kumaratunga et Rajapaksa qui contrôlent tout l’appareil politique depuis 1948 est en passe de se réaliser : dominer complètement l’île.
Si jamais une force onusienne finissait par être envoyée sur place, elle ne changerait plus rien elle servirait, tout au plus, à conforter l’image pacifique du Président Obama et contenter la « communauté internationale ».

Jean Vinatier

©SERIATIM 2009
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Source :

http://courrier-tamoul.com/actualites/34-actualites/152-us-post-conflit

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