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mardi 21 mars 2017

De l’OTAN à l’Europe ? N°4346 11e année



La courte visite effectuée par la chancelière allemande à Washington a officiellement montré le peu de cas que faisait le Président Trump de l’Union européenne en générale et de la représentante berlinoise en particulier et sur un point plus précisément : l’OTAN.
Création totale des Etats-Unis d’Amérique acceptée par une Europe (et une Turquie) qui n’était ni une Communauté économique et moins encore une Union, justifiée par le péril rouge, l’URSS. Depuis lors, cette organisation ne cessa de grossir au fur et à mesure que l’Europe veillait à devenir un vaste espace de libre circulation des hommes et des capitaux, avalant tous les anciens pays du pacte de Varsovie, les pays Baltes en plus. L’OTAN fut le compagnon armé de cette excroissance.
L’Union européenne est restée clintonienne quand Donald Trump propose une mise à plat des moyens financiers engagés par les Etats-Unis auprès des Etats européens pour assurer leur sécurité commune. Est-ce à dire que la Maison Blanche cherche à fracasser son propre outil ? Il est bien difficile de répondre à cette question tant un certain désordre règne dans la capitale américaine : on est à l’heure des règlements de compte et de l’essai de mettre en place une nouvelle stratégie. Pour l’heure bien malin est celui qui pourrait dire clairement les tenants et les aboutissants de cette administration.
L’année 2017 est un moment, électoralement (Pays-Bas, France, Allemagne), par l’enclenchement du Brexit le 29 mars prochain, par le maintien de sanctions vis-à-vis de la Russie qui se veulent la garantie du maintien du pouvoir ukrainien issu du coup d’Etat de Maidan, par le devenir de l’Euro.
En dépit de tous les désaccords entre l’Europe et Donald Trump, on ne voit  nullement bouger les lignes et encore moins la remise en cause de l’OTAN. L’Allemagne est, aujourd’hui, la puissance européenne mais, et la visite d’Angela Merkel à Washington le confirme, n’entend pas se faire l’avant-garde d’une structure de défense commune autonome de l’OTAN. Qui l’entendrait parmi les 27 ?
L’Allemagne a ceci de commun à l’Union : le seul maintien d’une force économique l’intéresse et hantée, par les deux guerres mondiales, sans doute répugne-t-elle à être un fer de lance. Pourtant, au regard de ce qui passe de l’autre côté de l’Atlantique, des calculs russes vis-à-vis de la Chine, en Syrie, au Maroc, du chantage turc, il y aurait une carte à jouer. Cela supposerait que par magie ou un « soyons fou » collectif Berlin et les 27 autres prissent conscience de tous les atouts dans leur manche pour briser solennellement les tables de l’OTAN qui étouffent stratégiquement notre continent, lui ôtent toute ambition politique et donc la souveraineté. L’Union européenne n’est pas une nation, un Etat pas davantage, peine à concevoir l’existence des frontières et se montre, donc incapable d’intégrer des migrants. La peur russe par toute l’Europe de l’Est et de la Baltique joue comme un catalyseur paralysant pour poser les fondamentaux d’une Union capitaine de son propre traité militaire. Il faudrait à l’Europe le quadruple effort, historique, religieux,  politique et intellectuel. Tâche titanesque au vu de l’esprit de soumission et de conformisme des élites européennes. La conscience de vassalité l’emporte sur celui de l’indépendance.
Si Hillary Clinton voyait dans l’OTAN un moyen de tenir l’Europe en l’impliquant dans des guerres toujours plus lointaines, Trump, au nom de retour de puissance américaine, ne voudrait plus que l’OTAN lui coute : aux Européens de casquer, aux Etats-Unis de tenir les leviers et les postes clefs militaires. Tant que l’Union européenne n’opérera pas son aggiornamento, elle sera un corps sans bras. Le passage de l’OTAN à l’Europe n’a pas encore ses relayeurs et pour notre plus grand malheur.

Jean Vinatier
Seriatim 2017

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