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jeudi 26 mars 2015

Louisiane correspondance américaine 1802 N°3097 9e année



C’est un bel extrait d’écriture diplomatique et qui éclaire parfaitement sur la façon de procéder du gouvernement américain d’alors. Le style est encore très « anglais »

« Lettre de T. Jefferson, président des États-Unis, à R.R. Livingstone, ministre des États-Unis à Paris, le 18 avril 1802, au sujet de la Louisiane

"La cession par l'Espagne de la Louisiane et des Florides à la France a des effets des plus douloureux sur les États-Unis. (...) Cela renverse complètement toutes les relations politiques des États-Unis et va engendrer une nouvelle ère pour notre évolution politique. Parmi toutes les nations d'importance, la France est, jusqu'à maintenant, celle avec laquelle nous avons eu le moins d'occasion de conflit (...) et le plus de communauté d'intérêts. De ce fait, nous l'avons toujours considérée comme notre amie naturelle. (...) Il y a un seul endroit au monde dont le possesseur est notre ennemi naturel et régulier. Il s'agit de la Nouvelle-Orléans, par laquelle les produits des 3/8 de notre territoire doivent passer pour trouver un marché, et ce territoire, grâce à sa fertilité, fournira avant longtemps plus de la moitié de notre production totale et contiendra plus de la moitié de nos habitants. La France, se plaçant au travers de cette porte, nous impose une attitude de méfiance. (...) L'Espagne aurait pu la posséder tranquillement pendant des années. Ses dispositions pacifiques, son état de faiblesse, la conduiraient à accroître nos facilités en cet endroit, à tel point que la possession de celui-ci nous serait à peine sensible. (...) Il ne peut pas en être de même dans les mains de la France : l'impétuosité de ses humeurs, l'énergie et l'agitation de son caractère, ainsi placées à un point de perpétuelle tension avec nous dont le tempérament s'il est tranquille, désire la paix et la poursuite de la prospérité, n'en est pas moins ambitieux, n'accepte pas la richesse si elle doit s'accompagner d'insultes ou de préjudices et est entreprenant et énergique comme celui d'aucune autre nation sur la terre; ces circonstances rendent impossible que la France et les États-Unis puissent rester longtemps amis. (...) Le jour où la France s'emparera de la Nouvelle-Orléans, marquera la date de la sentence qui doit la maintenir à jamais à l'intérieur de son niveau des basses-eaux. Cela scelle l'union de deux nations, qui, ensemble, peuvent maintenir la possession exclusive de l'océan. De ce jour nous devons nous marier avec la nation et la flotte britanniques. Nous devons tourner toute notre attention vers une force maritime (...). Ce n'est pas un état de choses que nous recherchons ou que nous désirons (...) mais il se produira nécessairement, par les lois de la nature, si la France prend cette décision. (...) Si la France considère néanmoins la Louisiane comme indispensable à ses yeux, elle pourrait peut-être rechercher des arrangements qui pourraient être compatibles avec nos intérêts (...) ce serait nous céder l'île de la Nouvelle-Orléans et les Florides. Cela ferait certainement cesser, dans une grande mesure, les causes d'irritation entre nous. (...) Tous les yeux aux États-Unis sont maintenant fixés sur les affaires de Louisiane. Depuis la guerre révolutionnaire, rien peut-être n'a produit un plus grand malaise dans le corps de la nation."

in FERRELL, R.H., Foundations of American Diplomacy 1775-1872, Columbia, University of South Carolina Press, 1968, pp. 98-102(Traduction J. PORTES)

Jean Vinatier
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