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mardi 7 juin 2016

« Guerre économique et guerre cognitive par Giuseppe Gagliano »N°4161 10e année



« Jusqu'à il n'y a pas très longtemps, le monde occidental a vécu dans la conviction que le libéralisme était une fin en soi, mais dans le nouveau contexte de la mondialisation, s'en remettre à nouveau à l'économie politique prend tout son sens à partir du moment où l'on ne peut plus nier les rapports de force existant au sein de l'économie et où l'idée selon laquelle le commerce mondial est structuré sur la base de l'offre et de la demande semble désormais abandonnée.
Le monde est en train de changer, la réalité est différente, les événements et les manières d'appréhender la politique ont changé : si auparavant l'affirmation de Clausewitz selon laquelle « la guerre est la politique menée avec d'autres armes », était valable, aujourd'hui, l'on peut affirmer que la politique (et l'économie) est la guerre faite en utilisant les informations.
La menace n'est plus seulement celle à laquelle nous étions habitués et qui pouvait se situer, d'un point de vue géographique, dans l'attaque d'une grande puissance contre une autre puissance. Aujourd'hui, la menace est asymétrique, différente, elle change constamment, voyage sur le net, elle est immédiate et, surtout, elle s'adresse au système tout entier. Son but n'est pas de frapper des cibles militaires ou politiques, mais des intérêts commerciaux, industriels, scientifiques, technologiques et financiers. Cela conduit le renseignement à se structurer autour de nouvelles missions : protéger non seulement le système dans son ensemble, mais également les maillons faibles de la filière productive.
Tout cela exige un changement de mentalité, de façons de faire et une mise à jour constante, spécialement en ce qui concerne la culture d'entreprise. Cela exige, surtout, une étroite interaction entre le renseignement et le secteur privé, avec toutes les difficultés que cela comporte. Les crises que nous sommes en train de traverser, avec la physionomie industrielle et commerciale de notre époque, nous portent à considérer avec beaucoup d'attention l'idée de « guerre économique ».
C'est principalement après la fin de la Guerre Froide que les rapports de force entre les puissances se sont articulés autour de problématiques économiques : la plupart des gouvernements aujourd'hui ne cherchent plus à conquérir des terres ou à établir leur propre domination sur de nouvelles populations, mais tentent de bâtir un potentiel technologique, industriel et commercial en mesure d'apporter de l'argent et de l'occupation sur leur propre territoire. La mondialisation a transformé la concurrence « douce » et « limitée », en une vraie « guerre économique ».
Le défi économique réduit les espaces dont la guerre militaire dispose, mais le but ultime, celui d'accumuler du pouvoir et du bien-être, reste le même. Les stratégies internes d'intelligence économique, adoptées récemment par de nombreux gouvernements, réservent justement aux opérateurs privés un rôle central dans le maintien de la sécurité, en les dotant d'infrastructures informatiques et de ce qui représente le bien primaire de l'ère numérique : les données. De la sauvegarde des activités économiques privées à la protection des intérêts économiques nationaux, il n'y a qu'un pas.
Par intelligence économique, on entend justement l'ensemble des activités de collecte et de transformation des informations, de surveillance de la concurrence, de protection des informations stratégiques, de capitalisation des connaissances afin de contrôler et d'influencer l'environnement économique mondial. C'est, donc, un instrument de détention du pouvoir à la disposition d'un État.
La suite ci-dessous :


Jean Vinatier
Seriatim 2016

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