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lundi 13 juin 2016

Une rue Robespierre à Paris ? N°4167 10e année



En 2011 le Conseil de Paris avait rejeté la demande de Ian Brossat de donner à Paris une rue  à Maximilien de Robespierre : Anne Hidalgo estimait, quant à elle, qu’il n’y avait pas de consensus.
Cinq années plus tard, c’est Danielle Simonnet (PG) qui renouvelle la demande avec de fortes chances de l’emporter, la maire de Paris se voulant clivante.
Danton a bien une place et une rue qui portent son nom alors même qu’il fut corrompu, laissa opérer les massacres de septembre alors, pourquoi pas Robespierre qui dispose déjà d’une station de métro ?
Maximilien de Robespierre est la figure la plus symbolique de la Révolution française en ce sens qu’il en fut le pédagogue et le théoricien le plus éminent. Sa personne, historiquement attachée à la période de la Terreur dont le terme fut sa chute et son exécution, en fait l’homme central de cette seconde période de la Révolution : la première allant de 1789 à 1791/92 où  les élites du royaume tentèrent d’établir une monarchie constitutionnelle, leur échec précipitant l’entrée de la seconde avec, cette fois-ci le peuple français. La constitution de 1793, jamais appliquée, leur était dédiée. Robespierre, homme intègre, froid, sans sexualité apparente, acète dans les événements, à l’inverse de Saint-Just, mal à l’aise dans la mise en place de la politique de la Terreur par le sang coulé mais dans le même temps, acteur politique, au sein du Comité de Salut publique qui enclencha toutes les mesures les plus terribles au point que Prairial de l’an II restera certainement dans l’Histoire de France comme le moment le plus horrible.
L’Incorruptible éliminant Danton, Hébert et les siens, les girondins, l’Incorruptible plus déiste que laïc créateur de cet Être suprême dont l’apothéose annonça sa fin, l’Incorruptible ne cessant jamais de découvrir un adversaire des idéaux qu’il portait si haut, l’Incorruptible qui effraya une convention apeurée à l’idée, à son tour, après avoir tant condamnée, de l’être à son tour. Et il est vrai que Maximilien de Robespierre chutera suite à une conjuration dite des Thermidoriens dont les têtes agissantes étaient des assassins, des concussionnaires.
Robespierre gêne l’historiographie parce qu’il fut un théoricien dont les idées allaient bien au-delà de la révolution bourgeoise libérale de 1789. Le Tiers Etat usa du peuple pour forcer la main à Louis XVI afin qu’il se rendit à toutes leurs exigences en manière de partage de pouvoir. Hors cette bourgeoisie matinée d’aristocratie ne sut pas poser les limites,  le Roi ne sachant pas davantage être le monarque de cette révolution-là qu’il avait, pourtant appelé de ses vœux en soutenant, Calonne et son programme, au moment de l’Assemblée des notables en 1787. Poussant plus loin, la révolution de 1789 a craint ce qu’elle enclenchait mais ouvrit les écluses de celles et deux qui, nourris aux idées des Lumières et de Rousseau en particulier, voulurent que leurs utopies devinssent des réalités, que leurs absolus philosophiques devinssent le quotidien du peuple : mais change-t-on un pays en quelques mois ?
La révolution a broyé ceux qui la mirent au monde, Robespierre a ce paradoxe d’être, en même temps, un vrai révolutionnaire théoricien et un conservateur l’Être suprême étant l’exemple.
Pour en venir à nos jours, Robespierre a-t-il sa place dans le Paris de 2016 ? Un Paris où la politique municipale consiste à vider la ville-capitale de tout ce qui a trait au roman national pour laisser la place à une sorte de Disneyland entre bobos, touristes et événements festifs ? Où serait donc la place de Robespierre dans ce Paris-là ? Ne serait-ce pas faire injure à l’Incorruptible que de n’être qu’une figure de Paris-Plage ? Est-il encore temps de lui donner une rue ?

Sources :

En 2011 rejet de la demande de Ian Brossat

Appel relayé par l’Humanité

L’auteure de la demande :



Jean Vinatier
Seriatim 2016

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