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jeudi 14 mai 2009

Edito : le 7 juin 2009 N°462 - 2eme année

Nous sommes en campagne électorale : le 7 juin, nous voterons pour renouveler le Parlement européen. Le quasi-silence qui entoure cette période élective n’a été interrompu que par le discours du Président de la République à Nîmes et tout se terminera le 6 juin lorsque Nicolas Sarkozy et Barack Obama rappelleront le débarquement des alliés sur les plages normandes en 1944. La messe sera dite, celle de l’Atlantisme imposé comme une voie unique et sans retour. La France voulait une place à part, depuis son retour dans l’OTAN elle aura une fonction parmi celles des autres au sein d’une alliance dangereuse.
La campagne pour les européennes aura été inexistante. Jean-Luc Mélenchon, le chef de Parti de Gauche et Nicolas Dupont-Aignan, de Debout la République, se battent dans une totale indifférence médiatique pour dénoncer les projets politiques à venir dont celui du bloc euro-atlantique qui serait à compter de 2015, une vaste union mercantile et militaire avec, cerise sur le gâteau, une chambre d’élus.
Les médias participent sans honte à l’atonie générale. L’abstention devrait atteindre des sommets, l’UMP sortira vainqueur d’une élection vide de sens mais redoutable par les engrenages qui en découleront. Il importe peu de savoir que le PS sera le grand perdant le soir du 7 juin. Non, il est bien pénible de voir que les vainqueurs, gommant le dédain de la nation, se pareront de la légitimité bien douteuse, au nom de « la victoire de l’Europe » pour imposer des transformations sociales qui affecteront tous les peuples de l’Union européenne.
Le 7 juin il n’y aura plus d’Europe c’est-à-dire ni ambition, ni utopie. Le ralliement à cette idée d’union euro-atlantique fera de chacun d’entre nous des être soumis, dépouillés de nos identités : nous ne serons plus des citoyens mais des amuseurs pour les touristes dans des villes « historiques » transformés en Disney land.
L’Europe était-elle donc ce continent embarrassant pour les futurs maîtres planétaires ? La preuve que oui puisqu’ils veulent nous abêtir!


Jean Vinatier

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vendredi 8 mai 2009

Cher(e)s Internautes N°461 - 2eme année

Prochain Seriatim le lundi 11 mai 2009.
A toutes et à tous, un bon pont,

Jean Vinatier

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jeudi 7 mai 2009

Afghanistan/Pakistan (AfPak) : fissures « obamaniennes » ? N°460 - 2eme année

Le sommet de Washington réunissait mercredi 6 mai, les présidents afghan et pakistanais autour de Barack Obama. Cette réunion avait toutes les apparences de la solidité des alliances entre les trois hommes et le communiqué final entérinait la politique américaine en cours depuis 2001. Seule ombre au tableau, les 100 afghans tués par un tir américain…..
Apparence, voilà le maître mot ! On le sait, pendant la campagne présidentielle de 2008 le candidat démocrate Obama insistait beaucoup sur la nécessaire victoire sur le terrorisme (Al-Quaida) ou l’extrémisme reprenant sans avoir l’air, le programme des néo-conservateurs républicains. En effet, le propos de Barack Obama n’aurait aucun sens s’il ne s’appuyait sur une vision établie voilà une dizaine d’années par des hommes qui rêvent de conforter l’imperium de la bannière étoilée en contrôlant le maximum de voies énergétiques et en entourant la Chine d’une sorte de muraille invisible. Est-il ou non en harmonie avec les néo-conservateurs ? Sans doute pas, mais sa tâche est, certainement, de poser les jalons qui permettront une sortie de ce guêpier sans être désigné comme celui qui a bradé la puissance étatsunienne.
Dés lors, était-il surprenant que le nouveau Président Obama ne prenne pas la peine de joindre le Président Hamid Karzaï et envoie le vice-président Joe Biden le sermonner à Kaboul puis invite ses opposants à Washington? La marionnette Karzaï loin de s’émouvoir a entrepris de séduire un par un ses adversaires en vue de l’élection présidentielle prochaine en faisant un sans faute¹. Du coup, le chef d’Etat afghan est auréolé du prestige de celui qui a défié l’occupant. C’est là un retournement de situation singulier dont on avait déjà observé le mouvement en Mésopotamie (Irak) avec un Maliki soutenu par tous les partis irakiens, s’opposant au général Odierno, commandant les forces US.
Au Pakistan, une autre marionnette, le président Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto, prend visiblement exemple sur ses homologues avec un certain succès et, notamment avec son adversaire principal Mian Muhammad Nawaz Sharif. L’armée pakistanaise dirigée par Ashfaq Kayani fait comme d’habitude, elle lance de grandes offensives médiatiques en veillant à ne pas aller trop loin comme on le voit aujourd’hui dans la vallée de Swat.
Les Etats-Unis doivent donc plus composer avec ces hommes d’Etat que leur imposer un code de conduite.
Effectivement, la situation en AfPak échappe plus qu’on ne le dit à l’armée américaine et à ses alliés dont la France. Le problème devant Barack Obama est compliqué. En effet Hamid Karzaï et Zardari ont réussi l’exploit de regrouper autour d’eux les pires ennemis et les meilleurs amis de Washington. C’est une situation inédite qui montre à quel point les Afghans, les Pakistanais prennent conscience qu’une union nationale ou patriotique était la condition sine qua non d’abord pour ne pas disparaître, ensuite pour rester en lice lors des grands enjeux énergétiques et géopolitiques. La Chine, l’Inde, l’Iran et plus loin la Russie se frottent les mains en regardant l’évolution politique de ces états : ces puissances ne resteront pas inertes non seulement entre elles mais aussi vis-à-vis des Américains !
En mai 2009, les forces de la coalition sous l’égide de l’armée américaine sont dans une nasse géopolitique, un peu comme l’était le corps expéditionnaire français à Diên Biên Phu en Indochine. Si elles ne risquent pas de connaître une reddition, la solution politique s’avérera longue et dangereuse.
Aux Etats-Unis, les milieux les plus conservateurs et notamment dans l’armée, les généraux Odierno et Petraeus, ce dernier étant le stratège pour l’ensemble territorial qui va du Moyen Orient au Pakistan, montent au créneau pour dénoncer tout abandon de fait. Est-ce un hasard si l’on a tant parlé des cachettes d’Al-Quaïda au Yemen ? Evidemment pas.
La toute puissance de l’aigle américain est donc engagée sur un double théâtre : d’un côté conduire une désescalade en AfPak, de l’autre dénucléariser l’Orient ce qui implique de réintégrer l’Iran dans le jeu diplomatique et contraindre Israël à réviser sa politique atomique. Là aussi les cercles les plus conservateurs israéliens et non-juifs américains se battront bec et ongles.
Le Président Obama entame son mandat en mettant (à juste titre) très haut ses ambitions diplomatiques et militaires.
Le sommet de Washington afghano-pakistanais ne doit donc pas faire illusion; la prochaine fois, le Président américain devra, peut-être, se déplacer en personne sur place à l’invitation ou de Karzaï ou de Zardari ou des deux !


Jean Vinatier

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Cartes :

http://ccablog.blogspot.com/2006/09/redrawing-middle-east-map.html
http://www.oilempire.us/new-map.html
http://strangemaps.wordpress.com/2006/09/21/8-re-drawing-the-map-of-the-middle-east/

Documentaire : Paul Moreira : « Pour quelques dollars de plus » Canal+, 24 avril 2009
Le travail de ce journaliste d’investigation est toujours remarquable.
http://www.agoravox.fr/rdv-de-l-agora/article/l-afghanistan-pour-quelques-55006


Sources :

1-
http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/KE06Df03.html
http://www.dedefensa.org/article-qui_est_la_marionnette_de_qui_05_05_2009.html http://atimes.com/atimes/Central_Asia/KC26Ag01.html

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2009/05/07/obama-integre-l-afghanistan-et-le-pakistan-dans-sa-guerre-contre-l-extremisme_1189866_3216.html

http://www.slate.fr/story/4833/pakistan-armee-talibans-islamistes

http://www.slate.fr/story/4769/au-pakistan-un-boulevard-pour-les-islamistes

In Seriatim

Afghanistan : 7 articles (2007-2009) dont :

http://www.seriatimonline.com/2007/08/la-mort-dun-roi-invisible-zahir-shah_06.html

http://www.seriatimonline.com/2008/06/afghanistan-charit-bien-ordonne.html

http://www.seriatimonline.com/2008/10/afghanistan-bal-masqu-kaboul.html

Pakistan : 6 articles (2007-2009) dont :

http://www.seriatimonline.com/2007/11/pakistan-nous-ne-savons-pas-o-nous.html

http://www.seriatimonline.com/2008/01/pervez-musharraf-lambigu.html

http://www.seriatimonline.com/2008/08/pakistan-aprs-musharraf.html

http://www.seriatimonline.com/2008/09/pakistan-cambodge-bis-repetita.html

http://www.seriatimonline.com/2008/12/inde-et-pakistan-dans-une-nasse.html

mercredi 6 mai 2009

Hadopi ou Sarkozy fournisseur d’accès à Internet ! N°459 - 2eme année

Depuis un moment le chef de l’Etat cherche un moyen d’entrer sur la Toile pour y poser ses marques.
Son obstination qui succède à sa colère du 9 avril, n’est pas anodine. Ce projet de loi Création et Internet contre le téléchargement illégal est une première pierre qui en appellera d’autres afin d’établir sur la Toile une liberté régulée selon l’expression d’Eric Besson. Le député Frédéric Lefebvre ne s’en cache pas beaucoup
: «L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent? […] Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres? »
Christine Albanel déniait à Internet d’être un droit fondamental ce qu’a rappelé le rapporteur de cette loi à venir, le député-maire UMP de Coulommiers, le jeune concessionnaire Peugeot Franck Riester.
Comme on le relève la défense du droit d’auteur passe en troisième position, les faits divers sont en première ligne pour mieux émouvoir l’opinion publique.
Les lobbies de l’industrie culturelle ont tout intérêt à garder leur aire de force ainsi que les rentes de situation qui en découlent, surtout en France. Pour l’Elysée être soutenu par les artistes est un atout et une légitimité qui lui permet de mettre en place ce que le palais ambitionne, devenir le gendarme suprême et pour ce faire, il lui fallait un biais.
Manque de chance, le Parlement européen a voté un amendement anti-riposte graduée le 21 avril qui prend l’exact contre-pied du projet français ! De cela Sarkozy s’en soucie comme un poisson d’une pomme. Strasbourg et Paris négocieront, l’essentiel aux yeux du Président étant que le contrôle sur Internet ne soit désormais ni un tabou, ni impossible.
« La liberté régulée » sur le Net se fera donc par l’entremise des artistes qui parlent de libertés, devenus consciemment les fous du roi. La lettre de quelques-uns d’entre eux écrite à Martine Aubry sur l’air du divorce est confondante de naïveté : est-ce leur âge avancé ? La secrétaire générale du PS doit tenir quand bien même, Jack Lang s’émancipera-t-il de la discipline du parti sur ce point. Heureusement d’autres artistes, plus jeunes (Jeanne Balibar, Louis Garrel, Chiara Mastroianni) remettent les pendules à l’heure : « Il est temps d’accepter et de nous adapter à ce "nouveau monde" où l’accès à la culture perd son caractère discriminatoire et cesser de vouloir en faire une société virtuelle de surveillance où tout un chacun se sentirait traqué.»¹
Le plus cinglant démenti contre ces dispositions législatives pourraient – qui sait – venir de Michael Jackson, artiste qui a des comptes à régler avec les maisons de production. S’il décidait d’autoriser l’édition de ces concerts londoniens…quelle gifle ! Bambi en est capable !
L’UMP se pose en parti vertueux: quelle moquerie alors que cette formation politique a piraté une musique du groupe MGMT et a été condamnée pour ce délit à payer 30 000 euros ! Un pirate même revêtu d'une toge reste ce qu'il est!


Jean Vinatier

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Source :


1-
http://www.liberation.fr/culture/0101565682-hadopi-artistes-et-ps-ne-chantent-plus-a-lunisson

mardi 5 mai 2009

La Fontaine : « Oh ! combien de Césars deviendront Laridons ! » N°458 - 2eme année

On ne présente plus Jean de La Fontaine (1621-1695) dont la lecture est un délice tant pour les fables que pour les contes érotiques (Contes et nouvelles en vers, Amsterdam, Pierre Brunel, 1709)!
Je vous renvoie, naturellement, aux excellents travaux de Marc Fumaroli : La diplomatie de l’esprit, de Montaigne à La Fontaine, Paris, Hermann,1994 et Le poète et le roi : Jean de La Fontaine en son siècle, Paris, de Fallois,1997.
Avant de vous laisser apprécier la fable, remémorons-nous son épitaphe :

« Jean s'en alla comme il était venu,
Mangeant son fonds après son revenu,
Croyant le bien chose peu nécessaire.
Quant à son temps bien sut le dispenser,
Deux part [il] en fit, dont il soulait passer [avait coutume],
L'une à dormir, & l'autre à ne rien faire. »


« L’Education

Laridon¹ et César, frères dont l’origine
Venait de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis,
A deux maîtres divers échus au temps jadis,
Hantaient l’un les forêts, et l’autre la cuisine.
Ils avaient eu d’abord chacun un autre nom,
Mais la diverse nourriture
Fortifiant en l’un cette heureuse nature,
En l’autre l’altérant, un certain marmiton
Nomma celui-ci Laridon.
Son frère, ayant couru mainte haute aventure,
Mis maint cerfs aux abois, maint sanglier abattu,
Fut le premier César que la gent chienne ait eu.
On eu soin d’empêcher qu’une indigne maîtresse
Ne fit en ses enfants dégénérer son sang.
Laridon négligé témoignait de sa tendresse
A l’objet le premier passant.
Il peupla tout de son engeance :
Tournebroches² par lui rendus communs en France
Y font un corps à part, gens fuyant les hasards,
Peuple antipode des Césars.

On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père :
Le peu de soin, le temps, tout fait qu’on dégénère.
Faute de cultiver la nature et ses dons,
Oh ! combien de Césars deviendront Laridons ! »



Jean Vinatier

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Notes :

1-Laridon : nom inventé par La Fontaine d’après le mot latin laridum (lard)

2-Tournebroche : chien dressé à tourner la broche.


Sources :

In Jean de La Fontaine, Fables, Editions RVG, Genève, 1985, Livre Huitième, p.314

Jean de La Fontaine : Contes interdits, Paris, La Musardine, 2001

lundi 4 mai 2009

Sri Lanka: l’île ne sera pas un second Cuba ! N°457 - 2eme année

La grippe A a monopolisé les médias à l’inverse la campagne militaire menée par le Président sri-lankais, Rajapaksa contre les Tamouls ne suscite guère de compassion. Les Tamouls installés en France ont manifesté ici et là surtout place de l’Ecole militaire dans l’indifférence sauf prés de la Gare du Nord où plus de deux cents d’entre eux furent interpellés. D’une manière générale, l’opinion publique ne leur est pas favorable.
Les Tamouls (hindous) installés depuis la nuit des temps dans l’état indien du sud de Tamil Nadu ont migré via le fameux pont d’Adam ou de Râma sur l’île de Ceylan pendant que d’autres Indiens (bouddhistes) venus du Nord indien (Bengale occidental et Orissa) y migrèrent vers –600 AVJC. Ces derniers sont, en 2009, la population dominante (cingalaise). Rappelons que les Wanniyala-Aetto, population d’origine, ont été les victimes de cette double invasion. Aujourd’hui ils vivent presque parqués dans le sud-est à Maduru Oya.
Les Tamouls comme les Cingalais ont constitué, à différentes époques, des royaumes dans l’île (p.e ceux de Chola, de Kandy) et eurent à lutter contre les puissances occidentales successives : portugaise (1505), hollandaise (1568) puis anglaise en 1796. Londres solidement installée en Inde favorisa la migration en grand nombre des Tamouls (thé) et leur offrit de nombreux avantages suscitant la rancœur des Cingalais. Or, coup de théâtre, le gouvernement britannique décida, à la veille de l’indépendance en 1948, de confier le pouvoir aux Cingalais. Les Tamouls subirent, alors, avec constance, toutes les vexations de la part des dirigeants du nouvel état qui prit le nom en 1972, de Sri-Lanka. Les Tamouls entrèrent, alors, en guérilla quelques mois plus tard. Leur leader depuis cette date est Velupillai Prabhakaran (1954), le fondateur communiste des Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul, classé groupe terroriste en 1992.
Entre 1973 et 1990, cette guérilla ne retint pas trop l’attention et l’Inde soutenait naturellement la cause Tamoule afin de ne pas déstabiliser l’état du Tamil Nadu. Au moment où l’Union soviétique s’effondre, les Tamouls emportent de grands succès et parviennent en 1999 à surprendre 40 000 soldats sri-lankais à Jaffna. Ces derniers seront sauvés par l’intervention conjointe d’Israël et du Pakistan, les alliés des Etats-Unis. Pour Washington, il n’est pas question de laisser naître un second Cuba au Sri Lanka dans une zone à hautes turbulences géostratégiques.
Les Tamouls se sont radicalisés -et divisés avec le départ en 2004 du n°2 Karuna Amann- : assassinat de Rajiv Gandhi en 1992 puis en 2005, attentat contre la Présidente Sirimovo Bandaranaike (1916-2000) qui perdra un œil. Son successeur, Mahinda Rajapaksa (1945) encouragé par les Etats-Unis a repris l’offensive contre les Tigres Tamouls : maîtrise de la mer et offensives terrestres. Les Tamouls n’ont plus les moyens de résister militairement. Les civils en paient le prix fort. Et ce ne sont pas les pantomimes de Bernard Kouchner venus voici quelques jours qui changeront quoi que ce soit. A l’évidence, ce sont les enjeux stratégiques Indien, Chinois et Américain qui bouleversent le rapport de force Tamoul/Cingalais.
La Maison Blanche, avec ou sans George Bush tient à éviter toute suprématie d’une puissance continentale (Indienne, Chinoise, Iranienne) dans le sous-continent indien et encore plus à permettre l’émergence d’un état communiste.
En effet, le Sri Lanka a une position centrale entre le détroit de Malacca (entre l’Indonésie et la Malaisie) et le détroit d’Ormuz (entre le golfe Persique et le golfe d’Oman) Le Sri Lanka pourrait être une base relais américaine entre celle de Diego Garcia et celle en Thaïlande. La Maison Blanche maintient sur cette île de très importantes antennes de la CIA et du NSA.
New Delhi a soutenu les Tamouls mais leur victoire potentielle sur les Cingalais n’aurait-elle pas eu des répercussions dans le Tamil Nadu ? L’Inde redoute particulièrement tout séparatisme : elle n’a pas oublié la création du Pakistan (Oriental et Occidental) en 1947 ! D’autre part, dans ses relations compliquées avec la Chine, le gouvernement indien a besoin de l’appui américain.
Pékin se souvient, en consultant ses archives, que plusieurs expéditions de l’amiral sino-musulman Zeng-He (1371-1433/35) le conduisirent au XVe siècle à Ceylan où il conquit le royaume de Jaffna et plaça un souverain vassal de la Chine, Parakrama Bahu VI. Nonobstant ce fait historique, la Chine tient à écarter tout risque d’endiguement de la part des Américains et, dans le même temps cherche à établir une relation stable avec l’Inde et un soutien trop officiel aux Tigres la desservirait. Certes, mais n'aurait-elle pas la tentation de soutenir l'acutel équipe dirigeante?
Le leader tamoul, Velupillai Prabhakaran est-il perdu ? Son peuple largement minoritaire dans l’île est, semble-t-il, prêt à s’incliner. Le vieux rêve caressé par toutes les familles nobles cingalaises, Senanayake, Bandaranaike, Kumaratunga et Rajapaksa qui contrôlent tout l’appareil politique depuis 1948 est en passe de se réaliser : dominer complètement l’île.
Si jamais une force onusienne finissait par être envoyée sur place, elle ne changerait plus rien elle servirait, tout au plus, à conforter l’image pacifique du Président Obama et contenter la « communauté internationale ».

Jean Vinatier

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Source :

http://courrier-tamoul.com/actualites/34-actualites/152-us-post-conflit

Palestine : un territoire, non un « archipel » N°456 - 2eme année


A la veille de la tournée européenne du ministre israélien des Affaires Etrangères d’extrême droite, Avigdor Lieberman, la carte publiée par Le Monde Diplomatique est terrible. Au fur et à mesure que les années passent, en dépit de toutes les protestations, la « mer » israélienne réduit la Palestine en la morcelant.
Comme souvent, une carte vaut amplement tous les discours et les formules oratoires.





Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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Source cartographique:

jeudi 30 avril 2009

Prochain Seriatim le lundi 4 mai N°455 - 2eme année

Cher(e)s Internautes,
bon pont,

Jean Vinatier

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Barack Obama et la période des cent fleurs au monde N°454 - 2eme année

Cent jours ! Le nouveau Président jouit d’une faveur inédite parmi son peuple et il dispose d’une grande popularité sur tous les autres continents. Il règne une atmosphère singulière à la Maison Blanche avec Bo, le nouveau toutou, qui court avec son jeune maître dans les couloirs. Pendant ce temps, son épouse Michelle ramasse les fleurs, entourée de ses enfants. Nous baignons dans l’irénisme de la Maison enchantée !
Tous les déplacements présidentiels, en Europe, en Orient, dans l’ensemble Amérique Latine/ Caraïbe ont été placés sous le signe de l’apaisement, de l’écoute, de messages dits par Barack Obama le sourire éclatant. Quelle joie, le nouveau César est aimable, attentionné, enfin, jouir à Rome sans se cacher…Pâmoisons des bobos !
A l’intérieur des Etats-Unis, il y a bien les gangs mexicains situés tout le long du Rio Grande qui se livrent à des guerres sans merci et qui poussent des pointes jusqu’à Chicago. Ils inquiètent, de part et d’autre les états-majors mexicano-étatsunien qui prévoient des opérations puissantes tandis que les Texans reparlent de leur indépendance et que les groupes extrémistes éclosent à un rythme peu réjouissant. Sur le plan social, les files de chômeurs s’allongent, l’économie impériale bat de l’aile mais, ô miracle, Wall Street fait entonner depuis quelques semaines le grand air du Printemps, les banques se remettent à combiner comme avant, tout le monde applaudit et les Bourses montent se moquant de tous les nuages noirs à l’horizon.
S’il n’y avait pas cette grippe mexicaine, les cent jours d’Obama seraient merveilleux. Mais, voilà qu’un virus apparu soudainement, progresse rapidement sur le point de faire déclencher une alerte à la pandémie !
Bien évidemment Barack Obama sait parfaitement la partition qu’il joue. Il a su avec intelligence utiliser les antagonismes pour se placer sur l’échiquier international, national. Il n’ignore pas que cette période des cent fleurs se termine. Le moment de trancher dans le vif ne tardera plus. D’ailleurs, ne vient-il pas de l’annoncer à la télévision : reconstruire les Etats-Unis ne se fera pas sans peine, ni douleur….
Toute popularité est de cristal, la sienne est-elle un leurre ? Qu’a-t-il réellement accompli pour la mériter ? Pas grand-chose si ce n’est de supprimer Guantanamo, de dénoncer les tortures pratiquées par la CIA et de se garder de contester la toute puissance de Wall Street. S’il veut « reconstruire » son pays, il aura forcément le « monde de la finance » contre sa personne. En effet tous ces banquiers ne pensent qu’à une seule chose, un nouvel eldorado mondial où le dollar illuminerait et les souffrances du peuple Américain seront un boulet encombrant.
Lors du dernier sommet Caraïbe/Amérique Latine, les dirigeants de ces nations ont bien fait sentir qu’ils cessaient de tenir le rôle d’aimables domestiques. Le Brésil et l’Argentine jouent à fond les relations Sud-Sud avec l’Asie. Mettre un terme au blocus inutile contre Cuba confortera certes la bonne image de Barack Obama mais rien de plus. La Chine, l’Inde, la Russie jouent d’égal à égal avec Washington. La Turquie comprend à merveille sa position géostratégique et elle entend bien assumer sa partition. L’Union européenne, seule, ronronne lovée entre les pattes de l’Oncle Sam : elle a renoncé à l’Histoire pour jouir, espère-t-elle, de la bienfaisance économique qui ne manquera plus d’arriver depuis l’autre rive de l’Atlantique.
Le pari de Barack Obama est, en effet, dans le redémarrage industriel des Etats-Unis. Or, la dynamique économique est passée à l’Est et au Sud qui concentrent toutes les énergies créatives.
Entre les réformes intérieures et la prise en considération des nouveaux rapports de force à l’extérieur, il y aura, à un moment, une phase de déséquilibre qui pourrait être la source de tensions inquiétantes. Si l’on regarde bien, Barack Obama aurait bien besoin d’une Union européenne comme puissance politique si celle-ci n’avait, semble-t-il, définitivement dit non à ce rôle. Pour l’Europe, les Etats-Unis égalent Wall Street, point barre !
Plus que tout autre, Barack Obama sait qu’il ne peut échouer dans sa reconstruction des Etats-Unis d’où la comparaison avec Gorbatchev. Ne redoute-t-il pas qu’une fois les fleurs tombées ne restent que les épines ?

Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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mercredi 29 avril 2009

Edito : médecins et universitaires continuent le combat ! N°453 - 2eme année

Peu importe la longueur des cortèges, l’essentiel tient dans l’esprit et l’intelligence qui les conduisent !
Saluons, au contraire, le courage de celles et ceux qui ne renoncent pas. Toutes, tous sont une avant-garde redoutée.
La santé et l’éducation sont deux fondations de la société française, pour la première la gratuité des soins, pour la seconde faire apprendre à penser et à transmettre.
Jusqu’à présent ce mouvement général a tenu à répondre publiquement aux projets incroyables du gouvernement ; désormais, il est nécessaire de franchir une étape. Il revient aux personnels de santé et de l’éducation de poser les termes d’un projet politique : dire ce que devrait être l’hôpital, dire ce que devrait être l’éducation de la maternelle à l’université.
Le moment est venu de répondre à des projets gouvernementaux par d’autres projets, les vôtres. Allez au-delà des syndicats et des partis. C’est de cette manière que le rapport de force s’établira. Passez outre l’Elysée et réveillez les citoyens !


Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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De Gaulle partait le 28 avril 1969 N°452 - 2eme année

« Eh bien ! voilà, nous avons battu les Allemands ; nous avons écrasé Vichy ; nous avons empêché les communistes de prendre le pouvoir et l’O.A.S. de détruire la République. Nous n’avons pas pu apprendre à la bourgeoisie le sens national. »¹ Michel Debré a rapporté ce propos du Général de Gaulle le soir de la victoire du Non au référendum portant sur la réforme du Sénat, des régions et de la participation. Comme toujours le dire gaullien est cinglant, sonne comme une claque et en impose !
On s’étonne de la discrétion des médias sur cet épisode de la vie politique alors que c’est l’inverse qui aurait étonné. Pourquoi diable rappellerait-on aux Français qu’un chef de l’Etat pouvait agir en conformité avec ses discours et ouvrages ? Voilà belle lurette qu’un élu se moque comme d’une guigne d’agir comme ont pu le faire les Anciens ! François Mitterrand a débuté ce renoncement après la victoire de la droite aux législatives de 1986, devenant le premier Président cohabitant. Il a dénaturé la Ve République et ouvert une voie dont il ne soupçonnait ni la largeur, ni la longueur.
D’ailleurs sommes-nous encore au temps des discours puisque les images via la télévision et Internet ont imposé la communication en donnant le pas à la sensibilité, mettant dans un même sac l’important et le futile, la pensée et l’émotion?
Les allocutions présidentielles du Général de Gaulle n’étaient en aucune manière une communication, elles exprimaient la continuité intellectuelle et le défi historique. En 2009, on veille plutôt à banaliser, à aplanir, à ôter toute envie de réflexion aux citoyens français. On pousse si loin cette dénaturation que la politique au sens strict n’est plus qu’une image transformable à foison. L’homme politique n’est plus un, il est multiple, à facettes.
Avec Nicolas Sarkozy, une image chasse l’autre jusqu’à l’absurde et sa locomotive donne des signes de fatigue, d’usure.
1969 ! La date semble lointaine, d’un autre temps, de cette fin du XXe siècle où la Guerre Froide pesait ainsi que les ruines fumantes des empires coloniaux sans omettre les pavés de mai 1968 et les ultimes utopies surgies des campus américains puis européens.
Décidément, il ne fallait rien réveiller : dormez consommateurs, le citoyen lui est dans les limbes !

Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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Source :

1-Michel Debré, Entretiens avec le général de Gaulle, Paris, Albin Michel, 1993, p.207

mardi 28 avril 2009

Jean-Claude Junker et le G20 N°451 - 2eme année

Ci-dessous l’interview accordée par le Premier ministre luxembourgeois au quotidien, La Libre Belgique, le 23 avril. Le propos n’est pas diplomatique !

"Marc Vandermeir: Quel bilan tirez-vous du sommet du G20 qui s'est tenu, le 2 avril dernier, à Londres?

Jean-Claude Juncker: Pour l'essentiel, je jette sur ce sommet un regard doux, intéressé et de connivence. Je crois que le G20 a, à juste titre, reconfirmé l'intention de ceux qui y participaient de mieux réglementer les marchés financiers. C'est une conclusion qu'il faut absolument tirer de la crise financière que nous venons de traverser: toutes les places financières, tous les acteurs et tous les produits financiers doivent évoluer dans un cadre strict de réglementation, notamment prudentiel. Cela me paraît une évidence. Pour ma part, je n'ai d'ailleurs pas attendu le G20 pour me mettre d'accord avec moi-même sur des évidences de ce genre.
Je suis tout de même un peu étonné par plusieurs choses. D'abord, lorsque le G7 s'est réuni en février 2007, au niveau des ministres des Finances, le ministre allemand et moi-même - en tant que président de l'Eurogroupe - avions exigé une réglementation des "hedge funds", des agences de notation et des autres institutions financières. Cette exigence n'avait pourtant pas trouvé grâce aux yeux des Américains et des Britanniques. Le ministre américain et le ministre britannique, à l'époque Gordon Brown, m'expliquaient alors que les marchés allaient régler d'eux-mêmes tous ces problèmes auxquels je faisais référence, dont les "subprimes" hypothécaires aux Etats-Unis. Je suis aujourd'hui assez impressionné par l'extraordinaire performance de M. Brown qui, devenu Premier ministre, prend la tête du mouvement de ceux qui veulent davantage réglementer. A l'époque où il aurait encore été temps de réglementer, il a refusé de le faire... Donc, ça m'impressionne. Aujourd'hui, les Britanniques apparaissent aux yeux de tous les Européens comme les meneurs du mouvement de réglementation.

Marc Vandermeir: Sur le dossier des paradis fiscaux, dont le G20 a dressé une liste, quelles absences vous semblent remarquables, et pourquoi?

Jean-Claude Juncker: C'est la deuxième chose qui m'impressionne: le fait que la Belgique et le Luxembourg - qui entretiennent depuis toujours d'excellentes relations - soient sur une "liste grise" des paradis fiscaux. Je constate, non sans amusement, que les îles Britanniques ont été blanchies en une nuit. J'ai dit au Parlement luxembourgeois, dans mon discours sur l'état de la nation , que M. Propre avait choisi comme nouvelle adresse le 10 Downing Street. Je suis impressionné, encore, par le fait que le Wyoming, le Nevada et le Delaware ont reçu du G20, à Londres, la bénédiction qui leur permettra d'en recueillir les bénéfices. Je suis impressionné, toujours, par le fait que les places financières russes, elles, sont considérées comme blanches, alors que Bruxelles et Luxembourg seraient moins fréquentables. Même les Russes ne le croient pas!
La Belgique a déclaré accepter l'échange automatique d'informations; l'Autriche et le Grand-Duché ont dit accepter l'échange sur demande d'informations. Il avait été promis, lors du Conseil européen de mars dernier, qu'aucun Etat membre, vu ces engagements, ne figurerait sur une liste grise. Nous y figurons tout de même, et pas d'autres. Avec Didier Reynders, je dis que cela fait sourire que les îles Anglo-Normandes n'y figurent pas. Je souligne encore que nous allons conclure, nous Luxembourgeois, tout comme nos amis belges d'ailleurs, avec qui nous sommes en contact permanent sur ces questions, des accords de double imposition et nous implanterons les standards de l'OCDE sur l'échange d'informations. Ce n'est pas une nouveauté. C'est une confirmation d'une intention que nous avions et qui était connue par tous. Cette liste des paradis fiscaux a ainsi été établie dans la plus grande précipitation.

Marc Vandermeir: Le président Obama a-t-il donné un nouveau ton aux discussions?

Jean-Claude Juncker: M. Obama, lorsqu'il était sénateur, avait introduit une proposition de loi invitant aux sanctions contre les soi-disant paradis fiscaux. Il est cohérent et conséquent. Sauf qu'il ne l'était pas à ses débuts de sénateur parce que jamais il n'aurait dû citer le Luxembourg et d'autres pays européens parmi les paradis fiscaux. Il aurait par contre dû pousser une attention poussée sur les paradis réglementaires que sont le Wyoming, le Delaware et le Nevada.

Marc Vandermeir: L'Europe n'a pas réagi sur ce point, lors du G20?

Jean-Claude Juncker: Les Européens autour de la table du G20 ont été lâches, car ils n'ont pas osé poser les bonnes questions au président américain. C'est plus facile de mettre la Belgique et le Luxembourg sur une liste que d'engager un discours musclé avec M. Obama.

Marc Vandermeir: Des pays européens, ou certaines personnalités, vous ont-elles déçu lors de ce G20?

Jean-Claude Juncker: La présidence tchèque de I'UE a pris la défense de l'Autriche, de la Belgique et du Luxembourg. Mais les autres européens présents ont "omis" de la suivre dans la logique de son exposé. J'ai retenu la leçon, d'ailleurs.

Marc Vandermeir: Laquelle?

Jean-Claude Juncker: Que je ne fais confiance qu'à moi-même.

Marc Vandermeir: C'est un message que vous adressez notamment au président Sarkozy ?

Jean-Claude Juncker: Je le dis comme je le vois: l'Union européenne se met d'accord sur le fait qu'il n'y a lieu de citer aucun Etat membre sur une liste grise, noire ou autre, mais on le fait tout de même. Ce n'est pas la bonne méthode.

Marc Vandermeir: Quelles sont les propositions du Grand-Duché en matière de réglementation des marchés financiers?

Jean-Claude Juncker: Il faut penser aux niveaux européen et mondial. Nous sommes d'avis que les mêmes règles de surveillance et de contrôle doivent s'appliquer à toutes les places financières, où que ce soit. Nous sommes d'avis que la réglementation européenne doit être renforcée. Ce qui ne veut pas dire que nous aurons besoin d'une autorité centralisatrice réglementaire et prudentielle européenne, mais que les mêmes règles soient partout d'application et vérifiables.

Marc Vandermeir: Y a-t-il des négociations en cours sur ce point?

Jean-Claude Juncker: La Commission européenne a fait, sur les agences de notation, des propositions qui viennent d'être adoptées. Nous sommes d'avis que le rapport de Larosière constitue une bonne base de négociations et nous tenons beaucoup, nous, à ce que d'ici à la fin de l'année, l'Union européenne se soit mise d'accord sur de nouvelles règles, sur base de ce rapport. Donc, nous ne faisons ni ne ferons aucune obstruction. Pourquoi le ferions-nous ? Nous demandons que, partout, il y ait les mêmes règles de surveillance.
Marc Vandermeir: Le Luxembourg est-il prêt à faire des concessions dans ce cadre?

Jean-Claude Juncker: Mais pourquoi devrions-nous en faire? Nous avons une réglementation prudentielle de pointe, qui peut être amendée si telle était la position de la Commission. Mais le Luxembourg ne fera rien pour empêcher l'Europe de disposer d'un cadre réglementaire valable pour toutes les places financières. Le Luxembourg n'est pas un problème. Que la Commission téléphone à Londres si elle veut avoir un problème... Nous sommes d'avis que la Banque centrale européenne (BCE) doit jouer un rôle de pointe dans tous les nouveaux systèmes à mettre en place. D'après ce que j'ai compris, nos amis britanniques ne l'envisagent pas de la même façon. Ne me posez donc pas les questions que vous devriez poser au gouvernement britannique...

Marc Vandermeir: Y a-t-il une possibilité et une volonté politique réelles d'encadrer les marchés financiers?

Jean-Claude Juncker: C'est une nécessité absolue. Le monde paie un très lourd tribut au fait de ne pas avoir mis en place un système réglementaire vérifiable pour toutes les places. Il faut absolument le faire, et partout.

Marc Vandermeir: Le résultat mitigé du G20 n'indique-t-il pas une absence de volonté politique?

Jean-Claude Juncker: Ça, je ne dirais pas. Le G20 s'est mis d'accord sur le principe d'encadrement par des réglementations strictes. Donc, je ne veux pas croire un seul instant que cela ne sera pas suivi d'effets. Et nous, non seulement nous ne ferons rien pour l'empêcher, mais nous allons exiger de tous les Etats du G20 qu'ils fassent ce qu'ils ont promis de faire.

Marc Vandermeir: Le politique peut-il vraiment encadrer la finance et l'économie?

Jean-Claude Juncker: Il ne s'agit pas de pratiquer une strangulation qui serait le fait de normes politiques que nous imposerions unilatéralement. Ça veut dire que tout le monde politique, tous les gouvernements, tous les élus doivent fixer les règles à l'intérieur desquelles les acteurs financiers doivent fonctionner. Je crois que la crise financière est notamment due au fait que les principes généraux, les vertus cardinales de l'économie sociale de marché n'ont pas été respectées. Cette mentalité qui voulait qu'on gagne de l'argent sans travailler, qu'on laisse fructifier son argent pendant la nuit, a connu un énorme échec. Cette tendance qui voulait que la déréglementation, la dérégulation, la flexibilisation à outrance deviennent la règle formelle pour un système reposant sur la seule confiance dans les marchés a connu un énorme échec. L'heure est venue de réhabiliter l'économie sociale de marché, dont on n'a pas respecté les principes fondamentaux.

Marc Vandermeir: Les choses auront-elles vraiment changé dès les premiers signes de reprise?

Jean-Claude Juncker: J'ai une crainte: c'est qu'après la reprise, qui viendra sans aucun doute, les vieux réflexes reviennent. C'est pour cela qu'il faut davantage réglementer les marchés avant la fin de la crise. Pour que personne, après la reprise, ne puisse échapper à cette réglementation plus stricte.

Marc Vandermeir: Vous êtes le plus ancien membre du Conseil européen et président de l'Eurogroupe. N'est-il pas décevant pour vous de voir sur quoi a débouché le G20?

Jean-Claude Juncker: Je crois que l'Union européenne a cessé de fonctionner correctement. Nous avons eu, je le répète, un débat au Conseil dont le résultat fut que, dans le communiqué même faisant suite à cette réunion, il y a eu une phrase disant qu'aucun Etat membre ne figurerait sur une liste de paradis fiscaux au G20 de Londres. Avec l'accord, sinon la complicité, de certains Etats membres, la Belgique et le Luxembourg y figurent malgré tout. Ceux qui croient que cela ne portera pas à conséquence se trompent.

Marc Vandermeir: C'est-à-dire?

Jean-Claude Juncker: Si vous avez une stratégie, surtout ne la décrivez pas parce que vous l'aurez alors perdue..."
Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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Source :

http://www.gouvernement.lu/salle_presse/interviews/2009/04-avril/23-pm-libre-belgique/index.html

lundi 27 avril 2009

Wrangler : « We are animals » N°450 - 2eme année


Les jeans Wrangler ont lancé, entre août et décembre 2008, une campagne publicitaire autour de l’idée que les hommes sont avant tout des animaux. On y montre la vie en détail d’une meute à travers ses instincts primaires : se nourrir, se reproduire,, survivre, se regrouper.
Au-delà des commentaires faits autour de l’esthétique, on s’inquiéte de voir présenter les hommes sous cette forme : est-ce un signal pour demain ?
Si nos sociétés se disloquent, ne retournerions-nous pas dans les forets ?


http://www.10ad.org/wrangler-we-are-animals-advertising-campaign/
Dernier détail, l’affiche ci-dessus ne s’inspirerait-elle pas du film Les dieux du stade réalisé en 1936 par Leni Riefenstahl au moment des Jeux olympiques de Berlin en 1936 ?

Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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samedi 25 avril 2009

Mark Twain : « Nous croissons en sagesse à toute allure » N°449 - 2eme année

Faisant la lecture attentive du dernier ouvrage de Marc Fumaroli, Paris-New York et retour, je tombe sur cet extrait superbe tiré d’un livre de Mark Twain (le père de Tom Sawyer), The Innocent abroad (Les innocents en voyage) qui conte sa pérégrination en Europe.

Milan 1869
« Nous avons descendu et remonté à loisir l’une des rues les plus fréquentées de la ville, nous régalant du bien-être de ces gens et rêvant d’en exporter un peu dans les centres commerciaux de chez nous, remuants, précipités, dévoreurs de vitalité. C’est exactement sur ce terrain que réside le charme principal de la vie en Europe, le bien-être. En Amérique, nous sommes pressés, ce qui va bien, mais quand le jour de travail prend fin, nous le poursuivons en calculant nos pertes et nos gains, nous faisons le programme du lendemain, nous emportons même au lit nos soucis d’affaires, et nous nous torturons les méninges au lieu de restaurer par le sommeil notre corps et notre tête tourmentés. Nous brûlons nos énergies à force de répéter ces excitations, et du coup, ou bien nous mourrons tôt, ou bien nous tombons dans un grand âge maigre et faible à un stade de la vie qu’ils appellent en Europe première jeunesse [….] J’envie le bien-être que les Européens savent se donner. Quand le jour de travail est terminé, ils n’y pensent plus. Beaucoup d’entre eux, avec femmes et enfants, vont au café, et là, assis tranquillement et buvant gentiment un pot ou deux de boisson, ils écoutent de la musique ; d’autres badaudent à pied dans les rues, d’autres se promènent en voiture dans les avenues, d’autres s’assemblent au début de la soirée sur une grande place ornementée où ils jouissent du spectacle, respirent le parfum des fleurs, et écoutent le concert d’un orchestre militaire, aucune ville d’Europe n’étant dépourvue au coucher du soleil d’excellente musique militaire. D’autres encore, appartenant au bas peuple, sont assis en plein air devant des buvettes, se régalent de glaces et boivent des rafraîchissements qui ne feraient pas de mal à un enfant. Ils vont au lit ni trop tôt ni trop tard, et ils dorment bien. Ils sont toujours calmes, toujours polis, toujours de bonne humeur, bien dans leur peau, appréciant la vie et ses bienfaits de toutes sortes. On ne voit jamais d’ivrogne parmi eux. La transformation opérée dans notre petit groupe d’Américains est surprenante. Jour après jour, nous nous affranchissons de notre agitation, et nous nous imprégnons de cet esprit de quiétude et d’aisance dont respire la tranquille atmosphère qui nous entoure et qui émane de la manière d’être des gens. Nous croissons en sagesse à toute allure. Nous commençons à comprendre pour quoi la vie est faite. »¹



Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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Source :


Mark Twain, The Innocent abroad, The Library of America, 1984, ch. XIX, p.146-147 in Marc Fumaroli, Paris-New York et retour – Voyage dans les arts et les images, Paris, Fayard, 2009, p.31

vendredi 24 avril 2009

Gaspard Proust fait l’intervieweur :à ne pas manquer ! N°448 - 2eme année

http://www.gaspard-proust.com/videos/


Jean Vinatier

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jeudi 23 avril 2009

AIR FRANCE : un vol dérouté par les Américains N°447 - 2eme année

Sauf erreur, jusqu’à présent, le gouvernement français n’a pas réagi, pas davantage les médias !
Voici in extenso l’article publié par
Le Monde Diplomatique intitulé :
L’homme qui menaçait les Etats-Unis¹

« Samedi 18 avril 2009. Dans cinq heures, le vol Air France 438, en provenance de Paris, atterrira à Mexico. Soudain, la voix du commandant de bord annonce que les autorités américaines interdisent à l’appareil le survol de leur territoire – où il n’est nullement prévu qu’il atterrisse. Parmi les voyageurs, figure une personne qui pose problème « pour des motifs de sécurité nationale ». Le Boeing 747 est dérouté. Son nouveau trajet étant beaucoup plus long, l’avion se pose à Fort-de-France pour refaire le plein de carburant.
Après l’escale en Martinique, le copilote aborde discrètement un passager. « Etes-vous M. Hernando Calvo Ospina ? » Recevant une réponse affirmative, il l’entraîne à l’arrière de l’appareil et lui annonce qu’il est le « responsable » du « détournement ». Colombien exilé en France, journaliste, écrivain, collaborateur du Monde diplomatique, Calvo Ospina se rend au Nicaragua pour ce mensuel. Il a publié de nombreux ouvrages et articles dénonçant la politique du président Alvaro Uribe, le paramilitarisme, le rôle des Etats-Unis en Amérique latine. Comme tout journaliste travaillant sérieusement sur la Colombie, il a eu l’occasion d’interviewer des membres de l’état-major des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). « Ma première réaction, témoigne-t-il, fut d’interroger le co-pilote : “Vous croyez que je suis un terroriste ? ” Il me dit : “Non, et c’est pour cela que je vous préviens.” Il me demanda de ne rien dire à personne, y compris au reste de l’équipage. »
Lors de l’arrivée à l’aéroport de Mexico, avec six heures de retard, Calvo Ospina est intercepté, à la demande des autorités américaines, par des fonctionnaires de police mexicains. Ayant en leur possession une douzaine de feuilles sorties d’une base de données, ceux-ci l’interrogent courtoisement, lui expliquant que, depuis le 11-Septembre, les Etats-Unis ont, dans ce domaine, multiplié leurs demandes de « collaboration ».
Le journaliste doit, entre autres choses, préciser s’il est… catholique. « Je répondis que non, mais que je n’étais pas non plus musulman, connaissant la “dimension dangereuse” qu’a pris cette croyance religieuse aux yeux de certaines polices. » S’il sait utiliser des armes ? « Je n’ai même pas fait le service militaire. Mon unique arme c’est l’écriture. » Relâché le dimanche, à deux heures du matin, il pourra repartir sans problème pour Managua.
Ce détournement paranoïaque, en plein ciel, d’un avion de ligne, au prétexte de la présence d’un passager ne présentant aucun danger – avec un coût faramineux pour Air France (carburant, heures supplémentaires de l’équipage et logement à Mexico des nombreux passagers ayant raté leur correspondance) – attire à nouveau l’attention sur l’accord Bruxelles-Washington qui fait obligation aux compagnies aériennes de permettre au Département à la sécurité intérieure américain un accès électronique à leurs données passagers (Passenger Name Records ; PNR). Beaucoup s’imaginent que cette surveillance ne concerne que les vols à destination des Etats-Unis. Il n’en est rien. Les « services » américains s’intéressent aussi, sans qu’ils le sachent, aux voyageurs de tout avion survolant – quand bien même il ne s’y pose pas – eaux territoriales et territoire américains. Big Brother is, plus que jamais, watching you !
Maurice Lemoine »




Jean Vinatier
©SERIATIM 2009

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Source :
Le Monde diplomatique

1-
http://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/LEMOINE/17046

mercredi 22 avril 2009

Emile Verhaeren: "Le moulin" et "Le banquier" N°446 - 2eme année

Emile Verhaeren (1855-1916) et son épouse le peinte Marthe Massin furent un couple célèbre. Ce poète belge flamand, né dans une famille aisée devint un intime des souverains belges. Il aurait pu devenir un aimable poète de cour. Tel ne fut pas le cas. Stefan Sweig, son biographe illustre (Sa vie, son oeuvre -1910), dit qu’il tenta « de représenter toute [son] époque dans son expression physique et intellectuelle. Son lyrisme est le symbole de l’Europe à la fin du siècle précédent et dans son état actuel. C’est une encyclopédie poétique de [son] temps, d’où se dégage l’atmosphère spirituelle de notre monde au tournant du vingtième siècle. »
Voilà Emile Verhaeren qui dépeint le monde moderne (Les villes tentaculaires, Les campagnes hallucinées) s’efforce d’en expliquer le sens et de s’adresser aux générations futures :

« J’aime la violence et terrible atmosphère
Où tout esprit se meut, en notre temps, sur terre
Et les essais et les combats et les labeurs
D’autant plus téméraires
Qu’ils n’ont pour feux qui les éclairent
Que des lueurs. »

Poète moderne par la vision qu’il impose autour de la ville « tentaculaire » laquelle « avec ses bras de pieuvre elle aspire à elle sans discernement toutes les forces de l’univers qui l’environne. »
Le Moulin (1887) peut sembler bien terne comparé aux lignes précédentes mais quoi de plus symbolique que la mort du moulin !
Le second poème,
« Le banquier » extrait du recueil Les forces tumultueuses (1902) ne manque pas d’actualité !

Le moulin

« Le moulin tourne au fond du soir, très lentement,
Sur un ciel de tristesse et de mélancolie,
Il tourne et tourne, et sa voile, couleur de lie,
Est triste et faible et lourde et lasse, infiniment.

Depuis l’aube, ses bras, comme des bras de plainte,
Se sont tendus et sont tombés ; et les voici
Qui retombent encor, là-bas, dans l’air noirci
Et le silence entier de la nature éteinte.

Un jour souffrant d’hiver sur les hameaux morts s’endort,
Les nuages sont las de leurs voyages sombres,
Et le long des taillis qui ramassent leurs ombres,
Les ornières s’en vont vers un horizon mort.

Sous un ourlet de sol, quelques huttes de hêtre
Très misérablement sont assises en rond ;
Une lampe de cuivre est pendue au plafond
Et patine de feu le mur et la fenêtre.

Et dans la plaine immense et le vide dormeur
Elles fixent-les très souffreteuses bicoques !-
Avec les pauvres yeux, de leurs carreaux en loques,
Le vieux moulin qui tourne et, las, qui tourne et meurt
. »

« Le banquier

Sur une table chargée, où les liasses abondent,
Serré dans un fauteuil étroit, morne et branlant,
Il griffonne menu, au long d'un papier blanc ;
Mais sa pensée, elle est là-bas au bout du monde.
__
Le Cap, Java, Ceylan vivent devant ses yeux
Et l'océan d'Asie, où ses mille navires
A l'Est, à l'Ouest, au Sud, au Nord, cinglent et virent
Et, les voiles au clair, rentrent en des ports bleus.
__
Et les gares qu'il édifie et les rails rouges
Qu'il tord en ses forges et qu'il destine au loin
A des pays d'ébène et d'ambre et de benjoin,
A des déserts, où seul encor le soleil bouge ;
__
Et ses sources de naphte et ses mines de fer
Et le tumulte fou de ses banques sonores
Qui grise, enfièvre, exalte, hallucine, dévore
Et dont le bruit s'épand au delà de la mer ;
__
Et les peuples dont les sénats sont ses garants ;
Et ceux dont il pourrait briser les lois futiles,
Si la débâcle ou la révolte étaient utiles
A la marche sans fin de ses projets errants ;
__
Et les guerres vastes dont il serait lui-même-
Meurtres, rages et désespoirs - le seul vrai roi
Qui rongerait, avec les dents des chiffres froids,
Les noeuds tachés de sang des plus ardents problèmes
__
Si bien qu'en son fauteuil usé, morne et branlant,
Quand il griffonne, à menus traits, sur son registre,
Il lie à son vouloir bourgeois le sort sinistre
Et domine le monde, où corne l'effroi blanc.
__
Oh ! l'or ! son or qu'il sème au loin, qu'il multiplie,
Là-bas, dans les villes de la folie,
Là-bas, dans les hameaux calmes et doux,
Dans l'air et la lumière et la splendeur, partout !
Son or ailé qui s'enivre d'espace,
Son or planant, son or rapace,
Son or vivant,
Son or dont s'éclairent et rayonnent les vents,
Son or qui boit la terre,
Par les pores de sa misère,
Son or ardent, son or furtif, son or retors,
Morceau d'espoir et de soleil - son or !
__
Il ignore ce qu'il possède
Et si son monceau d'or excède,
Par sa hauteur, les tours et les beffrois ;
Il l'aime avec prudence, avec sang-froid,
Avec la joie âpre et profonde
D'avoir à soi, comme trésor et comme bien,
Sous la garde des cieux quotidiens,
Le bloc même du monde.
__
Et les foules le méprisent, mais sont à lui.
Toutes l'envient : l'or le grandit.
L'universel désir et ses milliers de flammes
Brûlent leur âme autant qu'ils ravagent son âme ;
Il est celui qui divise le pain Miraculeux du gain.
S'il les trompe, qu'importe,
Chacun revient, après avoir quitté sa porte.
Avec de grands remous
Sa force roule en torrent fou
Et bouillonne et bondit et puis entraîne
- Feuilles, rameaux, cailloux et graines -
Les fortunes, les épargnes et les avoirs
Et jusqu'aux moindres sous que recomptent, le soir,
A la lueur de leur lanterne, Les gens de ferme.
Ainsi, domptant les rois et les peuples et ceux
Dont la puissance pauvre, en ses coffres, expire,
Du fond de son fauteuil usé, morne et boiteux,
Il définit le sort des mers et des empires. »

Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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Sources :


Emile Verhaeren in Les villages illusoires ; précédés de "poèmes en prose" et de la "trilogie noire"; préf. de Werner Lambersy ; lecture de Christian Berg, Eds Labor,Bruxelles
, 1985
Les forces tumultueuses, Eds Palimpseste, Lyon, 2007

Poésie complète, AML –Eds Labor, Bruxelles/Charleroi, 2002-2005

mardi 21 avril 2009

Edito : Nicolas, la peur et la fuite en avant dans un pays énervé N°445 - 2eme année

Hier, gare du Nord, sur les cinq cents manifestants tamouls, 210 ont été interpellés dont 143 placés en garde-à-vue ! Du jamais vu pour une manifestation aussi peu nombreuse. N’allez pas me dire que les quelques bris de vitrines justifient cette répression qui nous ramène au XIXe siècle.
Aujourd’hui, à Nice, au centre des forces policières qu’il juge siennes Nicolas Sarkozy s’est donné à cœur joie dans le tout sécuritaire. Il a tonné comme jamais pour annoncer toute une série d’interdictions qui s’ajoutent à toutes les autres dans d’autres domaines. Outre celle qui concerne le port de la cagoule, la mesure relative aux bandes illustre au plus haut point la direction prise pendant ce quinquennat. Sans avoir défini ce qu’était une bande, le chef de l’Etat décrète que le seul fait d’appartenir à l’une d’elle suffira à vous rendre coupable. De la bande de potes aux gangs, le Président ratisse large et il le fait volontairement. A terme, n’est-ce pas la population dans son entier qui sera assimilée à une bande ?
La cagoule, interdite aux manifestants face aux CRS et aux gardes mobiles transformés en tortues ninja, est symbolique : les citoyens doivent être têtes nues comme des fautifs. Demain imposera-t-on la robe de bure du pénitent ? On en prend le chemin.
La France devient le pays le plus sévère et le plus méfiant de l’Union européenne à l’égard de celles et de ceux qui veulent seulement user du droit constitutionnel de manifester.
Ces mesures annoncées ne risquent-elles pas d’alourdir le climat social et d’ajouter de l’anxiété à la peur du lendemain ? Pourtant, le pouvoir claque des dents devant la montée du chômage et les caisses vides : la Caisse des dépôts elle-même s’avoue contrite devant son déficit historique!
Aujourd’hui la sous-préfecture de l’Oise à Compiègne¹ a été dévastée par les salariés de l’usine Continental alors qu’à Grenoble ceux de Caterpillar rejetaient le protocole signé dimanche dans les locaux de Bercy. Le ton monte. On est au-delà de simples « séquestrations » de patrons et cadres dirigeants. Il suffisait d’écouter le délégué CGT, Xavier Mathieu réagir brutalement aux propos moralisateurs de David Pujadas. :
« nous ne sommes pas des casseurs mais des ouvriers écœurés ». Je ne sais si une « journée des Tuiles » se prépare comme à Grenoble le 7 juin 1788 mais les Français sont à la peine quand le pouvoir agite le seul bâton du gendarme.
Le très populaire animateur Patrick Sébastien (pro-chiraquien) le reprend avec ses termes :
y’en a marre de l’interdit de fumer, de boire …etc. Le pouvoir, au lieu d’assouplir, ne recule devant aucune absurdité : ne vient-il pas de demander aux hôpitaux la suppression des salles de gardes: pourquoi ? A cause des dessins pornographiques !!!!!!!!!!!!!!!!!!! Comment peut-on condamner ces paillardises aussi anciennes que la médecine que les personnels médicaux seuls voient et non les patients ? Peut-être, Roselyne Bachelot regrette-t-elle de n’y être pas pin-up !
Que conclure provisoirement : nous avons assisté à un télescopage complet. D’un côté un chef de l’Etat qui promet à son électorat toutes les sévérités ; de l’autre des salariés qui le défient parce qu’ils n’ont plus rien à perdre. C’est là le drame.

Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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Note :

1- notons que la préfecture était déjà occupée par les salariés avant même le prononcé du jugement.

lundi 20 avril 2009

Edito : Durban I, II : un hall de Babel N°444 - 2eme année

Ces réunions internationales sur le thème du racisme ont-elles leur raison d’être ? Rassembler autant de pays et par conséquent autant d'histoires en un lieu forcément politique amène assez logiquement à des éclats, à des désordres et des sorties théâtrales.
Le départ des délégations européennes au moment où le président iranien faisait remarquer la politique raciste d’Israël surprend énormément. En effet, depuis 14 mois en commission, les représentants iraniens tiennent des propos identiques sans qu’à un seul moment lesdites délégations ne manifestent une seule désapprobation.
Durban I, en Afrique du Sud, Durban II en Suisse ne se départissent pas de tout ce désordre. On est dans une espèce de tour de Babel où chacun délivre son courroux à sa manière. L’UNESCO, l’institution qui préside à ce genre d’assemblée s’affaiblit.
Cette foire d’empoigne aboutit à décrédibiliser tout le monde. La politique israélienne est-elle raciste quand elle se livre à une guerre totale contre telle ou telle faction palestinienne ? Peut-on affirmer que la politique de Tel Aviv est raciste à l’endroit des Palestiniens ? Elle est diabolique et épouvantable mais repose-t-elle sur un aspect « racial » ? Le sionisme a-t-il pour base le racisme à travers le Retour?
Je crois que nous confondons tout pour le malheur d’un peuple et pour le bonheur de bien des dirigeants. Le gouvernement Nethanyahou qui comprend l’homme d’extrême droite né en Moldavie Avigdor Lieberman en qualité de ministre des Affaires Etrangères défie bien des Etats dont ceux d’Europe ceux-là mêmes qui avaient failli placer, en l’an 2000, l’Autriche hors la loi lors de la victoire de Jorg Haïder !
En 2001 les pays africains avaient provoqué le départ des pays européens au moment de faire reconnaître à l’esclavage un côté racial. Sachant que l’esclavage a été le fait de tous les pays de cette planète était-il juste que seuls quelques-uns revêtent la robe du condamné ? Non.
Au lieu de hauts fonctionnaires internationaux et de délégations ministérielles ne vaudrait-il pas mieux pour aborder ce thème ô combien ! sensible et difficile, nommer des philosophes, des historiens, des écrivains, par exemple, pour enlever le maximum d’électricité politique et avancer sagement ?


Jean Vinatier

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samedi 18 avril 2009

Sarkozy fils de « Soupalognon y crouton» ?¹ N°443 - 2eme année

Le futur du périnée de Nicolas Sarkozy tiendra-t-il en haleine comme en 1686 l’opération de la fistule de Louis XIV ? Rappelons qu’à la suite de l’intervention chirurgicale, Lully aurait composé le célèbre « Dieu sauve le Roi » qui passera La Manche avec le succès que l’on sait. En 2009 que se passera-t-il ? Pour l’heure, nous sommes dans les confidences les plus intimes.
Liberation rapporte les petites phrases assassines, moqueuses de Nicolas Sarkozy sur ses pairs mondiaux, entre deux SMS, autour de la table élyséenne réunissant le « G24 » -12 députés, 12 sénateurs de la majorité et de l’opposition-.
Le propre des dîners ou déjeuners en ville est de médire, de lancer les bruits, les rumeurs, les cabales sur untel ou unetelle. Les Français adorent se livrer à cet exercice, Nicolas Sarkozy est à cet égard bien Français !
Le Président de la République savait parfaitement ce qu’il faisait. Les phrases présidentielles sur les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas anodines, elles sont parties intégrantes d’une communication qui colle à son caractère.
Depuis mai 2007, le chef de l’Etat se pense le centre de tous les regards. Son activité dans tous les domaines qui vont de la cheville foulée de Madame Michu au changement climatique en passant par la crise mondiale multiforme, ne supporte absolument pas la moindre indifférence. Si elle se produit ou qu’il la croit véritable, il en nourrit une grande détestation et boude à sa façon. Lors du G20, Nicolas Sarkozy s’est senti humilié par Barack Obama qui est passé devant lui sans serrer sa main. Le Président américain voulait-il le blesser ? Après tout, il ne faisait que prendre place pour la photo de « famille » : était-il indispensable qu’il fasse une station devant lui ? C’est à ce genre de fait que l’on mesure plus exactement l’état mental d’un homme politique et, en l’espèce, il ne le flatte pas.
Que le journal
Libération rapporte plus ou moins exactement les propos présidentiels importe relativement peu, on y relève quand même, un état général, une ambiance de fond.
D’où vient cet énervement, cette envie de jeter son fiel ?Retenons parmi d’autres, par exemple l’affaire otanienne.
Nicolas Sarkozy a décidé de son propre chef de faire revenir la France dans les commandements intégrés de l’OTAN à la grande surprise de Georges Bush. Le Président français calculait que rentrer dans cette organisation quand la politique américaine gardait toute sa virulence et tout son bellicisme lui permettrait de jouer le rôle du modérateur, d’avoir donc une position particulière. Or, la présidence Obama considère d’une part que le retour de la France est un fait acquis et rien de plus, d’autre part que sa diplomatie se positionne, pour le moment, sur un axe d’ouverture, de dialogue et d’apaisement. L’OTAN n’est plus cette arme massive et agressive. Dans ce nouveau cadre, la situation de Nicolas Sarkozy perd de sa force et de son intérêt : ne pouvant plus être le « gentil » de l’Alliance, qu’y fera-t-il ? La raideur de la France à propos de l’Iran tranche nettement sur celle des Etats-Unis. Le Président français deviendrait-il le faucon ?
Le silence glacial de Madrid, l’indifférence de Berlin, le haussement d’épaules de Washington, le rire russe sont des moments graves qui n’atteignent pas une majorité de Français qui aiment malencontreusement le côté roi des Halles, fanfaron, jobard.
Si le Président chinois a été épargné, Silvio Berlusconi a reçu les louanges présidentielles, c’est son César ! Etrange car lors du G20 Il cavaliere a pris soin de se faire photographier entre Obama (le dollar) et Medvedev (le gaz), sans Nicolas……


Jean Vinatier

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Note :


1-Dans Astérix en Hispanie, le fils du chef Soupalognon y Crouton, se fige jusqu’à devenir rouge tant qu’il n’obtient pas ce qu’il veut !

jeudi 16 avril 2009

Susan Boyle encore!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! N°442 - 2eme année

Le Royaume-Uni est-il une terre miraculeuse ? Après Joanne K Rowling (Harry Potter), Susan Boyle serait-elle la seconde femme à bouleverser des millions d’êtres humains sur tous les continents ?
Son passage, le 11 avril, dans l’émission
Britain’s got talent, débuté sous les lazzis et les moqueries, cessa dés qu’elle reprit un air de la comédie musicale, Les Misérables, « I dreamed a dream ». Un public transporté, un jury renversé, un audimat qui explose avec plus de 10 millions de téléspectateurs avant qu’Internet fasse le buzz ! Tout le monde effaçait de sa vue, le physique ingrat de Susan Boyle, écossaise, sans fiancé, sans emploi, bénévole dans une église et dont son chat, Pebbles, est la seule consolation. On est presque dans Dickens ! Miracle, elle aime le chant et elle exerce sa voix depuis l’âge de douze ans : a-t-elle impressionné le dimanche à l’office ? Nul ne le sait.
Au-delà de toutes les remarques ci-dessus, quelque chose est survenu mais quoi, on ne saurait encore l’exprimer justement. Ce sont des vitres qui se brisent l’une après l’autre dont les bris transpercent et déchirent les images parfaites. Le public ne s’y trompe pas : toutes générations confondues, il se lève. Plus question de savoir qui est in, qui est out. Non, c’est le miracle de la voix dont la puissance est égale à celle de la plume.
L’enthousiasme des gens ne peut se comparer avec ce qui était advenu lors de la mort de Lady Diana : c’était la disparition tragique d’une image, d’une photographie. Ce soir du 11 avril, rien de tel. Nous avons vu surgir du plus profond d’une femme ce qu’il y avait de plus splendide à l’instar de Joanne K. Rowling qui malgré son malheur émerveillait sa fille par des récits renouvelés telle Shéhérazade.
Dans quelques semaines, une autre star viendra enthousiasmer le public,
Michaël Jackson. Ce dernier peut se targuer d’avoir bien choisi le pays pour remonter sur scène, il est celui des étonnements, des révélations et des contes : Bambi at home ?
La vidéo :

http://www.youtube.com/watch?v=9lp0IWv8QZY

Jean Vinatier

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mercredi 15 avril 2009

Maurice Druon (1918-2009) : maudit et grande famille ? N°441 - 2eme année

Que dire de Maurice Druon, arrière-petit-fils d’Antoine II Cros (1833-1903) dernier roi d’Auricanie et de Patagonie, et neveu de Joseph Kessel (1898-1979) ! Les grandes familles puis les 7 tomes des Rois maudits ont transporté des générations et inspiré des cinéastes tandis que le Chant des partisans réécrit par lui, son oncle Joseph Kessel et in fine par Germaine Sablon, en mai 1943, sur les paroles de la Russe Anna Marly (Anna Betoulinski 1917-2006) place tous les auteurs dans un panthéon splendide ! Ce chant garde toute sa puissance aujourd'hui!
Que dire d’autre sur cet homme célèbre par son conservatisme lors de son ministère rue de Valois (1973-1974) prélude à toutes ses autres interventions.
L’âge ne paraissait pas lui apporter la philosophie, la clémence et l’ouverture sur le monde. N’ayant pas été comme ses ancêtres des aventuriers, des originaux, il s’est installé confortablement dans un fauteuil vert en 1965 puis delà obtint le titre le plus respecté de cette assemblée, secrétaire perpétuel ! Cet enfermement dans les honneurs et les vanités où les ordres dynastiques et nationaux se disputaient la place sur son habit n’attirera guère la clémence des historiens à venir. Loin de toute vision, il voua ses dernières forces à une chimère, la reconstruction du palais des Tuileries. D’humeur sourcilleuse, il échoua à empêcher Valéry Giscard d’Estaing de revêtir l’habit vert coupable de traîtrise envers le Général de Gaulle en 1969, rancœur qu’il transportera sur Jacques Chirac avant de la déposer aux pieds de Nicolas Sarkozy à l’automne 2006.
Cet homme a la forte carrure, l’habit bien coupé, le pas lent, au regard félin le met d’entrée dans un autre temps. Il nous faut l’imaginer jeune officier de cavalerie chargeant à Saumur en tenue d’apparat contre l’ennemi allemand. C’était ou de l’inconscience ou bien un courage inouï. Dans tous les cas, lui et ses camarades par leur vaillance chevaleresque ont donné, si l’on peut dire, des lettres de noblesse à cette drôle de guerre qui couchât 100 000 soldats français. Résistant avec son oncle, en 1942, il opte pour le grand saut en gagnant Londres par des voies détournées, dangereuses. Et c’est dans cette métropole à moitié abattue par les bombes de l’ennemi que surgit d’une ruine, une femme d’origine russe, Anna Betoulinski (Marly) elle-même sortie par miracle de l’enfer de la révolution bolchevique en 1917. Chanteuse, elle composa le
Chant des partisans que le duo Kessel/Druon, francisa en quelque sorte.
Un courage indéniable, un culot aussi puis avec le temps, la volonté de se figer dans une stature de commandeur dont moins en moins de gens saisissent le sens et le but. Autant, l’oncle Kessel eut le goût des explorations, des rencontres insolites comme il le fut lorsqu’il était reporter ; autant le neveu se rogna les ailes, ses mains seules, par l’écriture, répandirent ses admonestations.
Maurice Druon, un homme de grande famille qui réussit à se maudire ? Face à l’oncle, il prit l’exact opposé…pour éviter son ombre ?

Jean Vinatier

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Source :

http://french-chanson.narod.ru/chant.html

Version russe par Anna Marly :
http://stengazeta.blogs.courrierinternational.com/anna_marly/

http://academie-francaise.fr/immortels/discours_reception/kessel.html

Susan Boyle: Quelle voix!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! N°440 - 2eme année

Remarquable, émouvant, splendide
Un buzz mondial: 15 millions d'internautes qui ont, déjà, applaudi cette femme surgit d'un petit village.

http://www.youtube.com/watch?v=9lp0IWv8QZY


Jean Vinatier

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mardi 14 avril 2009

De Gaulle au Président Lyndon B. Johnson, 7 mars 1966 N°439 - 2eme année

Il est assez étonnant que lors des courts débats au sujet du retour de la France dans les commandements « intégrés » de l’OTAN, la lettre du Général de Gaulle n’ait jamais été citée.
Elle est évidemment remarquable sur le fond, sur la forme.
A ce document, ajoutons le document «
une note au sujet de l’Europe », du 17 juillet 1961 rédigé par le fondateur de la Ve République et qui préparait le choix de 1966.

« Cher Monsieur le Président,¹

Notre Alliance atlantique achèvera dans trois ans son premier terme. Je tiens à vous dire que la France mesure à quel point la solidarité de défense ainsi établie entre quinze peuples libres de l’Occident contribue à assurer leur sécurité et, notamment, quel rôle essentiel jouent à cet égard les Etats-Unis d’Amérique. Aussi, la France envisage-t-elle, dès à présent, de rester, le moment venu, partie au traité signé à Washington le 4 avril 1949. Cela signifie, qu’à moins d’événements qui, au cours des trois prochaines années, viendraient à changer les données fondamentales des rapports entre l’Est et l’Ouest, elle serait, en 1969 et plus tard, résolue tout comme aujourd’hui, à combattre aux côtés de ses alliés au cas ou l’un d’entre eux serait l’objet d’une agression qui n’aurait pas été provoquée.
Cependant, la France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, eu Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’alliance soit en commun sous la forme de conventions multilatérales, soit par accords particuliers entre le gouvernement français et le gouvernement américain.
C’est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de s on ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à disposition de l’OTAN. Il va de soi que, pour l’application de ces décisions, elle est prête à régler avec les gouvernements alliés et, en particulier, avec celui des Etats-Unis, les mesures pratiques qui les concernent. D’autre part, elle est disposée à s’entendre avec eux quant aux facilités militaires à s’accorder mutuellement dans le cas d’un conflit où elle s’engagerait à leurs côtés, et quant aux conditions de la coopération de ses forces et des leurs dans l’hypothèse d’une action commune, notamment en Allemagne.
Sur tous ces points, cher Monsieur le Président, mon gouvernement va donc prendre contact avec le vôtre. Mais, afin de répondre à l’esprit d’amicale franchise qui doit inspirer les rapports entre nos deux pays et, permettez-moi de l’ajouter, entre vous et moi, j’ai tenu, tout d’abord, à vous indiquer personnellement pour quelles raisons, dans quel but et dans quelles limites la France croit devoir, pour son compte, modifier la forme de notre alliance sans en altérer le fond.
Je vous prie de bien vouloir agréer, cher Monsieur le Président, les assurances de ma très haute considération et l’expression de mes très cordiaux sentiments.
Charles de Gaulle
»


Note au sujet de l’Europe, le 17 juillet 1961²

« 1. On parle de l’unité de l’Europe. On dit la vouloir. Il ne peut y avoir d’unité de l’Europe que si l’Europe constitue une entité politique distincte des autres entités, une personnalité. Mais il ne peut y avoir de personnalité de l’Europe, si l’Europe n’a pas sa personnalité au point de vue de sa défense. La défense est toujours à la base de la politique. Quand on ne veut pas « se » défendre, ou bien on est conquis par certains ou bien on est protégé par d’autres. De toute manière, on perd sa personnalité politique, on n’a pas de politique. Si nous préférons cet état de choses, il est tout à fait inutile de prétendre que nous « faisons » l’Europe….Il faut que l’Europe ait sa personnalité dans sa propre défense.
2. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’il lui faut une direction, un plan, des moyens qui soient les siens. Certes, il est naturel et, dans la conjoncture mondiale il est nécessaire qu’elle ait aussi des alliés, c’est-à-dire qu’elle unisse sa défense à celles d’autres pays qui veulent aussi se défendre contre le même adversaire, mais qui, pour le faire, ont eux aussi leur direction, leur plan, leurs moyens à eux. En fait, les Américains.
3. Cette personnalité de défense est d’autant plus indiquée que l’Europe forme un tout stratégique. Elle est le terrain d’une seule et même bataille. L’Amérique peut perdre la bataille de l’Europe sans disparaître, l’Europe ne le peut pas.
Cette personnalité est aussi d’autant plus indiquée que la bataille que livrerait l’Amérique en Europe serait ou bien une bataille atomique, ou bien ne serait qu’une bataille, pour elle, accessoire.
Or, il n’est pas certain du tout que l’Amérique livre en Europe la bataille atomique, à moins que les Soviets n’en prennent l’initiative. Mais, pour l’Amérique , prendre cette initiative c’est décider sa propre mort. En tout cas, pour l’Europe, la bataille atomique, quel que soit celui qui en prenne l’initiative c’est, de toute façon, la mort. Dans cette hypothèse, je conviens que la personnalité et l’unité de l’Europe auraient fort peu d’importance, puisque l’Europe devrait disparaître. Mais, s’il n’y a pas de bataille atomique en Europe, alors, ou bien c’est l’Europe qui défendra elle-même son territoire, ou bien il n’y aura pas pour l’Europe de défense qui tienne.
4. Il y a l’OTAN. Qu’est-ce que l’OTAN ? C’est la somme des Américains de l’Europe et de quelques accessoires. Mais ce n’est pas la défense de l’Europe par l’Europe, c’est la défense de l’Europe par les Américains.
Il faut une autre OTAN. Il faut d’abord créer une Europe qui ait sa défense, que cette Europe soit alliée à l’Amérique.
5. Je propose qu’il soit décidé que notre organe d’étude commun mette sur pied des propositions pour la défense de l’Europe. Direction, plan d’action, moyens.
»





Jean Vinatier
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Sources :

1-Annexe IX in Pierre Maillard, De Gaulle et l’Europe entre la nation et Maastricht, Paris, Tallandier, 1995, pp.353-354

2- Annexe IV in ibid, pp. 330-331.