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mardi 14 avril 2009

De Gaulle au Président Lyndon B. Johnson, 7 mars 1966 N°439 - 2eme année

Il est assez étonnant que lors des courts débats au sujet du retour de la France dans les commandements « intégrés » de l’OTAN, la lettre du Général de Gaulle n’ait jamais été citée.
Elle est évidemment remarquable sur le fond, sur la forme.
A ce document, ajoutons le document «
une note au sujet de l’Europe », du 17 juillet 1961 rédigé par le fondateur de la Ve République et qui préparait le choix de 1966.

« Cher Monsieur le Président

Notre Alliance atlantique achèvera dans trois ans son premier terme. Je tiens à vous dire que la France mesure à quel point la solidarité de défense ainsi établie entre quinze peuples libres de l’Occident contribue à assurer leur sécurité et, notamment, quel rôle essentiel jouent à cet égard les Etats-Unis d’Amérique. Aussi, la France envisage-t-elle, dès à présent, de rester, le moment venu, partie au traité signé à Washington le 4 avril 1949. Cela signifie, qu’à moins d’événements qui, au cours des trois prochaines années, viendraient à changer les données fondamentales des rapports entre l’Est et l’Ouest, elle serait, en 1969 et plus tard, résolue tout comme aujourd’hui, à combattre aux côtés de ses alliés au cas ou l’un d’entre eux serait l’objet d’une agression qui n’aurait pas été provoquée.
Cependant, la France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, eu Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’alliance soit en commun sous la forme de conventions multilatérales, soit par accords particuliers entre le gouvernement français et le gouvernement américain.
C’est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de s on ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à disposition de l’OTAN. Il va de soi que, pour l’application de ces décisions, elle est prête à régler avec les gouvernements alliés et, en particulier, avec celui des Etats-Unis, les mesures pratiques qui les concernent. D’autre part, elle est disposée à s’entendre avec eux quant aux facilités militaires à s’accorder mutuellement dans le cas d’un conflit où elle s’engagerait à leurs côtés, et quant aux conditions de la coopération de ses forces et des leurs dans l’hypothèse d’une action commune, notamment en Allemagne.
Sur tous ces points, cher Monsieur le Président, mon gouvernement va donc prendre contact avec le vôtre. Mais, afin de répondre à l’esprit d’amicale franchise qui doit inspirer les rapports entre nos deux pays et, permettez-moi de l’ajouter, entre vous et moi, j’ai tenu, tout d’abord, à vous indiquer personnellement pour quelles raisons, dans quel but et dans quelles limites la France croit devoir, pour son compte, modifier la forme de notre alliance sans en altérer le fond.
Je vous prie de bien vouloir agréer, cher Monsieur le Président, les assurances de ma très haute considération et l’expression de mes très cordiaux sentiments.
Charles de Gaulle
»


Note au sujet de l’Europe, le 17 juillet 1961²

« 1. On parle de l’unité de l’Europe. On dit la vouloir. Il ne peut y avoir d’unité de l’Europe que si l’Europe constitue une entité politique distincte des autres entités, une personnalité. Mais il ne peut y avoir de personnalité de l’Europe, si l’Europe n’a pas sa personnalité au point de vue de sa défense. La défense est toujours à la base de la politique. Quand on ne veut pas « se » défendre, ou bien on est conquis par certains ou bien on est protégé par d’autres. De toute manière, on perd sa personnalité politique, on n’a pas de politique. Si nous préférons cet état de choses, il est tout à fait inutile de prétendre que nous « faisons » l’Europe….Il faut que l’Europe ait sa personnalité dans sa propre défense.
2. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’il lui faut une direction, un plan, des moyens qui soient les siens. Certes, il est naturel et, dans la conjoncture mondiale il est nécessaire qu’elle ait aussi des alliés, c’est-à-dire qu’elle unisse sa défense à celles d’autres pays qui veulent aussi se défendre contre le même adversaire, mais qui, pour le faire, ont eux aussi leur direction, leur plan, leurs moyens à eux. En fait, les Américains.
3. Cette personnalité de défense est d’autant plus indiquée que l’Europe forme un tout stratégique. Elle est le terrain d’une seule et même bataille. L’Amérique peut perdre la bataille de l’Europe sans disparaître, l’Europe ne le peut pas.
Cette personnalité est aussi d’autant plus indiquée que la bataille que livrerait l’Amérique en Europe serait ou bien une bataille atomique, ou bien ne serait qu’une bataille, pour elle, accessoire.
Or, il n’est pas certain du tout que l’Amérique livre en Europe la bataille atomique, à moins que les Soviets n’en prennent l’initiative. Mais, pour l’Amérique , prendre cette initiative c’est décider sa propre mort. En tout cas, pour l’Europe, la bataille atomique, quel que soit celui qui en prenne l’initiative c’est, de toute façon, la mort. Dans cette hypothèse, je conviens que la personnalité et l’unité de l’Europe auraient fort peu d’importance, puisque l’Europe devrait disparaître. Mais, s’il n’y a pas de bataille atomique en Europe, alors, ou bien c’est l’Europe qui défendra elle-même son territoire, ou bien il n’y aura pas pour l’Europe de défense qui tienne.
4. Il y a l’OTAN. Qu’est-ce que l’OTAN ? C’est la somme des Américains de l’Europe et de quelques accessoires. Mais ce n’est pas la défense de l’Europe par l’Europe, c’est la défense de l’Europe par les Américains.
Il faut une autre OTAN. Il faut d’abord créer une Europe qui ait sa défense, que cette Europe soit alliée à l’Amérique.
5. Je propose qu’il soit décidé que notre organe d’étude commun mette sur pied des propositions pour la défense de l’Europe. Direction, plan d’action, moyens.
»





Jean Vinatier
©SERIATIM 2009

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Sources :

1-Annexe IX in Pierre Maillard, De Gaulle et l’Europe entre la nation et Maastricht, Paris, Tallandier, 1995, pp.353-354

2- Annexe IV in ibid, pp. 330-331.

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