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dimanche 12 février 2017

« Europe : un monde qui se défait par Hélène Nouaille » N°4310 11e année



« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde », écrit le sociologue Jean-Pierre Le Goff (1). « La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse…». Mais à observer la houle profonde qui bouscule les sociétés occidentales, des Etats-Unis à l’Europe, on peut être pris de doute. C’est Donald Trump que les Américains ont porté au pouvoir, un président occupé à pulvériser l’ordre néolibéral établi – parce qu’il pense, comme ses électeurs, qu’il a fait son temps. Et il mène, au milieu des cris de ses opposants, un train d’enfer. En Europe ? Ce sont les Britanniques qui ont commencé, en décidant, le 23 juin dernier, qu’ils quittaient le navire de l’Union pour reprendre leur gouvernail en main – défaire pour reconstruire. Et leur Parlement vient de donner à Theresa May, le 8 février, le feu vert (494 voix contre 122) pour officialiser le divorce – avant que la chambre des Lords ne se prononce à son tour. Au pire, il y aurait une navette, mais la messe est dite. 

Sur le continent européen aussi, les peuples chahutent, chacun à sa manière. Voyons. L’Espagne continue à vivre avec un chef de gouvernement soupçonné de corruption, pendant que les chefs du parti contestataire Podemos se déchirent et que les socialistes restent divisés. En Italie, après l’échec d’un référendum destiné à modifier la Constitution, l’establishment tremble : le parti du trublion Beppe Grillo, Cinq étoiles, pourrait remporter des élections législatives anticipées au printemps – avec des conséquences imprévisibles sur l’avenir de l’euro. En Grèce, les paris sont rouverts sur le maintien du pays dans la monnaie unique, après un rapport très incisif du Fonds monétaire international (FMI), qui considère que « la dette grecque, qui frôle 180% du PIB, est ‘totalement intenable’ à long terme » (3) et conditionne son aide à un réaménagement, pendant que le ministre allemand des Finances durcit sa position et parle tout bas d’un Grexit (4). En Roumanie, d’énormes manifestations, qu’on n’avait plus vues depuis la chute de Nicolae Ceaucescu en 1989, ont éclaté dès le 18 janvier pour atteindre leur paroxysme dimanche 5 février, avec 500 000 personnes dans les rues. Le gouvernement avait tenté, sans bruit et de nuit, de faire passer un décret abaissant le seuil de ce qui pourrait s’appeler abus de pouvoir – comprenez corruption (5). Et malgré le recul des politiques, la vigilance demeure. 

Maladie de ces pays du sud européens, laxistes et récalcitrants, considérés comme le Club Med par les Allemands ?

Que non. Aux Pays-Bas, il y aura des législatives le 15 mars prochain. Elections que le Parti pour la Liberté de Geert Wilders pourrait bien gagner. On sait que le référendum d’avril dernier (6) contre l’accord d’association UE Ukraine a été remporté avec une majorité écrasante (60%) et que Geert Wilders porte une position anti euro et anti immigration qui a la faveur d’une population lasse de n’être pas écoutée (comme elle ne l’avait pas été en 2005 après avoir refusé le Traité constitutionnel européen). Le très européiste Jean-Pierre Stroobants, du Monde (7), convient lui-même que le Premier ministre sortant, Mark Rutte, qui s’efforce, en ciblant d’une manière ambiguë les musulmans, de « pêcher dans le vivier Wilders » et apparaît « déjà aux yeux de nombreux Néerlandais comme un homme aux convictions particulièrement flexibles », prend des risques. Et si les électeurs préféraient l’original à la copie ? Et s’ils lui rappelaient ses promesses non tenues ? L’affaire est incertaine. Et puis il y a la vertueuse Suède, où les conservateurs tendent la main à l’extrême droite : « Anna Kinberg Batra, chef de file des conservateurs, a en effet invité les élus d’extrême droite à la soutenir pour un projet de loi présenté à l’automne prochain. Un projet de loi crucial puisque, s’il passe, le gouvernement de gauche sera renversé, bien avant la prochaine législative de 2018 (…). Une alliance entre conservateurs et extrême droite pourrait en réalité avoir des conséquences désastreuses au sein de l’opposition et signer la fin de la large coalition qui s’y est formée » (8).
Rien d’extraordinaire ? Mais si.
La suite ci-dessous :


Jean Vinatier
Seriatim 2017

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