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lundi 23 juin 2008

Rober Mugabe : « Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu'il m'a donné ». N°232 - 1ere année

Les groupes PAGAD et Qibla, proches d’Al Qaida sont-ils en contacts réguliers avec les généraux de Robert Mugabe ? Selon Gordon Thomas, ces deux organisations voudraient établir un « empire islamique » en Afrique du Sud. Pour l’heure le Zimbabwe veut savoir si « ces groupes pouvaient fournir les armes que la Chine n’a pas pu livrer quand le cargo a été repoussé des ports africains et forcé de retourner en Chine. »¹
La paix intérieure tardera alors que le climat politique s’alourdit : le leader de l’opposition, Morgan Tsvangirai, qui devançait Robert Mugabe le soir du premier tour de l’élection présidentielle (48/43%) a annoncé son retrait pour le second tour prévu le 27 juin. Les partisans de Mugabe, sous les yeux d’observateurs sud-africains, se sont livrés aux arrestations, aux intimidations des partisans de Tsvangirai et même ce dernier a été détenu pendant quelques jours.
Des diplomates américains et anglais ont été empêchés de se rendre à un meeting de l’opposition à Harare. C’est ce qui explique, sans doute, la vigueur de la réaction de Bernard Kouchner pour résumer tout ce qui se déroule au Zimbabwe : Mugabe
« qui se croit désigné par Dieu et que Dieu doit maintenir à son poste, n'est rien qu'un escroc et un assassin et il faut le dire avec force [….] Tsvangirai « a jeté l'éponge parce qu'on a assassiné un certain nombre de ses partisans et surtout les militants de son parti (…) Donc il n'est pas question pour la France d'accepter cette fausse élection, qui viendrait avec un seul candidat (...) c'est vraiment le plus grand déni de démocratie que l'Afrique ait jamais connu. »²
Certes, mais le Zimbabwe présidé par Robert Mugabe a le soutien de trois alliés de poids : la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud qui compte entre 3 et 5 millions de Zimbabwéens sur son sol. Cet appui international ne peut le rendre modeste. Au contraire, comme le souligne la journaliste belge, Colette Braeckman :
« A la tête de son pays depuis 1980, le président Mugabe devrait tirer les leçons de ces élections qui ont vu son parti perdre sa majorité au Parlement et s’incliner dignement, non sous la pression des Occidentaux mais devant le verdict de son peuple. Ainsi, quel que soit l’anathème jeté sur lui depuis Londres, Washington ou la Slovénie, il ferait oublier ses années de despotisme et préserverait l’essentiel de son image, celle d’un homme qui consacra sa jeunesse et son âge adulte à lutter pour la libération de l’Afrique. Car qu’on l’aime ou qu’on le haïsse, Mugabe appartient à l’histoire du continent, dont il est l’un des héros : réfugié en Tanzanie après des années de prison durant lesquelles il collectionna les diplômes, il lutta avec succès contre la minorité blanche alors incarnée par Ian Smith. »³
Robert Mugabe justifie la détestation qu’il a pour l’opposition soutenue par l’ancienne puissance coloniale anglaise pour le non-respect par celle-ci des accords de Lancaster House qui promettaient les fonds nécessaires au rachat des terres détenus par les blancs:
«Nous sommes les garants, dit-il, de l'héritage du Zimbabwe. Nous le transmettrons à ceux qui sont pleinement au fait de l'idéologie du Parti, ceux qui attachent de l'importance à l'héritage national. Nous leur passerons le témoin en les invitant à aller de l'avant (….) Mais aussi longtemps que les Britanniques voudront se mêler de nos affaires, je ne vieillirai pas»4
Voilà, nous avons un politique zimbabwéen, père de la lutte pour l’indépendance et combattant avec ses frères, Mandela, Mbeki, devenu un dictateur de la pire espèce et qui la justifie par le non-respect des clauses diplomatiques. L’explication est un peu courte. Robert Mugabe se croit investi par Dieu d’une mission où Londres a le rôle du Diable. Est-il un tyran original ? Il est banal. Combien de ces semblables, à travers l’histoire, n’ont-ils pas sollicité les dieux et les divinités pour perdurer ? L’Afrique du Sud, par son poids économique et militaire pourrait faire pencher la balance du côté de la raison comme le suggère Morgan Tsvangirai. Hélas, le Président Mbeki dédaigne quelque peu cet opposant qu’il estime peu diplômé et la solidarité en souvenir des années de lutte forment un roc solide. Les Européens et les Etats-Unis ne peuvent se targuer de faire la leçon : combien de tyrannies n’avons-nous pas installé, financé, courtisé ? En Afrique, on ne tue pas le vieux lion, il meurt seul.
Robert Mugabe deviendrait-il, sur le tard, un sympathisant de groupes islamiques ? Le Zimbabwe compte une écrasante majorité de chrétiens protestants et 1% de musulmans ! Cela ne l’excuse pas, le Zimbabwe a faim, tout son peuple subit son joug. Les poètes zimbabwéens, Chenjurai Hove et Comrade Fatso5 sont entrés, courageusement, en résistance…un mauvais signe pour Mugabe. Dieu aime bien les poètes.


©Jean Vinatier 2008

5- Chenjurai Hove (né en 1956), ses œuvres écrites en shona ont été traduites en anglais et en français chez Actes Sud

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