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mercredi 3 décembre 2008

Chine/Etats-Unis : nous nous tenons par la barbichette ! N°351 - 2eme année

Demain le secrétaire d’Etat au Trésor, Henry Paulson rencontrera son homologue chinois dans le cadre des rencontres bi-annuelles entre les deux pays. Hier, Pékin a annoncé une dévaluation de sa monnaie, le Yuan ; cette décision se situe à l’exact opposé des demandes américaines.
Pourquoi cette mesure ? La Chine est touchée par la crise économique. Sa croissance s’est réduite, ses exportations faiblissent et elle doit dynamiser son économie intérieure afin d’éviter un mécontentement social trop important et accroître une indépendance plus importante vis-à-vis des pays étrangers.
Les Etats-Unis voient leur déficit commercial avec la Chine augmenter (256 milliards de dollars en 2007) Ils demandent donc une réévaluation régulière du Yuan. Depuis 2005 et jusqu’à ce jour les autorités pékinoises ont laissé leur monnaie se réapprécier de 20%. La dévaluation du yuan est donc mineure. Elle est un signal envoyé à Wasghinton.
Entrons-nous dans une guerre monétaire sino-américaine ? Aucun n’a intérêt à voir l’autre mordre la poussière. Nous sommes plutôt à l’aube d’une remise à plat progressive des relations économiques pour l’heure déséquilibrées.
Le parti communiste chinois tient le pays d’une main de fer en assurant vaille que vaille une prospérité annuelle à un plus grand nombre de la population. Les salaires augmentent ainsi que les revendications sociales. Sa légitimité politique tient dans cet environnement économique. Pékin a donc besoin d’exporter plus (l’écoulement de ses produits est très important aux Etats-Unis) et de développer sur l’ensemble de son territoire des projets de grandes infrastructures. De leur côté les Américains ont un besoin vital de Pékin pour acheter les T-Bonds qui leur permettent d’assurer le bon fonctionnement de leur Etat. On rappelle que les Américains n’ont aucune épargne à l’inverse des Chinois.
Les dépenses publiques chinoises consacrées au marché intérieur ne vont-elles pas ôter à Pékin la capacité d’acheter les fameux bons du Trésor US nécessaires aux programmes de relances économiques américains ? Pékin et Washington se tiennent par la barbichette, leurs destins se lient. Les deux veulent être les premiers. Les deux raisonnent à l’échelle universelle. Les dirigeants communistes considèrent que la diaspora chinoise constitue de facto un levier géopolitique très important. Le gouvernement américain, aujourd’hui républicain, demain démocrate, refuse tout ce qui remettrait en cause sa suprématie monétaire symbolisée par le billet vert.

En fait si la Chine est dans une stratégie sur le long terme et selon une philosophie différente de la nôtre, les Etats-Unis sont dans une course permanente au maintien de leur primature. Or, les rapports de force mondiaux évoluent, ils sont plus complexes et font entrer des puissances nouvelles : Inde, Brésil, Australie, Afrique du Sud, les monarchies de la péninsule arabique mais également la Russie, le Japon, l’Union européenne. L’époque n’est plus où deux puissances peuvent se targuer de se partager la planète. Le monde multipolaire induit une dilution de la puissance verticale d’un seul en faveur de nouvelles formes associatives inter-étatiques. Si Londres et Washington ont mis tant d’ardeur à sauver les banques et les financiers, n’est-ce pas pour disposer d’une force de frappe bancaire ? Mais que pèseront le Royaume-Uni et les Etats-Unis sans la prospérité économique dans leur pays respectif ? Avoir sous la main les flottes militaires les plus considérables ne signifie plus grand chose. On a vu combien a été difficile la conquête (hors les lois internationales) de l’Irak dont la paix intérieure est due aux versements réguliers en dollars à tous les chefs de tribus de ce pays. Faute de conquérir, à quoi servent ces flottes imposantes ? Susciter des coalitions internationales pour vaincre « le terrorisme » est de moins en moins facile à planifier. Bref le temps de la canonnière est passé.
La Chine à l’instar des puissances émergentes et des plus anciennes relie sa puissance économique à son indépendance qui passe évidemment par un contrôle des routes énergétiques. L’écheveau sino-américain monopolise l’attention de tous les continents à juste raison quoique l’erreur soit d’acter ce face-à-face comme le seul possible alors que nous sommes dans un monde multipolaire.
Imaginons un dérapage de la Chine ou des Etats-Unis ? Quels seraient alors les contre-poids ? Si les autres meta-nations et l’Union européenne ne savent pas concevoir d’autres vues que celle du spectateur, elles seront perdantes à tous les coups. Par exemple, l’un des artisans de l’Euro, l’économiste britannique, Robert Mundell préconise-t-il de fonder une monnaie mondiale le DEY ou union entre le dollar, l’euro et le yen !
Cette guerre monétaire prend l’aspect d’une confrontation classique historiquement alors qu’elle n’est plus en phase avec la nouvelle ère, celle de la mondialisation. Ainsi logiquement, les futurs accords sino-américains devraient-ils recevoir l’aval des autres nations ce qui reviendrait à les tenir par la barbichette !

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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