Info

Nouvelle adresse Seriatim
http://www.seriatim.fr

jeudi 18 décembre 2008

Jean-Baptiste Chassignet : « Le mépris de la vie… » N°365 - 2eme année

Ce juriste, humaniste et poète francomtois (1570-1635?) assez oublié, rappelle par bien des côtés l’œuvre de Jean de Sponde dont il partage une « fascination » pour la mort.
Sa seule œuvre écrite à 24 ans, un recueil de 444 sonnets,
Le mépris de la vie et consolation contre la mort jette un regard terrible sur la condition humaine. Chassignet se plait même à épouvanter son lectorat alors qu’il s’agit avant tout d’une invitation à la méditation. Le grand Pascal dans ses Pensées usait aussi d’accents de terreur : « …j’entre en effroi comme un homme qu’on aurait endormi dans une île déserte et effroyable.. ». C’est le ton d‘alors!
Par son recueil, Chassignet donne un parfait exemple du poème apologétique caractéristique de cette époque (fin XVIe-début XVIIe siècle) à peine remise des guerres de religion et toute ardente à retrouver une foi religieuse entière. Chassignet incline vers l’austérité et la rigueur comme le seront plus tard, les jansénistes.
On l’oublie trop souvent, parce que Versailles éblouit, le Grand Siècle est d’abord celui de la reconquête des âmes comme le sera dans une moindre mesure le XIXe siècle.
Ci-dessous deux strophes du recueil :


« LXXXIX¹

Nos corps aggravantés sous le poids des tombeaux,
Quand du clairon bruyant la clameur raisonnante
Elancera le feu sur la terre flambante,
Purifiant du ciel les étonnés flambeaux,

Du cercueil oublieux ressortiront plus beaux,
Comme on voit par les champs la palme verdoyante
Malgré le faix pesant plus belle et fleurissante
Contre le ciel ouvert, relever ses rameaux.

Lors nous serons ravis, autant que le pilote
Qui dormant en la nef quand douteuse elle flotte,
Se voit au réveiller dans le môle arrivé.

Et jouissant là-haut d’une paix éternelle,
Le corps ne sera plus à son âme rebelle,
Ni l’esprit de son corps si longuement privé.

CXXV

Mortel, pense quel est dessous la couverture
D’un charnier mortuaire un corps mangé de vers,
Décharné, dénervé, où les os découverts,
Dépoulpés, dénoué, délaissent leur jointure;

Ici l’une des mains tombe en la pourriture,
Les yeux d’autre côté détournés à l’envers
Se distillent en glaire, et les muscles divers
Servent aux vers goulus d’ordinaire pâture;

Le ventre déchiré cornant de puanteur
Infecte l’air voisin de mauvaise senteur,
Et le nez mi-rongé difforme le visage;

Puis, connaissant l'état de la fragilité,
Fonde en Dieu seulement, estimant vanité
Tout ce qui ne te rend plus savant et plus sage. »


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr


Source :

1-Le mépris de la vie et consolation contre la mort, Besançon, chez Nicolas de Moingesse, 1594

Aucun commentaire: