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vendredi 26 septembre 2008

Du haut de la Burj Dubai verra-t-on Wall Street et Toulon ? N°296 - 2eme année

La tour la plus haute du monde (900 mètres) sera inaugurée en 2009 à Dubaï, Le Down Town Burj Dubai.
Longiligne construction qui semble entrer dans le cosmos telle une flèche, la Burj Dubai est l’objet de toutes les attentions du cheikh de la ville, Mohammed bin Rashid Al Maktoum. Abou Dabi, la capitale des Emirats Arabes Unis, fait pâle figure devant Dubaï l’une de ses villes sorties des eaux. Al Maktoum rêve comme le fit au XVIe siècle le Perse Shah Âbbas avec sa cité merveilleuse, Ispahan, qu’il appelait sa Nif-e-Jahan, la moitié du monde.
Dans le premier numéro de
La Tribune & moi, Isabelle Lefort écrit dans son article « No limit » sur cet émirat : « Actuellement, 20% des grues en activité sur la planète sévissent à Dubaï, le deuxième plus grand chantier au monde après Shanghai. Mais là où le potentiel d’un 1,3 milliard d’habitants suffit à expliquer l’ampleur des constructions en Chine, avec 1,3 millions d’âmes, Dubaï est moins évidente à comprendre. »
En quelques lignes la journaliste note l’incroyable force que constitue l’Asie et elle fait exploser les cloisons du « monde Atlantique » : d’ailleurs que pèse cet océan comparé aux Pacifique, Indien ? Ce déplacement fantastique ramène à de bien petites proportions les événements financiers survenus à Wall Street et qui rebondissent à Washington : le Congrès et la Maison Blanche se disputant la rédaction du fameux plan Paulson ! Proportion plus petite encore à Toulon où un Chef d’Etat déclama contre le capitalisme financier (il l’adore !) qu’il se targue de punir. Saisissant effet de contraste : la rade de Toulon, base navale et ville triste d’un côté, le port de Dubaï éblouissant avec des autorités aux projets sociaux, éducatifs, économiques nombreux. En fait la Burj Dubaï deviendra le phare de toute la péninsule arabique, celui qui guidera tous les échanges commerciaux sud-sud. Les hommes ne craignent pas la démesure et s’ils en ont été punis au cours de l’histoire cela ne les empêche pas de recommencer et d’espérer dépasser tout ce qui a déjà été conçu, bâti.
A Dubaï parle-t-on du plan Paulson ?, de ces misérables 700 milliards de dollars pour sauver les banquiers de leur cupidité ? A Dubaï évoque-t-on le besoin de maudire tel ou tel capitalisme quand tous les peuples riverains font du capitalisme tels Monsieur Jourdain ? Que sont ces 700 milliards ou 1000 ou 2000 pour mettre un terme à une période de trente années d’un capitalisme débridé anglo-saxon: rien ! Rien en Orient où l’unité temps est l’éternité.
A Toulon où Bonaparte commença sa gloire, Nicolas Sarkozy dit depuis le Zénith :
« la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat »! Et d’ajouter :
« Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise n'est pas finie, que ses conséquences seront durables, que la France est trop engagée dans l'économie mondiale pour que l'on puisse penser un instant qu'elle pourrait être à l'abri des évènements qui sont en train de bouleverser le monde. »
Si des diplomates d’Asie avaient assisté à ce discours, leurs yeux auraient brillé en entendant dire très justement que des événements sont en train de bouleverser le monde. Cette affirmation est au moins la grande différence entre la France et les Etats-Unis qui dans ce moment eux se croient toujours seuls sur la planète. La France hésite, peut-être, à se saisir avec l’Allemagne et quelques autres puissances voisines, de la faiblesse étasunienne pour proposer un nouvel ordre monétaire international, d’inaugurer le monde multipolaire. Nous sommes certainement dans cette tempête financière qui se décline telle les tables gigognes à l’aube de changements déterminants et, ce qui est rassurant, cette nouvelle ère serait celle des Etats qui symbolisent les nations et les méta-nations. Pensons-y, l’Europe et l’Asie c’est-à-dire l’Eurasie fondatrice ! Que de chantiers, n’aurions-nous pas !
Point n’est besoin de s’enivrer ou de délirer, la Burj Dubai, cette plus haute tour au monde n’est pas l’inconséquence de l’esprit d’un homme ou de sa famille ou de sa religion qu’il respecte ; elle exprime une volonté humaniste et philosophique évidemment bouleversante.
Toute oeuvre humaine est heureusement périssable. Si l’homme pêche, souvent, par orgueil et égocentrisme, il lui arrive aussi de penser au grand large. Et cette mutation est en train de se produire, le grand large ne passera plus seulement par Wall Street et Toulon¹.

Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

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Note :


1- «Les deux dirigeants [Bush & Sarkozy] se sont mis d'accord sur le fait que le monde devra engager un dialogue sur la manière dont on fait des affaires au XXIe siècle, mais que l'objectif immédiat était d'obtenir l'approbation du Congrès pour le plan de sauvetage» (Source : AP)


In Seriatim :

http://www.seriatimonline.com/2008/08/comte-rzewuski-larabecitoyen-de-son.html

http://www.seriatimonline.com/2008/09/giuseppe-ferrari-la-chine-et-leurope.html

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