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mardi 2 septembre 2008

UE/Russie : ne pas perdre la main, ne pas perdre la face…N°°277 - 2eme année

La réunion des Européens à Bruxelles s’est terminée logiquement par la publication d’un communiqué écrit de façon laborieuse par la présidence française et par l’annonce d’un déplacement à Tbilissi le 8 septembre de Nicolas Sarkozy et de Manuel Barroso pour vérifier la bonne exécution des 6 points signés entre la Georgie et la Russie.
Les Européens sont seuls face à la Russie : les Etats-Unis brillent par leur absence en raison de la campagne électorale et par l’essoufflement de l’administration Bush. Les Européens sont seuls également parce que des trois nations suffisamment fortes, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la première seule dispose, en dépit de tout, d’atouts liés à son histoire. La chancelière Angela Merkel choisit, par commodité, de rester derrière le Président français et le Premier ministre britannique, Gordon Brown ne peut assumer un rôle décisif en raison de la relative apathie américaine et surtout parce que Londres ne conçoit pas de représenter l’Europe.
Le paradoxe est donc de voir une présidence française ralliée à Washington faire face aux pays de l’Est, encore plus américanophiles et tenter de les canaliser…en plaidant pour une modération envers Moscou.
Le gagnant de toute manière est bel et bien le tandem Medvedev/Poutine. Consèquence de l’offensive militaire géorgienne, Moscou dispose davantage d’atouts maîtres : avec la remise en cause de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceylan dont la sécurisation n’est plus assurée (Ossétie du sud indépendante), idem pour le projet Nabucco, un gazoduc qui devait transporter le gaz géorgien vers le sud de l’Europe. Xavier Harel de La Tribune (édition de ce jour) note très justement que les compagnies pétrolières ne tarderont plus à reproposer des projets de pipelines passant par…la Perse. Si jusqu’à présent le veto américain était total, quelle décision prendra le nouveau locataire de la Maison Blanche?Face aux projets de gazoducs russes, South Stream (par la mer Noire) et North Stream (par la Baltique vers l’Allemagne, le Royaume-Uni) le Kremlin peut compter sur le soutien de Silvio Berlusconi et de l’ex-chancelier Schröder.
La non-intervention de l’OTAN en faveur de la Géorgie annonce pour le futur des remises en cause fondamentales déjà soulignées dans un précédent
Seriatim. Les appels du pied lancé par l’Union européenne pour un partage d’influence sur la Mer Noire confirment que Bruxelles commence seulement à dimensionner l’étendue de la crise et que « sanctionner » la Russie, loin de renforcer sa position l’amoindrira.
Que peut faire l’Union européenne et donc la France? Les Européens sont face à un dilemme : ils ne peuvent ni perdre la main sur le plan énergétique, ni perdre la face en donnant l’impression de s’incliner devant la Russie et en renonçant à tout rôle dans un espace géostratégique (mer Noire, Caucase) singuliérement sensible et complexe. Washington n’a-t-elle pas regroupé l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan dans une alliance (GUAM)? Ne serait-il pas dans l’intérêt de l’Europe de se rapprocher de la Turquie, puissance historique incontournable qui pourrait être une passerelle avec la Russie?
Les Russes remontent la pente. Ils disposent de ressources énergétiques colossales et d’une région, la Sibérie, à l’avenir capital mais son outil industriel accuse un grand retard par rapport à l’Union européenne. L’économie russe repose tout comme la Chinoise sur des pieds d’argile pour des années et la nécessité d’une coopération ne peut échapper au Kremlin.
De leurs côtés les Européens sont, au sens propre, désarmés militairement face à l’ex-armée Rouge. Cette situation dangereuse éclate au grand jour depuis la tentive de récupération de l’Ossétie du sud. Les mois précédents ont vu les Etats de l’Union peiner à trouver ici et là des soldats pour les envoyer en Afghanistan. Nicolas Sarkozy qui plaide pour une Europe de la Défense trouverait là une occasion unique pour donner de la dimension à sa présidence; mais son engagement à l’égard de l’OTAN ne vient-il pas de lui ôter une carte maîtresse : en quoi la France se distingue-t-elle de ses autres partenaires?Quoi qu’il en soit, il paraît de plus en plus irréaliste de vouloir être, à la fois dans l’OTAN et indépendant militairement.
A tous égards, nous sommes à la croisée des chemins!

©Jean Vinatier 2008

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