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lundi 8 septembre 2008

« monde Atlantique »/Asie: « real power » contre harmonies? N°281 - 2eme année

Yu Bin, professeur de science politique à l’université Wittenberg dans l’Ohio, publie dans Asiatimes¹, un article intéressant dans lequel il se propose de relire les réactions de la Chine, de la Russie et des membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) lors de la crise géorgienne qui perdure jusqu’à ce jour.
Les médias ont assez unanimement réagi le 28 août dernier à la lecture de la Déclaration de Douchanbé (capitale du Tadjikistan) dans laquelle les membres de l’OCS ne soutiendraient pas officiellement Moscou dans sa confrontation avec le régime géorgien. L’OCS est une organisation de sécurité régionale qui regroupe six états (Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan) et quatre observateurs : Inde, Pakistan, Mongolie, Iran. On la compare souvent à l’OTAN ; or cette organisation asiatique n’obéit pas aux même principes. L’OCS n’est pas une alliance militaire stricto sensu mais plutôt un club dédié aux concertations sécuritaires. Si ses membres ne sont pas tenus à la réciprocité en cas d’attaque contre l’un des leurs, ils affirment leur unité contre
« le terrorisme, le séparatisme, l’extrémisme. » C’est à tort que des géopoliticiens considèrent cette structure comme une bulle de savon. Par exemple, le Président ouzbek, Karamov, a expulsé les Américains en novembre 2005, le Kirghizistan admet une base aérienne de l’USAF à la condition qu’elle ne serve pas de piste d’envol contre Téhéran.
Il ne faut donc pas s’étonner de la prudence formulée le 28 août. L’essentiel pour le Président Medvedev était surtout d’obtenir un communiqué qui reconnaissait le « rôle actif de la Russie pour promouvoir la paix et la coopération dans la région. » et qui avalisait les six points signés le 12 août sous l’arbitrage de Nicolas Sarkozy, président de l’Union européenne.
Le ton neutre des communiqués chinois a, également, été lu à la loupe par les Européens et les Américains. Les dirigeants pékinois s’éloigneraient-ils des moscovites comme dans les années 1960 ? Aujourd’hui, la Russie et la Chine ont une relation « normale » où ne pèsent plus les idéologies, ni les querelles frontalières réglées pendant le mandat de Boris Eltsine. Leurs accords bilatéraux témoignent d’une approche pragmatique résumée par Yu Bin
: « une continuité stratégique sans alliance et des relations sans dépendance excessive. »
Nous avons deux puissances importantes qui privilégient, semble-t-il, une neutralité réciproque. D’ailleurs la Chine n’aimerait pas, comme le souligne l’auteur de l’article, que la Russie s’immisce entre elle et Taiwan. On peut admettre que Moscou et les membres de l’OCS ont apprécié la « neutralité » chinoise dans le cas de la Géorgie. Pourquoi ? Parce que tous sont confrontés à des séparatismes.
La Chine, enfin, n’analyse-t-elle pas cyniquement les événements géorgiens comme une rivalité américano-russe ? N’affecte-t-elle pas de croire que ni Londres, ni Washington ne travailleraient à
« balkaniser » leur pays et la Russie ? La simple lecture des ouvrages de Brzezinski devenu un des conseillers d’Obama, apporte un démenti cinglant.
L’OTAN et les Etats-Unis sont dans un cas de figure beaucoup plus agressif que les pays membres de l’OCS : un possible axe entre la Chine, la Russie et l’Iran suffit à angoisser leurs nuits. Or, l’Asie dans sa quête de stabilité stratégique et des ententes entre tous les états essaie selon le mot chinois, de privilégier les discussions, les rencontres c’est-à-dire les harmonies plutôt que la confrontation. L’affirmation du « real power » par les Américains se heurte à une philosophie des relations inter étatiques qui pourrait, à terme, bouleverser la manière dont s’élabore une politique régionale et internationale. C’est un enseignement que l’on pourrait retenir des commentaires sino-asiatiques faits autour de la crise aoutienne. La manière dont ces Etats prônent le dialogue et le compromis, pose des bornes très nettes à des projets de déconstruction de telle ou telle partie du monde. On comprend que cela perturbe certains politiques américains et européens toujours convaincus que le monde global s’uniformisera via leurs seuls principes universels « made in Ouest » : droits de l’Homme, démocratie planétaire, marché libre…etc.
Le professeur Yu Bin ne voudrait surtout pas que l’on succombe à l’escalade militaire et aux provocations : le monde évolue. A défaut de s’affronter, ne faudrait-il pas que toutes les puissances apprennent à se « complémentariser » ? Ce serait là une voie originale.


©Jean Vinatier 2008

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Source:


1-Yu Bin “China still on-side with Russia” :
http://www.atimes.com/atimes/China/JI06Ad01.html

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