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mardi 9 septembre 2008

MoDem : sortir des limbes N°282 - 2eme année

Le parti de François Bayrou est satisfait au soir de son université d’été tenue au Cap Estérel. Entre un parti socialiste ouvert à toutes les disputes et les combinaisons et l’UMP qui affichait une unité de convenance, le MoDem peut, sans trop en faire, se démarquer et rappeler aux Français qu’un troisième parti existe. La LCR n’étant pas dissoute avant la fin de janvier 2009, toute voix contestataire est audible.
Si l’UMP compte sur l’unité du parti socialiste même emmêlé dans ses courants qui lui ôte toute force, à l’inverse François Bayrou mise plutôt sur une implosion de cette structure politique pour capitaliser et étendre sa crédibilité.
La voie est cependant étroite. Le Président Sarkozy a fait passer toutes les réformes. Il applique une politique étrangère qui lui est propre. Il bouleverse les négociations sociales rendant les syndicats inefficaces et en supprimant les 35 heures il ôte aux cadres les RTT. Il se prépare à imposer à la classe moyenne un régime d’amaigrissement sévère de son pouvoir d‘achat. La France grogne mais elle est très loin de descendre dans la rue en masse pour contester le Président.
Pour 2009-2010, le Modem prépare activement, les élections européennes et les régionales. Si les premières ne mobilisent jamais les Français, les secondent ne suscitent pas non plus un véritable engouement. Les deux années à venir pourraient mettre en œuvre une pensée politique propre au MoDem afin de lui donner de la force pour les élections décisives de 2012. Compter sur la division du parti socialiste ou sur ses incessantes disputes suffira-t-il à élargir la base du MoDem? Proclamer, comme l’a fait François Bayrou, «
être le seul opposant à Nicolas Sarkozy » a le mérite de la clarté, mais ce slogan s’essoufflera sans tarder.
Quel est le temps accordé au MoDem pour perturber le jeu politique? Si l’on s’en tient à un scénario sans crise majeure (internationale, énergétique, sociale…etc) tout se jouera dans les deux années à venir avec l’ampleur ou pas de la crise économico-sociale prévue pour l’année 2009 et le début de 2010. Au-delà, nous disent les économistes, la croissance reviendrait. Si cette hypothèse se confirmait, le Président Sarkozy aurait beau jeu de justifier son premier quinquennat. La mémoire du peuple étant courte, les secousses et les agacements ne seraient plus qu’un mauvais souvenir. Quel serait, alors, l’argument du MoDem? Pour occuper une place décisive sur l’échiquier politique, il devra disposer d’une idéologie propre, d’avoir un projet de société original. Est-il en mesure d’y arriver? Il le peut mais pas seul. Si le parti socialiste élit un premier secrétaire apparemment fédérateur tel Bertrand Delanoë (libéral et socialiste) il n’aura rien. L’idéal serait que les socialistes les plus ancrés à gauche osent la scission, emportant avec eux toutes les anciennes idées. François Bayrou aurait, ainsi, une plus grande latitude pour accueillir ou sous l’étiquette MoDem ou bien sous une nouvelle dénomination, les socialistes « libéraux »; naîtrait, alors, un parti social-démocrate.
Le chemin escarpé de François Bayrou le conduit, aujourd’hui, à prendre la posture du résistant. Mais cette résistance doit développer son corpus idéologique clair sinon, il sera inaudible. Par ailleurs, la naissance du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste) d’Olivier Besancenot peut attirer vers lui bien des gens de gauche qui ne se reconnaissent plus dans le PS et ne voudront pas adhérer à une structure sociale-démocrate.
A droite, François Bayrou ne peut compter sur un éclatement de l’UMP tant que tout va bien.
A regarder attentivement l’échiquier politique et les prévisions socio-économiques, la marge de manœuvre du MoDem s’avère délicate. François Bayrou est crédible quand il dit que la France a besoin d’un parti nouveau -la déliquescence socialiste et communiste le prouve - mais il se heurte frontalement à la réforme profonde menée tambour battant par l’UMP sans protestation massive et répétée. La faiblesse syndicale est, quant à elle, l’autre levier manquant pour François Bayrou.
Pour le MoDem la sortie des limbes sera difficile bien qu’il ait, sur le papier, une place de choix.


©Jean Vinatier 2008

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