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mardi 23 septembre 2008

Nicolas Sarkozy , un Président « en situation d’analyse » N°292 - 2eme année

Un Président « en situation d’analyse » c’est la ministre de l’économie, Christine Lagarde et pour l’occasion psychanalyste qui l’indique. On imagine d’augustes blouses blanches se penchant sur la personne présidentielle et l’auscultant avec d’infinies précautions.
Pour l’heure Nicolas Sarkozy est à New York pour recevoir des tas de prix d’excellence : l’année dernière il acceptait la distinction de la Lumière parmi les nations, en 2008, il sera le lauréat du prix de la Fondation Elie Wiesel, The Humanitarian Award , spécialement créé pour récompenser la France, et l’American Jewish Committe lui décernera la qualité d’Homme d’Etat de l’année. On comprend que le chef de l’Etat soit en situation d’analyse devant autant de félicités!
Quittons l’ironie pour penser qu’après tout le Président de la République se trouve dans l’obligation de se placer en situation d’analyse »? N’est-il pas à un tournant sur bien des points.
Sur le plan économique, avant la semaine noire à Wall Street, la croissance prévue pour la France était quasi nulle. Les ménages français redoublent d’inquiétude devant la baisse du pouvoir d’achat, la faiblesse d’accès au crédit et la peur d’une inflation forte, d’une remontée du chômage et des caisses de l’Etat vides! L’Elysée s’emploie à faire oublier l’engouement du Président pour le système des hypothèques rechargeables en France et de son slogan
« Tous propriétaires ». Ce soir, du bout des lèvres, il évoquait des « ricochets » contredisant une fois encore Christine Lagarde. La réforme des secteurs de la santé (franchises médicales), de l’éducation nationale ne reçoit pas l’approbation citoyenne et la privatisation de La Poste (que Bruxelles n’encourage, ni n’exige) irritera davantage. L’envie de débuter la réforme administrative, à savoir la disparition progressive du département pourra se heurter à un front puissant. Les 26 sièges de sénateurs conquis par la gauche ne sont-ils pas un signe de nervosité de la part des élus locaux ?
Sur le plan militaire, son choix personnel de lancer cahin-caha des militaires en Afghanistan au nom de la lutte contre le terrorisme, n’apparaît-il pas comme un gage de bonne conduite à l’égard de Washington? A l’évidence, oui, au vu de la lettre qu’il a eu la maladresse d’adresser aux élus de la gauche pour les inciter à dire « oui » à l’Assemblée et au Sénat. Le consensus sur ce sujet qui durait depuis 2001 cesse maintenant comme l’exprime le socialiste Bruno le Roux, sur lemonde.fr « Le sens de notre vote ne sera pas un vote contre la présence française en Afghanistan mais un vote contre la conception et la stratégie qui sont suivies en Afghanistan par le président de la République et le gouvernement français»". Tandis que la rumeur d’un rapport otanien sur notre mauvaise organisation militaire a fait cafouiller le gouvernement ce week-end, François Fillon, en roue libre, affirme que l’« Afghanistan n'est plus une plate-forme du terrorisme, la démocratie a été instaurée, les enfants vont à l'école, les femmes ne sont plus humiliées, les hôpitaux ont ouvert» et en écho Jean-François Copé enfonce le clou : « si demain les lapidations de femmes reprenaient dans la capitale, qui parmi vous oserait assumer son vote sans rougir?» Si, on avait la curiosité de relire les déclarations politiques lors de la guerre d’Algérie, on retrouverait presque mot pour mot, ces phrases. Notons, enfin, que les femmes sont vraiment un argument imparable pour justifier une présence militaire pour les élus français : en 1979, c’est Georges Marchais ( « abolir le droit de cuissage ») en 2008 c’est Copé contre la resurgence des lapidations !
Sur le plan extérieur, Nicolas Sarkozy a su user de bonnes cartes –avec l’Allemagne- lors de la crise géorgienne en ne rompant pas avec la Russie. A Sotchi, François Fillon, a plaidé pour une coopération plus étroite. Mais cette attitude ne le place-t-elle pas en contradiction avec les invectives américaines à l’encontre de la Russie et avec le mécontentement du docile Jaap de Hoop Scheffer, secrétaire général de l’OTAN, qui dénonce la frilosité de l’Union européenne ?
En « situation d’analyse », peut signifier, pourquoi pas, une intense réflexion, l’annonce imminente de choix surprenants. Un Chef d’Etat, au vu d’une situation nouvelle, a le droit et le devoir d’agir différemment, indépendamment de tout programme électoral.
Le Président se met-il « en situation d’analyse » par dépit de ne pouvoir mener sa présidence de l’Union européenne au gré des grands sommets mis en scène par Philippe Starck ? Se met-il « en situation d’analyse » devant les défis planétaires sur lesquels il n’a ni prise, ni discours ? Par exemple, que dit-il face aux propos des dirigeants chinois et russes sur la mise en place d’un nouveau système financier ? Rien. Est-ce depuis la rade de Toulon qu’il nous surprendra ?
Pour l’heure, « sa situation d’analyse » accrédite l’idée d’une peur diffuse ou à tout le moins d’être dépassé…..

Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

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