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mercredi 3 septembre 2008

Germain Nouveau : « Aux saints » N°278 - 2eme année

Germain Nouveau (1851-1920), l’ami de Verlaine et de Rimbaud, considéré par Aragon comme l’un des plus grands eut une existence agitée, tourmentée. Monté à Paris en 1872, il connaîtra la bohème puis vivra, à Londres (avec Rimbaud), à Bruxelles. Entré au ministère de l’Instruction publique, il collabore sous des pseudonymes à différents journaux. Il reprend ses voyages qui le conduiront en Orient, en Algérie (1883). A son retour, en 1891, il connaît sa première crise de démence et sera interné à Bicêtre. A sa sortie, il repart dans une vie de vagabond et de pèlerin (Rome, Saint-Jacques de Compostelle). Mendiant anonyme sous le porche de l’église de son village natal, Pourrières, il mourra à la suite d’un jeûne trop prolongé.
Les œuvres de ce vagabond mystique ne seront publiées qu’en 1963. Comportement insolite, écrivain indifférent au sort de ses écrits, une existence partagée entre ascèse et divagations, voilà l’une des personnalités les plus originales de la littérature française.
Il rappelle par son mode de vie, les « fous » ou « sages » d’Orient comme le poète persan Attar.


« Si tous les matins de nos fêtes,
Nous chantions tous avec amour
Sur les harpes de nos prophètes,
Je ne serais pas dans la cour.

Si nous récitions nos prières
Dans le crépusucle du soir
Avec des lèvres régulières,
Avant d’allumer les lumières,
Je ne serais pas au chauffoir.

Si les yeux remplis de beaux songes,
Nous demandions, quand vient le jour,
Au ciel qui voit tous nos mensonges
L’humble foi du pêcheur d’éponges,
Je ne serais pas dans la cour.

Et quand la lampe s’est éteinte,
Si nous sentions sur nos lits noirs
La caresse d’une aile sainte,
Attendant que l’Angélus tinte,
Je ne serais pas au dortoir.

Si l’homme s’oubliait lui-même
Pour ses frères, comme un retour
Des bienfaits du Seigneur qui l’aime,
Qui le marque de son Saint-Chrème,
Je ne serais pas dans la cour.

Et si nous, les fous de Bicêtre,
Nous avions fait notre devoir,
Le devoir dicté par son prêtre,
Nous serions au parloir peut-être,
Ce ne serait pas ce parloir.

Sans le diable qui nous malmène,
Nul, avec les yeux de son corps,
N’aurait vu ma figure humaine
Dans la cour où je me promène
Et dans le dortoir où je dors. »




©Jean Vinatier 2008

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Source :

In
Lautréamont: Oeuvres complètes : Germain Nouveau ; textes établis, présentés et annotés par Pierre-Olivier Walzer, Bibliothèque de la Pléiade Gallimard, 1993

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