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lundi 22 septembre 2008

Henry Paulson, un « Jésus » aux noces de Cana monétaire…. N°291 - 2eme année

Lundi commençait par la faillite de Lehman Brothers¹ et vendredi, le secrétaire d’Etat au Trésor, Henry Paulson, par la simple annonce d’un plan de sauvetage de prés de mille milliards de dollars, rendait ivres ensemble, les spéculateurs et les boursicoteurs ! La faillite d’un système financier fou se terminerait-il donc par une joie folle ?
Pendant le week-end, les autorités américaines peaufinent le projet que présentera Paulson devant le Congrès. La mise en quarantaine, par le gouvernement américain, des produits financiers « toxiques » si elle donne l’impression d’aller de soi et de n’engager que lui, est trompeuse. Le secrétaire d’Etat marche sur des oeufs :

« Notre système financier est global et nous avons des discussions très vives avec d'autres pays dans le monde pour les encourager à faire la même chose, et je crois qu'un certain nombre d'entre eux le feront »
Pour le financement de ce plan de survie l'administration prévoit de porter le plafond autorisé de la dette publique américaine à 11.315 milliards de dollars (7.850 milliards d'euros), contre 10.615 milliards actuellement. C’est dire que le soutien des pays détenteurs de dollars (bons du Trésor) est expressément attendu. Japon, Chine, Russie et fonds souverains de l’Arabie heureuse sont donc conviés à des noces de Cana où Henry Paulson voudra opérer un miracle tel Jésus qui tranforma l’eau en vin.
« Discussions très vives, les encourager » sont les expressions qui donnent le ton et la gravité de la situation. S’il était urgent de rassurer les marchés par une simple annonce et de dire, tout de suite, aux Américains, qu’ils auraient à supporter une part du fardeau pour lequel ils n’ont aucune part ou responsabilité, la véritable inquiétude de Washington est, évidemment, dans l’appel du pied fait aux puissances asiatiques, moteurs économico-financiers du monde. Les atouts sont chez eux !
De prime abord, nul n’a intérêt à endosser seul la responsabilité de la faillite planétaire du système financier. Si Pékin faisait preuve de réticence, Washington ne craindrait pas de lui rappeler sa fragilité économique et les dirigeants chinois rétorqueraient aussitôt que toute difficulté dans ce domaine déséquilibrerait le monde. Idem pour les fonds souverains arabes, s’ils ne repousseront pas d’un revers de la main l’appel américain, ils veilleront au retour sur investissement !
Même si tout le monde a son talon d’Achille et si nul ne peut se retirer sur le mont Athos ; le rapport de force a singulièrement changé². Le capitalisme financier dit anglo-saxon s’est effondré manquant de peu d’entraîner les Etats-Unis.
D’habitude si volubile, Nicolas Sarkozy, président de l’Union européenne, se tait quand les appels à un nouveau Bretton Woods (juillet 1944) se font plus nombreux. Ainsi le ministre italien des finances, un fervent avocat de l’Etat, Giulio Tremonti dans
Il Corriere della Sera du 18 septembre est sans ambiguïté : « lorsque la présidence italienne du G8 débutera en janvier prochain [2009], nous proposerons non seulement un Nouveau Bretton Woods [….] mais aussi un catalogue de règles afin de bâtir un nouvel environnement légal et moral plus rigoureux […]Une fois la moralité rétablie, les industries reviennent et la moralité du travail avec ; et cette moralité est plus présente dans un produit manufacturé que dans un produit financier. La finance est un moyen, pas une fin en soi, la richesse n’est pas produite par un jeu de dettes, mais par le travail. »
A Pékin, le Quotidien du peuple demandait dans son édition du mercredi 17 « l’établissement d’un nouveau système monétaire international moins dépendant des Etats-Unis » !
Cette prise de conscience très nette de la mise en œuvre d’un nouvel environnement monétaire se fait sur fond de crainte d’une méga crise³. Jacques Attali dans Le Figaro explique que le « spectre de la crise, comme en 1929, présente trois types de risques : « la dénonciation de complots, comme la stigmatisation des juifs avant la guerre ; une grande inflation pour faire disparaître les dettes, et des tensions militaires pour contraindre les gens à accepter plus d’austérité et d’impôts ».
Qui peut mettre en œuvre le nouvel ordre monétaire si ce ne sont les Etats souverains ! De partout les appels à l’Etat ont été applaudis et jugés même naturels notamment par ceux-là mêmes qui méprisaient toute forme d’interventionnisme ! Jamais on n’a autant évoqué Franklin Delano Roosevelt et sa politique de grands travaux publics ! Ne sont-ce pas les gouvernements qui décident des régulations, et non les régulateurs ? Le monde reviendrait-il vers une plus grande morale et délaisserait-il le veau d’or ? Voie parsemée d’embûches…
Un libéral "iconoclaste", Marc de Scitivaux dans
Le Journal du Dimanche s’écrie, « la crise financière est finie »4 parce que la psychose « fin du monde » ne hanterait plus personne !Il va vite en besogne : les problèmes eux commencent et dans un monde nouveau.
La semaine écoulée a vu mourir un capitalisme cupide, avide qui a fait une fortune honteuse sur le dos des citoyens insolvables (subprime, titrisation etc…) ; au cours des semaines à venir débutera un chantier planétaire entre les mains des Etats. Aux « noces de Cana », Henry Paulson goûtera un dollar un peu amer….

Jean Vinatier


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1 commentaire:

Marcel Thiriet a dit…

Bonjour
Non, il n'y aura pas de miracle...Juste peut-être une peu de chance pour les hedge funds, et encore...Jorion est très pessimiste sur ces montages diaboliques.Personnellement , je crains le pire
Merci de votre mot sympa sur mon blog
http://marcelthiriet.blogspot.com/
A bientôt de vous lire
Bien cordialement