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samedi 21 mai 2016

« Chaos au Brésil, à qui profite le crime ? par Hélène Nouaille » N°4137 10e année



 « La santé et la stabilité des grands pays émergents inquiètent le FMI comme la Banque mondiale. Pourtant, il n’y a pas encore un an, en juillet 2015, Laurence Daziano, maître de conférence en économie à Sciences Po, pouvait écrire pour les Echos, à l’occasion de leur septième sommet à Oufa, en Russie centrale : « une autre gouvernance mondiale s’organise autour des BRICS », nous le relevions ici (1). Depuis ? Des cygnes noirs sont apparus qui ont mis à mal la belle ambition exprimée par le président russe d’un monde « polycentré », libre de transformer l’ordre mondial et de contester la domination de l’Occident. Le dernier, et le plus étonnant, est survenu avec l’éviction, en théorie pour 180 jours, de la présidente brésilienne Dilma Rousseff – pour des libertés d’écriture des comptes publics et non pas pour corruption personnelle. 

Peut-être plus étonnant encore, son vice-président et allié jusqu’en mars dernier, Michel Temer, 75 ans, figure dirigeante du parti PMBD (centre droit, Parti du mouvement démocratique brésilien), qui assure l’intérim pendant les six mois à venir, est lui-même soupçonné de corruption - et presque aussi impopulaire dans le pays que la présidente sortante. Il aurait, selon des inculpés dans le gigantesque scandale de détournements de fonds autour du pétrolier contrôlé par l’Etat Petrobras et des géants du BTP, bénéficié de pots-de–vin destinés, pour le moins, au financement de son parti (2). Et, si l’on en croit Wikileaks, qui a mis en ligne le 13 mai des documents datant de 2006 (3), « le nouveau président a informé il y a une dizaine d’années l’ambassade des Etats-Unis au Brésil. D’après les documents mis en ligne par l’ONG créée par Julien Assange, Michel Temer a ainsi communiqué à l’ambassade américaine par télégramme des contenus qui seraient classés comme ’sensibles’ et ‘pour usage officiel seulement’ » (4). C’est cet homme qui a en charge de stabiliser le pays, au moment des Jeux Olympiques de Rio, et alors que le Brésil, entré en récession (voir infographie), connaît des troubles politiques et économiques graves. Le coup est rude pour les BRICS (Brésil Russie Inde Chine Afrique du Sud) dont le Brésil était un acteur important. 

Les Chinois ne s’y trompent pas : si les officiels appellent, en termes convenus, à la stabilité du pays (« Nous espérons que toutes les parties concernées au Brésil traiteront de manière appropriée la situation actuelle et maintiendront la stabilité politique du pays, ainsi que son développement économique et social » a déclaré Lu Kang, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères chinoises), l’agence Xinhua relaye aussi des propos moins diplomatiques. Par exemple, le 13 mai dernier, en rapportant les propos d’un observateur politique argentin, Atilio Boron : « le gouvernement américain vise à éradiquer les gouvernements progressistes en Amérique latine avec l’aide de ses alliés conservateurs. Lors d’une conférence à la Havane, le professeur et essayiste formé à Harvard a déclaré que Washington avait lancé un plan en 2013 pour restaurer son influence en Amérique latine, à la suite du décès du président vénézuélien Hugo Chavez, un critique véhément de la politique étrangère américaine » (5). Le dessein américain aurait consisté, « une fois leur principal rival écarté du chemin (…) à semer division et instabilité dans les pays gouvernés par les gouvernements de gauche, tels que l’Argentine, le Brésil, l’Equateur, le Venezuela et la Bolivie ». Ceci en sapant l’intégration des blocs tels que l’UNASUR (Union des nations sud-américaines), le CELAC (Communauté des Etats sud-américains et des Caraïbes). Une assertion reprise par le président vénézuélien Nicolas Maduro (« Je ne doute pas que derrière ce coup d’Etat, il y ait le label ‘made in the USA’ et qu’ils vont maintenant se manifester au Venezuela »), comme par le gouvernement cubain (« Ce qui se déroule au Brésil est une partie de la contre-offensive impérialiste contre les gouvernements révolutionnaires et progressistes d’Amérique latine et des Caraïbes, contre-offensive qui menace la paix et la stabilité des nations »). 

La suite ci-dessous :




Jean Vinatier
Seriatim 2016





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