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samedi 21 mai 2016

« Franc-parler et inquiétudes sur le front des migrants par Hélène Nouaille » N°4138 10e année



« « Si l’Europe ne peut pas agir de concert pour persuader une majorité de ses citoyens qu’elle peut parvenir à contrôler sa crise des migrants, alors l’Union européenne sera à la merci d’un soulèvement populiste, qui couve déjà ». L’avertissement ne vient pas d’un quelconque tabloïd britannique, mais de Sir Richard Dearlove, qui a consacré 38 ans de sa vie au service de renseignement extérieur du Royaume-Uni (MI6) dont il a été le patron de 1999 à 2004. Il s’exprimait le 16 mai dernier à la BBC (1), soulignant que l’impact du flot d’arrivants (un million six cent mille en 2015) menaçait de « bouleverser le paysage politique en Europe », alors que « dans le monde réel, il n’y a pas de solution miracle à la James Bond » pour endiguer ce flot. « L’histoire nous dit que les marées humaines sont irrésistibles, jusqu’à ce que la poussée gravitationnelle qui les a provoquées ne disparaisse ». Or, ajoute-t-il, s’il « ne faut pas confondre le problème de la migration avec la menace terroriste, l’ampleur du mouvement d’immigration, en particulier depuis le Moyen-Orient, couplé avec la liberté de circulation à l’intérieur de l’UE, rend le contrôle des frontières difficile. Les terroristes peuvent exploiter ces circonstances – et le font, comme nous l’avons vu récemment avec leurs déplacements entre Bruxelles et Paris, et vers ou depuis la Syrie. Quand autant de personnes se déplacent, quelques-unes d’entre elles seront inévitablement porteuses du virus terroriste. Un certain nombre des terroristes les plus dangereux sont à l’intérieur de l’Europe, y compris au Royaume-Uni. Ils sont déjà parmi nous ». 

Le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, ne disait pas autre chose le 1er février dernier, en évoquant les djihadistes de l’Etat islamique installés en Libye – en se disant « très inquiet » : ils « sont là, sur près de 300 kilomètres linéaires de côtes, ils se répandent. Et ils sont à 350 kilomètres de Lampedusa. Lorsque le beau temps va arriver en Méditerranée, il y a des risques de passage de combattants qui pourraient se mélanger à des réfugiés. C’est un risque majeur » (2). D’autant que, selon ses propres chiffres, 800 000 migrants attendraient de pouvoir passer en Europe – sans compter ce qui pourrait advenir si l’UE offre vraiment un accès libre aux Turcs. Et d’un côté et de l’autre de la Manche, les rapports se sont succédés. 

A Londres, c’est la Chambre des Lords qui publiait le 13 mai dernier un constat très pessimiste sur l’opération EUNAVFOR Med, dite Sophia, chargée de lutter contre le trafic maritime des clandestins en Méditerranée et mise en place après la noyade le 18 avril 2015 de 700 migrants (3). Lord Tugendhat, le président de la commission chargée du rapport, s’est très clairement exprimé (voir la vidéo) : non seulement l’opération n’a pas réussi à interrompre le flot d’immigrants, mais « une mission navale ne peut pas mettre en échec le modèle économique du trafic d’êtres humains, et dans ce sens, elle a échoué. Les réseaux de trafic opèrent depuis la Libye, et ils se prolongent en Afrique. Sans le soutien d’un gouvernement libyen stable, l’opération est incapable de recueillir les renseignements nécessaires pour s’attaquer aux trafiquants sur la terre ferme. Alors qu’il est prévu que, dans des phases ultérieures, l’opération Sophia puisse agir dans les eaux territoriales libyennes comme sur terre, nous ne pensons pas que le nouveau gouvernement libyen de coalition sera en position de travailler étroitement avec l’UE et ses Etats membres dans un proche horizon. Sur le point de la mise en échec des trafiquants, le rapport établit que la destruction de leurs navires a été jusqu’ici insignifiante en regard de l’échelle de leur industrie, et nous avons vu qu’ils changent simplement leur réponse tactique. Lorsqu’ils sont en haute mer, les trafiquants ne sont plus à bord, et seuls des seconds couteaux ont été arrêtés ». Neuf mille personnes ont été sauvées de la noyade en mars, un bilan très positif qui n’est pas le cœur de la mission de Sophia et dont il faut bien reconnaître qu’il joue paradoxalement comme un « accélérateur migratoire ».

La suite ci-dessous :


Jean Vinatier
Seriatim 2016

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