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lundi 30 mai 2016

Constantinople, Verdun ou les fins d’Europe N°4146 10e année



Le nouveau Grand turc, Erdogan a célébré la chute de Constantinople le 29 mai 1453 tandis qu’à l’autre bout de l’Europe à Verdun, la chancelière allemande et le Président français voulurent dire cette longue bataille (février-décembre 1916) cinquante ans après le discours du général de Gaulle.
De prime abord il n’y aurait aucune intelligence à placer sur une même ligne Constantinople et Verdun mais les deux lieux étant sur le même continent et les événements dont ils furent le point d’orgue sont de nature à permettre cet exercice.
Quand chut Constantinople en mai 1453, c’est bien la romanité dans son terme qui est défunte : l’empire romain d’orient  meurt bien plus d’avoir été pillé et évidé, en 1204, par les princes d’Occident et les républiques italiennes, sous le regard bienveillant du souverain pontife, que par les Turcs eux-mêmes. L’Occident a toujours eu une rancune envers cet Orient d’où était le berceau de sa foi et regardait la perpétuation de la romanité autour du Bosphore plus comme une gêne que comme un atout. A croire que l’Occident ne pouvait éclore qu’à la condition de tuer ces Romains : à l’effacement de la romanité méditerranéenne devait  succéder la Méditerranée chrétienne née de Rome dont la bataille navale de Lépante aurait été le moment illustre.
A Verdun s’entrechoquèrent des centaines de milliers d’hommes de France d’Allemagne, du Royaume-Uni, issus des empires coloniaux. Les amas de cadavres, les épuisements de tous les côtés, les vanités des généraux, le jusqu’au-boutisme des états-majors se sont concentrés pour anéantir le cœur même de l’idée européenne. Nul ennemi de religion, ni de barbare surgi des steppes de l’extrême Asie, seulement des hommes d’un même continent écrasés, broyés, sous le regard de leurs princes d’alors.
Constantinople et Verdun se relient par ce lien de sang qui coule dans les veines des gouvernements européens, aboutissent à des chocs terribles, terrifiants, eux-mêmes se plantant la dague au cœur. La fin de la romanité d’Orient de 1453 libère l’Occident à la fois de César et des églises au-delà du Bosphore, la bataille de Verdun  fait mourir en même temps les descendants de ceux qui furent les acteurs de la chute de Constantinople et l’idéal de l’Etat-nation.
Si le général de Gaulle avait tenu à Verdun, en citant le général Pétain, un discours d’histoire espérant réanimer la flamme des nations, allemande et française, réconciliées pour une Europe indépendante des blocs, la vue, ce 29 mai 2016 des jeunes s’égayant parmi les tombes, faute d’avoir eu le concert d’un rappeur, nous fait tomber au plus bas. Le spectacle a succédé à la commémoration, l’Histoire s’efface derrière le respect, la recueillement derrière la communication. Les Européens continuent donc à se tuer eux-mêmes avec une certaine constance. Cette fois-ci, c’est au nom de l’Union européenne, plateforme marchande qui refuse toute identité politique, c’est-à-dire d’avoir une Histoire. L’Union européenne se substituant à l’Europe, n’habite plus que des hommes et des territoires : adieu les nations, les Etats, place à l’aire géographique et évidemment sans frontière: la suppression des visas pour les Turcs et les Ukrainiens, la porte ouverte aux migrants en sont les éléments frappants.
Le Grand Turc Erdogan en donnant de l’éclat à la chute de Constantinople, après avoir fait ployer la chancelière Merkel n’est pas loin de croire que les portes de Vienne ne lui seraient plus aussi hostiles qu’au temps de Soliman le Magnifique……


Jean Vinatier
Seriatim 2016


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